SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN
Sei donne per l’assassino - Italie / France / Monaco / Allemagne - 1964
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Six femmes pour l’assassin »
Genre : Thriller, Horreur
Réalisateur : Mario Bava
Musique : Carlo Rustichelli
Image : 1.66 16/9
Son : Italien DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 89 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 25 septembre 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Six femmes pour l’assassin »
portoflio
LE PITCH
Une série de meurtres est perpétrée sur des modèles dans une maison de haute couture à Rome. La comtesse Christina, propriétaire des lieux, semble être étrangement au courant du passé des victimes et son amant, le sinistre Morlacchi, paraît en savoir long sur le maniaque du crime.
Partagez sur :
Tableau de chasse

Découvert généralement sur la tard (mais pas par tout le monde) l'unique Six femmes pour l'assassin a pourtant changé sans le vouloir le visage du cinéma de genre italien et le cinéma horrifique international, en transformant un énième film à suspens en un spectacle exubérant et expérimental. La marque d'un grand. La marque de Mario Bava.

Un cinéaste longtemps considéré comme un simple artisan en dehors d'un corps de métier tout à fait aux faits de ces immenses forces techniques, Mario Bava aura fait comme la plupart de ses camarades italiens, passant d'un genre à l'autre sans avoir l'air d'y toucher. Pourtant sa maitrise d'effets spéciaux à l'ancienne (tout le monde s'arrache ses plans usant de maquette), sa photographie en noir et blanc tranchée puis ses explosions de couleurs, la construction rigoureuse de ses plans, tout cela est déjà largement visible dans Le Masque du démon, Hercule contre les vampires ou Le Corps et le fouet. D'ailleurs, les intentions qui vont apparaitre dans Six femmes pour l'assassin on déjà été initiés dans les précédents La Fille qui en savait trop (suspens à la Hitchcock où pointe une touche de sadisme certain) et le premier sketch de Les trois visages de la peur, dont il va reprendre directement les teintes et certains plans. Reste que la découverte première de ce jeu de massacre nihiliste, aussi malsain que malin, subjugue forcément, donnant à découvrir un artiste en pleine possession de ses moyens, transformant ici une réalité, celle du monde de la mode, en un microcosme désincarné observé à la loupe comme dans une étude d'entomologiste. Le scénario de Marcello Fondato a beau avoir été largement plus creusé que le tout venant de l'époque, la trame regorger d'éléments hitchcockien (les MacGuffin) et de figure hérités des histoires de détective d'Agatha Christie, le film s'évapore loin des passages obligés, des codes attendus, boudant l'enquête factuelle (le flic est plus qu'à la traine tout le long) pour lui préférer une enquête visuelle.

 

cadavre exquis


L'intention est d'ailleurs magnifiquement affirmée dans le générique même du film où les acteurs sont présentés comme des objets figés, prêts à être mis en mouvements par Bava, là où d'authentiques mannequins aux couleurs vives occupent mieux l'espace, et semblent même s'animer à la dérobée. L'un et l'autre ne vont dès lors cesser de se substituer. Jamais très loin des fumetti et surtout des romans photos si populaires à l'époque, Six Femmes pour l'assassin prend un malin plaisir à se louvoyer dans un décor riche et fastueux, habité par des personnages beaux et lisses, mais terriblement pernicieux, avides et antipathiques, interdisant le spectateur de les prendre en sympathie. Leurs exécutions successives (en tout cas pour ces pauvres demoiselles), peuvent alors totalement prendre l'apparence de meurtres fétichistes, violents et érotiques, barbares et virtuoses, construits comme des tableaux délicieusement morbides par un Bava qui a rarement aussi bien maitrisé la puissance cinématographique de la couleur. Sa manière de jouer autant sur des objets unis aux teintes fulgurantes, des éclairages pointus et des filtres puissants, s'échappe vers l'abstraction tel un cauchemar sublime. Un tableau dont Dario Argento saura largement se souvenir (s'inspirer, absorber ?) six ans plus tard avec son L'Oiseau au plumage de cristal, tout comme de ce tueur masqué maniant aussi bien le rasoir effilé qu'une griffe médiévale bien moins délicate, prototype mémorable du serial killer du giallo, genre dont on lui a trop rapidement donné la paternité. D'ailleurs cette silhouette noire au visage flou, sans forme, capable de s'approprier la forme (cadrage, effets de montage, trucs audio), n'est pas sans préfigurer le Michael Myers du Halloween de John Carpenter. Nous sommes en 1964, Mario Bava fait un petit film d'exploitation dans son coin et révolutionne le cinéma à tout jamais.

Nathanaël Bouton-Drouard








Partagez sur :
 

Image :
Un petit débat entoure depuis longtemps le format original du film. Du 1.85 au 1.66 les sorties alternent les formats, entre les vidéos recadrées, les laserdiscs conçus à partir de copies numériques ou le précédent master HD effectué à la source d'un négatif.... Au vu de la force des cadrages en présence et des légers frétillements lumineux déjà présents sur les bords de l'image, on penchera volontier pour penser que le 1.66 parait tout à fait convaincant. D'autant plus que la copie délivrée par Studio Canal est une vraie petite merveille. Certes on notera quelques noirs plus fluctuants, un ou deux plans plus marqués par un grain envahissant, mais le film n'en retrouve pas moins toute sa superbe avec tout d'abord une palette de couleurs explosive, riche et contrastée. L'image a été largement nétoyée, mais sans faire disparaitre la matière de pellicule, ni le piqué particulièrement admirable dans les effets de profondeur. Superbe.

 


Son :
Aucun souvenir concernant un doublage français existant... Pas grave du tout, les cinéphiles se satisferont largement de la version originale italienne disposée en DTS HD Master Audio 2.0 mono. Là aussi la restauration est évidente avec un équilibre bien tenu et une clarté constante sans aucun effet de saturation.

 


Interactivité :
Belle collection que voilà, intitulé Make my day ! (clin d'œil) et dirigée par Jean-Baptiste Thoret dont les premiers choix frôlent le sans faute. Le journaliste est bien entendu présent dans la section bonus avec une petite introduction parfaitement menée, explicative mais pas trop, analytique mais pas trop, préparant les curieux avec tact. Tout est dit déjà, ou presque, et pourtant la longue interview du réalisateur Christophe Gans (fan de Bava devant l'eternel), nous fait mentir en creusant les parallèles avec l'œuvre de Dario Argento, en soulignant plus encore l'importance stylistique de Bava, les effets du film en présence et les particularismes du cinéma populaire italien de l'époque. Passionnant comme toujours. Que ce soit le premier ou le second, quand de tels interlocuteurs parlent, on écoute.

Liste des bonus : Préface de Jean-Baptiste Thoret (6'), « Six Femmes pour l'assassin » revu par Christophe Gans (41').

 

 

Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2021