UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL
Il rosso segno della follia - Italie - 1970
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Genre : Horreur
Réalisateur : Mario Bava
Musique : Sante Romitelli
Image : 1.85 16/9
Son : Italien, Anglais et Français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 98 minutes
Distributeur : ESC Distributions
Date de sortie : 9 avril 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Une Hache pour la lune de miel »
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LE PITCH
Paris, les années 70. John Harrington est patron d’une maison de couture spécialisée dans les robes de mariées. Ce que le monde ne sait pas, c’est qu’il est aussi un tueur en série déjà responsable de plusieurs assassinats de jeunes filles.
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la mariée était en rouge

Il y a seulement quelques mois, on pouvait compter sur les doigts d'une main les bluray sortis ou à prévoir dans la filmographie de Mario Bava. Depuis le début de l'année, pas un seul mois ne se passe sans qu'un film d'un des maîtres de l'horreur transalpine ne ressorte ou ne soit annoncé dans une belle copie numérique. Jusqu'à avoir sa propre collection chez ESC, qui s'agrémente aujourd'hui d'un troisième volume certes moins culte que les deux précédents mais tout aussi essentiel.

Si les années 60 le révélèrent au monde entier et firent de lui un incontournable du cinéma de genre italien, le début des années 70 fut beaucoup plus pénible pour Mario Bava.
Ereinté après Danger : Diabolik qui, en plus de coûter cher, fut un échec, le maestro dut se plier aux sirènes de la télévision et au hasard des histoires qui lui étaient proposées. Jusqu'à ce Il rosso segno della follia (littéralement « le signe rouge de la folie »), scénario mettant en scène un tueur en série évoluant dans le milieu du mannequinat. Un pitch évoquant sans aucun doute à Bava 6 femmes pour l'assassin, un de ses plus grands succès. Oui mais voilà, impossible pour ce nouveau film de profiter du même budget que les précédents. Et c'est le casting qui dû en pâtir en premier lieu. Stephen Forsyth, acteur canadien encore inconnu au bataillon (qui aura le bon goût d'arrêter sa carrière juste après) se retrouve donc sur le plateau dans la peau du tueur. Face à lui, un parterre de jolies jeunes filles dont Dagmar Lassander (prête à se déshabiller comme elle le fera souvent par la suite) mais aussi l'inattendue Laura Betti, actrice plus habituée à Fellini et Pasolini qu'au giallo ; mais l'occasion est trop belle d'avoir un visage et un nom prestigieux sur l'affiche. Au final, un casting pour le moins hétéroclite sinon inhabituel et qui va forcément déboucher sur un résultat qui ne ressemble à aucun autre.

 

flic et fantôme


Car si Une hache pour la lune de miel a, sur le papier, tout du giallo habituel, à l'écran c'est une toute autre histoire. Après avoir vu son tueur monolithique aux yeux perçants et à la mâchoire carrée éliminer un couple à bord d'un train (avec étonnamment très peu de sang à l'écran), on apprend qu'il est marié à une femme acariâtre qui lui mène la vie dure. Autant dire qu'elle vient rapidement grossir le rang de ses victimes. Mais voilà qu'elle revient le hanter sous la forme d'un fantôme que, dans un premier temps, tout le monde voit sauf lui (!!!) avant que la tendance ne s'inverse. Et dans le même temps, notre tueur est harcelé par un flic qui commence à trouver bizarre que toutes les filles disparues fassent partie des défilés du bonhomme. Un flic qui d'ailleurs, même s'il personnifie l'existence d'une enquête policière, sera presque toujours réduit à quelques rapides apparitions sur le palier de la maison du tueur. On se croirait en plein vaudeville ! Un scénario qui part dans tous les sens donc, n'arrive pas à se décider sur ce qu'il veut réellement raconter et finira sa course folle lors d'un climax où il tentera, tant bien que mal, d'expliquer le trauma du tueur après que celui ci ait assassiné à coup de feuille de boucher (on cherche encore la hache du titre français) un large éventail de jeunes mariées. Un beau bazar ! Mais, pour autant, Une hache pour la lune de miel est-il pour autant un mauvais film ?

