HEAT
Etats-Unis - 1995
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Heat »
Genre : Policier
Réalisateur : Michael Mann
Musique : Elliot Goldenthal
Image : 2.35 16/9
Son : Dolby True HD 5.1 anglais, Dolby Digital 5.1 français
Sous-titre : Français, anglais et divers
Durée : 170 minutes
Distributeur : Warner Home Video
Date de sortie : 25 novembre 2009
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Heat »
portoflio
LE PITCH
Recherché par le L.A.P.D. pour un braquage de fourgon qui a tourné au bain de sang, un cambrioleur de haut vol dans la force de l'âge décide de raccrocher après un ultime coup fumant. Sa Némésis, un policier monomaniaque, se jure de le coincer avant qu'il ne soit trop tard. Une estime et un respect mutuel s'instaurent bientôt entre les deux hommes…
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Grandir le polar

Qu'est-ce qui différencie , dans son concept, Heat du tout venant des polars hollywoodiens ? Enième traque entre un flic et un truand héritée des codes du western (la légende de Pat Garrett et Billy le Kid ne racontait finalement rien d'autre), le film de Michael Mann n'en a pas moins été propulsé instantanément au rang d'oeuvre essentielle, référence incontournable dans le genre pour les dix années à venir.

 

Les plus sceptiques au premier abord devront bien se rendre à l'évidence : passée l'apparente simplicité du synopsis, le film de Michael Mann n'usurpe guère sa réputation élogieuse. Du fait d'une mise en scène élégante, à la fois brute, immersive et foncièrement expérimentale (changements de focales improbables, exercices photographiques sur le fil du rasoir, etc.) ? On aurait pu le croire, Heat portant son réalisateur jusqu'à la maturité de son art, tant dans son efficacité scénique pure (montées de suspense tétanisantes, scènes d'action apocalyptiques au réalisme glaçant) que dans sa cohérence thématique (dialogues cadrés selon les rapports de force, échelles de plans guidées par les états d'âme des personnages...). Si visuellement, Michael Mann n'a de leçon à tirer de personne, le commentaire audio du cinéaste proposé sur la nouvelle édition collector souligne à quel point l'image de Heat est la partie émergée de l'iceberg ; le traitement des caractères et les interconnections dramatiques sont les premiers vecteurs de sa réussite.

 

Problem is choice

 

Avant même la quintessence du polar, Heat s'impose comme une fresque extrêmement ambitieuse, dont la complexité narrative s'étend hors champs grâce à une infinité de courtes saynètes annexes, laissant au spectateur le soin de combler les ellipses via leur propre imaginaire. Film-univers expressionniste (plus jamais Los Angeles ne sera filmée ainsi, jusqu'à ce que Michael Mann ne daigne s'atteler à Collatéral), Heat multiplie les détails, les allusions, les plans a priori anodins afin de sonder les âmes de ses multiples protagonistes, et parvient par on ne sait quel miracle à ne sacrifier aucun rôle sur l'autel de la confrontation DeNiro / Pacino, qui ne sert finalement que d'arc émotionnel au film. Plus fort encore, Michael Mann se défend pendant ses trois heures de projection de juger ses personnages hormis quelques salopards évidents (Waingro en premier lieu, dont la présence finit par être plus sympbolique qu'autre chose), un parti pris qui empêchera le public de choisir son camp lors de la fusillade urbaine située en milieu de parcours, les morts des deux côtés de la barrière l'atteignant indifféremment. L'écriture privilégiant les intersections, chacun devra à un moment ou un autre improviser, s'engager aveuglément dans une direction lui imposant des actes encore inconnus, qui le définiront et le mèneront vers une destinée inexorable. S'achevant sur un dernier acte de tragédie moderne, bercée par un requiem électro de Moby, Heat n'a toujours rien perdu de l'intensité indéfinissable qui nous avait foudroyés en 1995. Et comme pour le bon vin, il y a peu de chances qu'une mauvaise surprise nous attende dans la décennie à venir.

Alexandre Poncet

 

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Image :

Difficile, très difficile de retranscrire avec fidélité les nuances des films de Michael Mann. Focales courtes, grands angles, couleurs monochromatiques ou contrastes saisissants, le réalisateur et son génial directeur de la photographie Dante Spinotti n'ont pas lésiné dans Heat sur les effets stylistiques forts, tous systématiquement justifiés par les enjeux du récit ou les états d'âmes des personnages. Sans crier au génie (la copie est la même qu'en édition spéciale DVD), difficile de jeter la pierre à cette nouvelle édition Blu-Ray, qui propose la version la plus intègre du film que nous ayons pu voir jusqu'ici en vidéo. Certains plans extrêmement complexes, notamment cette conversation entre Bob DeNiro et Amy Brenneman devant les lumières de la ville et une nuit grisâtre (séquence tournée sur fond vert faute de caméra capable de capter toutes les nuances de couleur, une expérience qui poussera Mann à tourner Collatéral en numérique près de dix ans plus tard), retrouvent l'étrangeté qu'elles avaient en salle. Les noirs sont profonds, les blancs non cramés, les couleurs équilibrées, les contrastes puissants... Du très beau boulot.

 

Son :

Alors que le DVD ne contenait aucun DTS, Warner se rattrape ici avec une VO Dolby True HD absolument titanesque, qui en plus de rendre hommage à l'inoubliable expérience en salle, redonne toute sa puissance à la cultissime séquence de fusillade urbaine, basée avant tout sur l'agressivité des bruitages. Une arme à feu n'avait jamais sonné de manière aussi percutante et aucun film depuis n'a égalé cette puissance. Un conseil : baissez le volume de peur de faire imploser votre caisson de basse.

