FRAYEURS
Paura nella città dei morti viventi - Italie - 1980
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Image de « Frayeurs »
Genre : Horreur
Réalisateur : Lucio Fulci
Musique : Fabio Frizzi
Image : 1.85 16/9
Son : Italien et français 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 92 minutes
Distributeur : Artus Films
Date de sortie : 8 octobre 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Frayeurs »
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LE PITCH
Dans le cimetière de Dunwich, un prêtre se suicide par pendaison, ce qui a pour conséquence d’ouvrir les portes de l’enfer, et de libérer les morts-vivants sur terre. Lors d’une séance de spiritisme, la jolie Marie succombe d’effroi après avoir reçu la vision de la mort du prêtre. Mais elle n’est pas vraiment morte, et est sauvée de justesse, avant sa mise au tombeau, par Peter, un journaliste. Les deux se rendent alors à Dunwich : il faut refermer les portes de l’enfer ava...
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La peur au corps

Second volet de sa trilogie des portes de l'enfer initiée avec le célèbre L'Enfer des zombies, Frayeurs résonne aujourd'hui comme le dernier effort vers une émancipation totale du cinéma de Lucio Fulci. Un an avant l'absolu L'Au-delà, voici une ébauche à l'atmosphère éprouvante.

Cinéaste italien parmi d'autres, Fulci a donc dû constamment composer avec les modes des moments et les attentes communes du public populaire et des producteurs locaux. Si sa carrière avant cela est déjà traversée d'authentiques bijoux noirs comme Beatrice Cenci, Le Venin de la peur, La Longue nuit de l'exorcisme, 4 de l'apocalypse, ou L'Emmurée vivante, ils se plient tous en partie aux codes du moment, que ce soit gialo, le western ou autre. Avec la fausse suite du Zombie de George A. Romero, totalement inscrite dans le paysage des morts-vivants du moment, il réussit pourtant à distiller un travail sur l'ambiance et une sécheresse qui lui sont propre. Le succès aidant, il se concentre totalement dans ces recherches esthétiques avec le suivant Frayeurs qui justement se débarrasse des effets de styles de ses compatriotes, des fausses trames policières ou d'une dramatisation mathématique, pour s'engouffrer dans un spectacle macabre total et insaisissable de 90 minutes tout juste. Si son incontournable coscénariste Dardano Sacchetti (La Baie sanglante, Pulsions cannibales) tente de livrer un hommage à l'œuvre du romancier H.P. Lovecraft, le cinéaste lui efface presque généralement toutes les citations (excepté le carton d'ouverture et la ville où se situe l'action) pour en préserver finalement que la substantive moelle, soit un univers clos, hors du temps et de l'espace, transformé en un incroyable cauchemar vivant.

 