 

super mario


La réponse est non, tant Mario Bava, malgré un tel scénario foutraque (vu et revu pendant le tournage, et ça se sent), réussi à rendre un produit fini encore une fois magnifique. Mouvements de caméra sur des plans larges à la beauté absolument renversante, idées de mises en scène totalement insensées, plans déformés, jeux de miroirs... Le talent du réalisateur explose souvent comme une évidence et réussi le pari fou de transformer un film bordélique au possible en chef d'oeuvre pictural mis en valeur par une photo qu'il signe lui-même. Le summum étant atteint lors de la scène de l'assassinat de la femme du tueur : sa main pendante et ensanglantée dépasse de la mezzanine située juste au dessus des policiers venant interroger le suspect. Pendant leur conversation, un filet de sang s'écoule lentenent le long de sa main, menaçant de révéler la présence du cadavre tandis que, via une table basse au plateau réfléchissant, la morte est belle et bien visible pour peu que les forces de l'ordre baissent simplement le regard. Du grand art ! Malheureusement, comme souvent chez Bava, l'image a un peu de mal à vivre en dehors de sa pure beauté plastique et jamais on ne tremble, la faute à un manque flagrant de charisme du tueur mais surtout à l'absence systématiquement du moindre suspense malgré quelques charges appuyées, entre deux envolées de violons, des belles partitions de Sante Romitelli.

Au final, même s'il ne permit pas à Mario Bava de renouer avec le succès (le film sortit en catimini et fut même retitré La Baie Sanglante 2 lors de son exploitation vidéo en France), Une Hache pour la lune de miel lui permit d'enchaîner un an plus tard avec La Baie Sanglante, un de ses meilleurs films où il poussera enfin les curseurs du gore.  Reste que, malgré ses défauts, il mérite d'être (re)découvert aujourd'hui dans sa belle copie numérique, ne serait ce que pour se rappeler, une nouvelle fois, de l'importance du cinéaste et artiste italien.

Laurent Valentin












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Image :
Malgré la présence de nombreuses poussières aussi bien lors des scènes diurnes que nocturnes, l'étalonnage est impressionnant et livre une excellente restauration effectué à partir du négatif 35mmm original. Les reflets argentiques sont donc admirablement présents, les noirs bien tenus et surtout les couleurs retrouvent leur entière flamboyance permettant enfin au film de s'extraire de la médiocritée des anciennes copies vidéo.

 


Son :
Là encore le travail est impressionnant et rend un bel hommage à la musique de Sante Romitelli. Sur les trois pistes présentes, on préfèrera toutefois la piste originale en Anglais, plus profonde et sonnant moins artificielle que les deux autres, enregistrées en post production.

 


Interactivité :
Deux entretiens seulement mais généreux en informations et anecdotes pour prolonger l'expérience du film. D'abord avec Jean-François Rauger, où le spécialiste de cinéma de genre nous dit tout sur la production chaotique du film, qui fut tourné en Espagne au lieu du Paris envisagé (Lamberto Bava y fut toutefois envoyé pour revenir avec quelques courtes vidéos de la Tour Eiffel à insérer entre deux scènes) et où les acteurs firent un moment grève faute de salaires. Il revient aussi sur certaines ressemblances du film avec le Psychose de Hitchcock et sur les caprices de Laura Betti, qui voulait absolument que son personnage ait bien plus d'importance que ne prévoyait tout d'abord le scénario, ce qui déboucha sur cette histoire de spectre qui déséquilibra totalement le produit fini.
Le second entretien est mené par Jean-Pierre Bouyxou, réalisateur et critique de film, qui revient lui plus brièvement sur le film dans une sorte d'addendum de quelques minutes seulement au premier entretien.

Bonus : Entretien avec Jean-François Rauger (24 ‘50), Entretien avec Jean-Pierre Bouyxou (8'18).

 
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