 

Interactivité :

Le Blu-Ray reprend l'intégralité des bonus de l'édition collector DVD.

Le Making of de Heat (60mn) : La mode étant à la division injustifiée des making of en de multiples featurettes hasardeuses, le documentaire en trois parties de Heat n'était pas sans nous faire peur. Pourtant, chacun de ses chapitres est légitimé par une ligne éditoriale propre, un sujet et un thème précis occasionnant l'intervention d'orateurs spécifiques à chacun, en dehors bien sûr de Michael Mann. Le premier tome, True Crime, revient à travers les mémoires de Mann, du policier à l'origine du personnage de Vincent Hannah, d'un écrivain spécialisé dans les affaires de crime et d'un historien sur la source d'inspiration première du film : un fait divers qui défraya la chronique de Chicago durant les années 1960. Passionnant et inattendu, ce quart-d'heure laisse bientôt place à une genèse plus classique du métrage lui-même, depuis le téléfilm "brouillon" L.A. Takedown (préversion d'une heure et demi de Heat) jusqu'à l'embauche de DeNiro et Pacino, qui ouvrira à Mann les portes d'une production ambitieuse. La plupart des acteurs (Pacino, Diane Venora, Amy Brenneman, Val Kilmer Jon Voight, Tom Noonan, Denis Haysbert) s'expriment ici rétrospectivement sur leur personnage, les conditions de tournage et surtout l'écriture émotionnellement chargée de Michael Mann (surtout sa faculté à imposer à ses personnages des choix aveugles, qui les définiront et traceront définitivement leur destinée), tandis que DeNiro ne répond présent qu'à travers une interview d'époque, soit dit en passant fort intéressante.
Into the Fire, le troisième et dernier chapitre du making of, explore plus avidement les éléments clefs qui ont fait de Heat la légende cinématographique que l'on connaît. La création de la fusillade urbaine est ici disséquée par le réalisateur et le designer sonore, tandis que des images d'archive nous dévoilent l'entraînement militaire auquel auront dû se plier les acteurs. Val Kilmer apporte son lot d'anecdotes ("tout ce qu'on devait faire à l'écran, si ce n'est tuer des gens, nous l'avons fait en vrai avant le tournage" ; "J'avais un plan où je vidais un chargeur, je me baissais pour recharger puis je me relevais pour arroser de nouveau. On m'a dit qu'un instructeur de l'armée disait à ses troupes 'si vous n'arrivez pas à recharger votre arme aussi vite que cet acteur, vous dégagez de mon unité !'"), avant qu'Elliot Goldenthal et Moby ne reviennent sur les choix avant-gardistes du score, qui flirtera à maintes reprises avec la musique concrète.

 

Conversation entre Robert DeNiro & Al Pacino (10mn): Le making of n'ayant guère trouvé le temps de s'arrêter sur l'une des scènes cultes de Heat, une featurette entière est consacrée à la scène de confrontation entre DeNiro et Pacino dans le restaurant, un joyau d'interprétation qui a depuis fait école. On aurait aimé profiter d'images de tournage et d'une nouvelle rencontre entre les deux acteurs dix ans plus tard, mais le documentaire se contente de rassembler des déclarations timides (récentes pour Pacino, d'époque pour DeNiro), l'un et l'autre rappelant à quel point ils avaient hâte en débutant le projet d'arriver à cette fameuse séquence. Michael Mann apporte tout de même quelques précisions sur ses choix de mise en scène (placement du cadre, tournage avec deux caméras, choix final des prises) avant que l'ensemble du casting ne vienne commenter selon leurs propres affinités ce grand moment de cinéma.

 

Retour sur la scène du crime (12') : Les apprentis décorateurs seront sûrement aux anges : Janice Polley (location manager) et Dante Spinotti (directeur de la photographie) nous revisitent en notre compagnie les différents lieux du tournage. L'emphase, évidemment, est placée sur le jusqu'au-boutisme de Michael Mann, sa volonté de capturer l'essence de Los Angeles comme aucun autre cinéaste auparavant. Une rétrospective enrichissante, qui témoigne entre les lignes des très légers changements opérés en ville depuis 1994...

 

Scènes inédites (10mn) : On le sait, Michael Mann tourne énormément, profitant des "accidents" et des inspirations du moment pour transcender une scène ou l'emmener dans une direction inattendue. Pour autant, Heat était suffisamment bien écrit pour ne pas de fourvoyer dans des digressions inutiles, et les onze scènes coupées proposées ici ne révèlent aucun trésor perdu, aucun joyau que Michael Mann aurait pu hésiter dix jours à ôter du métrage. La plupart (discussion autour de leur mariage entre Pacino et Venora, repos en famille pour Sizemore après un casse, etc.) jouent surtout un rôle de charpente narrative, permettant au cinéaste et aux acteurs de mieux connaître leurs personnages et de mieux comprendre leur parcours, et de jouer des scènes majeures ultérieures de manière plus authentiques et intuitives. Outre quelques prises alternatives et quelques dialogues savoureux mais dispensables (entre Pacino et son indic', entre DeNiro et son médecin de fortune), on notera tout de même une séquence glaciale montrant un Danny Trejo piégé chez lui par Waingro avant le grand cambriolage, une scène qui réduisait l'intensité de la découverte du personnage mourrant par DeNiro vingt minutes plus tard. Petit détail pour les fans de bandes originales : beaucoup de ces séquences sont étalonnées et contiennent des mesures inédites du score de Elliott Goldenthal.

 
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