Des larmes de sang


L'inquiétante étrangeté, l'innommable, l'intouchable, le mal à l'état brut... Des notions qui envahissent les sublimes cadres de Fulci sous la forme de tempêtes de sables constantes, d'un vent nocturne soufflant à la folie, d'une bande sonore obsédante poussée par la marche funèbre de Fabio Frizzi accompagnée d'effets sonores échappés d'une cérémonie vaudou... Le Dunwich de Lucio Fulci, incarné dans les riches décors de Savannah, est présenté comme une antichambre de l'enfer, un lieu qui a déjà un pied dans la tombe. D'où sans doute cette sensation que le script fait régulièrement du surplace, que les personnages sont déconnectés de l'horreur qui se trame et de la sordide de pourriture qui suinte de partout. Parfois trop flottant, parfois rattrapé par son bricolage de dernière minute (le plan final est quand même peu convaincant) Frayeurs n'est pas l'un des chefs-d'œuvre de Fulci, mais certainement le premier film où sa fascination morbide et sa quête d'un film monde, prend corps. Mais bien entendu si l'opus est resté comme l'un des grands cartons de sa filmographie, un grand champion à venir des vidéoclubs, c'est pour ses apparitions incroyablement gores et scabreuses : les restes en décomposition d'un bébé, les cervelles arrachés à mains nues, ses spectres aux airs de morts-vivants méchamment décomposés, une trépanation à la perceuse, une pluie de milliers d'asticots et une pauvre femme qui vomit, de manière interminable, ses propres tripes ! Mémorables certes, mais on y préférera sans aucun doute les élans plus poétiques, gothiques, entre une séance de spiritisme qui s'achève dans un hurlement obsédant, une pauvre Catriona MacColl qui se réveille six pied sous terre et une visite finale dans un caveau sous-terrain digne d'une production Hammer. Trois scènes magnifiques, sublimement éclairées par Sergio Salvati (une dizaine de collaboration avec Fulci) et mises en valeurs par les décors de Massimo Antonello Geleng (Dellamorte Dellamore), où le futur auteur de L'Au-delà s'impose avec une grande élégance comme l'héritier d'Edgar Alan Poe et... H.P. Lovecraft bien entendu.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Ce n'est peut-être pas un hasard si Artus a finalement proposé Frayeur en troisième sortie de sa superbe collection Fulci, et non en seconde comme l'induisait l'ordre des sorties en salle. En effet, il est clair que le film propose la copie HD la moins séduisante du lot. Un cas à priori généralisé à travers le monde (chez Blue Underground ou Anchor Bay) faisant donc penser que le souci vient de la copie d'origine. Car la restauration est visible avec une image presque totalement nettoyée de ses scories, largement plus stable que ses précédentes sorties et avec une colorimétrie capable d'exploser dans une grande majorité des plans. L'inconfort ici vient surtout d'une gestion inégale des effets de flous, du grain de pellicule et des exactions manifestes de quelques outils numériques. Certains cadres glissent vers le neigeux, peuvent manquer de piqué, tandis que les noirs, souvent imposants de profondeur, entrainent parfois une sensation d'écrasement de l'image. Après l'incroyable L'Enfer des zombies et le très bon L'Au-delà, le rendu est forcément en dessous.

 


Son :
Notre éditeur français garde le cap et privilégie une fois encore les pistes d'origine mono italienne et française. Exit donc les doublages américains (assez moyen... euh comme l'acting hexagonal en fait) et surtout les multiples remixes 7.1 ou 5.1 pas franchement nécessaires. La version originale est donc parfaitement propre, claire, sobre et équilibrée, et c'est tout ce qu'on lui demandait.

 


Interactivité :
On retrouve avec plaisir l'habillage toujours aussi réussi de la collection Fulci par Artus Films, avec son digipack / livre comprenant le disque Bluray, son homologue DVD et 80 pages concoctées par l'équipe de luciofulci.fr. Après une indispensable présentation du film et une petite compilation de citations du cinéaste, l'ouvrage se tourne plus globalement du coté de ses rapprochement avec l'œuvre de Lovecraft avant de s'embarquer vers un travelling assez complet des adaptations plus ou moins officielles du romancier fou. Le tout bien entendu complété d'une belle poignée de photos promotionnelles de Frayeurs.
Pas de déception non plus du coté des suppléments disposées sur la galette Bluray avec là encore des bonus totalement inédits. Lionel Grenier rempile avec une analyse plus poussée du métrage avant de laisser la place aux interviews d'usage. L'actrice phare Catriona McColl, le roi des seconds rôles de film d'horreurs ritals Giovanni Lombardo Radice et le décorateur talentueux Massimo Antonello Geleng, se livrent généreusement face caméra, partageant leurs souvenirs de tournage, leurs regards sur le film et/ou le genre, sans oublier bien entendu à chaque fois une facette particulière et sensiblement différente d'un réalisateur tour à tour chaleureux, colérique, maniaque et passablement perché. Bel objet.

Liste des bonus : Le livre « Frayeurs : une porte vers l'univers tentaculaire de H.P. Lovecraft » (80 pages) sous la direction de Lionel Grenier, « Voyage au bout de la peur », par Lionel Grenier (15'), « Sous le cimetière » : entretien avec Massimo Antonello Geleng (35'), « La ville des morts vivants » :entretien avec Giovanni Lombardo Radice (30'), « Personne ne verra jamais ce film », avec Catriona McColl (25'), Diaporama d'affiches et de photos, Bandes-annonces originales

 
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