LA VENGEANCE AUX DEUX VISAGES
One-Eyed Jacks - Etats-Unis - 1961
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « La Vengeance aux deux visages »
Genre : Western
Réalisateur : Marlon Brando
Musique : Hugo Friedhofer
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 141 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 11 juillet 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Vengeance aux deux visages »
portoflio
LE PITCH
Trois truands américains braquent une banque dans un village mexicain avant d’être pourchassés par la police locale. Le premier est abattu, tandis que les deux autres, Rio et Dad Longworth, parviennent à s’enfuir. Parti chercher de l’aide, Longworth abandonne son camarade et détale avec le magot. Cerné de toutes parts, Rio est arrêté. Lorsqu’il parvient à s’évader, il n’a qu’une seule idée en tête : se venger de son ancien acolyte…
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La Main de la mort

Seule et unique réalisation de Marlon Brando, La Vengeance aux deux visages aura été une expérience qui aura dégouter la star de l'exercice. Une naissance chaotique, un enfantement compliqué et une carrière plutôt obscure, le film reste une œuvre unique et multi facette, à l'image de son créateur.

Un acteur alors à l'apogée de sa carrière hollywoodienne qui se prend de passion pour le roman The Authentic Death of Henry Jones de Charles Neider, inspiré de la vie de Billy le Kid (qui ne sera pas mentionné dans l'objet final) dont il confie avec la Paramount le scénario à un certain Sam Peckinpah, pas encore le cinéaste que l'on connait, qui va y œuvrer d'arrache-pied pendant six mois, avec une participation remarque d'un certain Rod Serling (La Quatrième dimension, La Planète des singes). Une mouture qui ne satisfait pas l'acteur de plus en plus maniaque sur le sujet, réussissant même à épuiser l'illustre Stanley Kubrick qui préfèrera après des mois d'efforts partir sur le tournage de Spartacus. L'évidence est là : Marlon Brando a besoin de diriger ce film, d'y apposer sa signature en temps que réalisateur et producteur. De quoi réjouir la Paramount qui sent poindre le succès colossal... mais qui rapidement se rend compte que les ambitions du monsieur son totalement irréalistes, multipliant le budget par six, faisant passer le tournage de six semaines à six mois, pour atteindre une durée historique de 4h42 ! Recherche continuelle de l'image parfaite, prises refaites à l'infini et acteurs invités à l'improvision, la quête artistique de Marlon Brando, son perfectionnisme formel et émotionnel, n'est manifestement pas au gout du studio qui finit par évincer ce dernier, imposant un happy end totalement hors propos (et étrangement assez mal joué) et des coupes drastiques ramenant le tout à 2h20 de spectacle.

 

l'homme face au monde


Le seul et unique montage du film connu finalement, et Brando jette l'éponge : il ne repassera plus jamais le nez derrière la caméra. Un film blessé forcément, déséquilibré à de nombreuses occasions dans son mélange de western contemplatif et de romance classique, souvent plombé au passage par une bande originale mélo et sirupeuse composée par un Hugo Friedhofer (Elle et lui, Les Inconnus dans la ville) à coté de la plaque. Mais il ne manque pas de superbe ce beau film malade, qui sous un cadre purement américain et western classique avec ses compositions minutieuses et sa photographie éblouissante portée par le Vista Vision, annonce par la fougue des sentiments étouffés, des pulsions prêtes à exploser, les futurs saillies sadiques et baroques de Peckinpah (justement), ou Sergio Leone. Et il n'y pas que le pancho et le cigarillo au bec qui préfigure la révolution italienne à venir, mais aussi cette force d'évocation d'une tragédie cornélienne où les vengeances plongent les personnages dans un chaos permanent, de violence et de sentiments, s'enfermant eux-mêmes dans leur propre piège. Monstre de cinéma, géant capable de bouffer chaque plan d'un simple regard, Brando est aussi incroyable devant et derrière la caméra, faisant constamment avancer en parallèle les pensées cachés de son antihéros (il était déjà traversé par ses recherches sur la philosophie zen) avec des paysages tourmentés et assez uniques dans l'histoire du western : un désert balayé par une tempête faisant glisser le sable sur la surface des dunes et une action qui se déroule presque exclusivement dans une bourgade en bord de mer. Etonnant, profond malgré ses nombreuses blessures visibles, La Vengeance aux deux visages est une première œuvre époustouflante par le potentiel annoncé. Le témoignage de ce qu'aurait pu devenir le cinéma de Brando.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Produit par Universal et The Film Foundation avec le soutien des cinéastes Martin Scorcese et Steven Spielberg, le nouveau master de La Vengeance aux deux visages vient venger des décennies de copies éreintées, baveuses et tout simplement peu respectueuses de la photographie initiale. Tombé dans le domaine public à cause d'une erreur administrative de la part de la société de production de Brando, le film était ainsi distribué par de nombreux éditeurs peu scrupuleux. Ici l'équipe de restauration a retrouvé la trace de trois copies : l'original en 35mm, le négatif 8 perforation du système Vista Vision et un 35mm Y-layer permettant à chaque fois de retrouver toute la flamboyance de la colorimétrie. Scannée en 6k, restauré image par image, réetalonnée puis couchée sur un support 4k (ah bin il est où le Bluray 4K du coup ?), One-Eyed Jacks nous parvient désormais avec une richesse picturale que l'on croyant perdue, portée par un grain d'une rare finesse, un piqué imparable et une profondeur sans doute inédite. Quelques plans semblent parfois un peu moins stables ou définis que le reste, mais on touche tout de même au miraculeux.

 


Son :
Moins spectaculaire, mais tout aussi soignée, la restauration du mono d'origine, désormais disposé en DTS HD Master Audio, est de la même façon une impressionnante amélioration de l'expérience connue. Plus équilibrée, dynamique et limpide, la bande sonore ne fait clairement pas son âge, si ce n'est dans les trémolos de la bande originale. La version française, admirablement interprétée, s'en sort honorablement à coté, mais le mixage d'époque écrase parfois un peu trop les tensions dans les dialogues ou les ambiances sonores.

 


Interactivité :
Titre s'inscrivant dans la nouvelle gamme d'éditions « Prestige » imaginée par Carlotta, succédant ainsi au documentaire sur Brian De Palma, La Vengeance aux deux visages est loin de plier sous la masse de bonus vidéo qui lui sont dédiée. En l'occurrence, on ne trouvera ici qu'une simple et courte introduction signée par le cinéaste Martin Scorcese. Ayant toujours loué le film, il rappelle brièvement son contexte, souligne ses qualité et évoque, brièvement, sa restauration. Les autres items de la collection US Criterion sont ici absents.
L'idée de la collection est donc de combler ces manques par un packaging bien classe avec une superbe box, un digipack cartonné tout en finesse pour le Bluray et le DVD, ainsi que l'ajout de goodies bien sympathiques comme des cartes, une affiche et une reproduction du livret de presse d'époque. Ça ne remplace pas, mais ça complète.

Liste des bonus : Introduction de Martin Scorcese (3'), De Nombreux memorabila inédits : reproduction de 12 lobby cards, Fac-similé du dossier de presse et affiche.

 
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