LA MAFIA FAIT LA LOI
Il Giorno della civetta - Italie, France - 1968
Image plateforme « Blu-Ray »
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Genre : Policier
Réalisateur : Damiano Damiani
Musique : Giovanni Fusco
Image : 1.85 16/9
Son : Italien DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 109 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 26 juin 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Mafia fait la loi  »
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LE PITCH
À peine arrivé dans une petite ville de Sicile, le capitaine Bellodi est chargé de mener une enquête sur l’assassinat d’un entrepreneur local en froid avec la mafia. Seule une femme, témoin du meurtre, est susceptible de l’aider.
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Tragédie criminelle

13ème titre de la collection Make My Day !, La Mafia fait la loi aurait pu être l'épisode malchanceux du catalogue hétéroclite entrepris par le journaliste Jean-Baptiste Thoret. Il n'en est rien bien entendu puisque l'édition permet de renouer avec un genre passionnant du cinéma italien, le film sur la Mafia, un cinéaste trop oublié, Damiano Damiani, et de se délecter des performances de Claudia Cardinale et Franco Nero.

Les années fertiles du cinéma italien furent aussi, et ce n'est pas sans lien, celles qui connurent d'incroyables tensions politiques et sociales dans le pays. Au cœur de celle-ci, la main basse de tout les systèmes par une criminalité presque professionnelle, la mafia, que l'industrie cinématographique aborda tout logiquement comme un genre à part : le mafia movie. La liste de films l'abordant avec plus ou moins de sérieux, plus ou moins de sensationnalisme, est impressionnante, mais on retrouve régulièrement la marque du romancier Leonardo Sciascia, auteur populaire mais non moins engagé, qui fut directement adapté sur grand écran par Elio Petri (Chacun son dû), Francesco Rosi (Cadavre exquis) et par ce Damiano Damiani. Un cinéaste trop souvent oublié dans les livres officiels, et dont on se remémore plus facilement son détour décontracté dans le western avec Un génie, deux associés, une cloche, et son opus social terrifiant Amityville 2 aux USA. Pourtant sa longue carrière est jalonnée de films particulièrement solides, efficaces et tendus, où émerge une réflexion récurrente sur la criminalité organisée et ses liens tentaculaires avec le fonctionnement même des institutions italiennes. Marqué par le néoréalisme et sa quête d'un réalisme frappant, Damiano Damiani n'en reste pas moins un fier artisan de l'industrie ritale, lui qui a déjà versé dans l'aventure ou le péplum, et il aborde Il Giorno della civetta avec une maitrise totale des codes du polar.

 

une femme


Une enquête passionnante donc, menée par un jeune carabinier incarné par un Franco Nero glabre mais magnétique, où l'enjeu est d'élaguer laborieusement dans une masse touffue de mensonges élaborés par Don Mariano Arena (l'américain Lee J. Cobb) et ses sbires. Bienvenue en Sicile et sa loi du silence, mais aussi dans un défilé grandiloquent et réjouissant de performances paradoxalement éloquentes, généreusement théâtrales où les mains bougent autant que les langues. Des séquences de témoignages qui pencheraient presque dans la comédie, si l'affaire n'était pas aussi triste, perdue d'avance, récit de meurtres et de malversations sur fond de travaux public, véritable métaphore de la vie politique d'alors. Le premier coup de génie de Damiani étant ici d'accompagner totalement la truculence scénique de ces pions, jouant alors sur l'opposition frontale entre le policier et le seigneur mafieux, les plaçant même géographiquement dans des bâtiments en vis-à-vis séparés par la place cosmopolite de la ville. Ça s'observe, ça se jauge, ça se menace et ça se scrute à renfort de jumelles et d'émissaires porteurs de mensonges et contre-vérités (à noter la jolie performance en indic du chanteur Serge Regianni). L'autre coup de génie, qui rejoint le suivant Seule contre la Mafia, est de transformer ce combat de coqs, en sublime portrait de femme meurtrie : Rosa qui attend désespérément le retour ou des nouvelles de son époux, et dont le témoignage est capital pour l'un et pour l'autre. Mise en danger par le flic, menacée et humiliée par les gangsters, elle est tout simplement belle et fière, bafouée mais toujours debout. Une performance sublime d'une Claudia Cardinale au sommet de sa beauté et de son talent, annonçant directement son personnage inoubliable du Il était une fois dans l'ouest qu'elle ne tournera que quelques mois plus tard.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Difficilement visible depuis de longues années, malgré son joli succès lors de sa sortie première, La Mafia fait la loi trouve largement sa place dans la collection de Studio Canal avec au passage un master HD inédit hors Italie. Une restauration plutôt soignée, manifestement effectuée à partie d'une copie d'origine (négatif ou interpositif... peut-être un peu des deux) où l'on savoure un cadre joliment nettoyé, relativement stable et surtout nourrie de teintes dorées et chaudes parfaitement définies. Le grain de pellicule est extremement présent mais constamment maitrisé, en dehors de quelques plans zoomés ou de rares séquences manifestement plus abimées où l'effet se fait neigeux malgré l'impact d'un réducteur de bruit. En dehors de ces moments de faiblesse, le piqué est heureusement plus que satisfaisant.

 


Son :
Aucune trace d'un doublage français, qui a pourtant existé, mais peu importe car nos acteurs italiens sont tellement intenses et investis qu'il serait dommage de ne pas en profiter dans une piste originale proposée dans un DTS HD Master Audio 2.0 qui retrouve toute la frontalité du mono, avec quelques petites saturations, mais aussi une clarté inédite.

 


Interactivité :
Comme le veut la tradition des galettes de Make My Day !, La Mafia fait la loi est proposé dans un élégant et sobre digipack au design légèrement rétro. Le contenu ressemble d'ailleurs lui aussi aux titres précédents avec comme toujours une présentation solide et enthousiaste de Thoret et une longue interview d'un intervenant supplémentaire. Ici c'est le professeur de cinéma et cinéaste (mais à priori jamais exporté chez nous) Vita Zaggarrio qui revient pendant 40 minutes sur la carrière de Damiani, son statut d'auteur, ses obsessions, son style et bien entendu ses réalisations sur la mafia. Avec bien entendu un long passage sur le dispositif brillant du film en question. Très intéressant.

Liste des bonus : Préface de Jean-Baptiste Thoret (9'), « La Mafia fait la loi » revu par Vito Zagarrio (40')

 
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