PUBLIC ENEMIES
Etats-Unis - 2009
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Public Enemies »
Genre : Fresque, Policier
Musique : Elliot Goldenthal
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais en DTS HD Master Audio 5.1, français DTS 5.1
Sous-titre : anglais, français et divers
Durée : 140 minutes
Distributeur : Universal
Date de sortie : 24 novembre 2009
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Public Enemies »
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LE PITCH
Basé sur l'histoire vraie de John Dillinger, un braqueur de banque hors pair qui a sévit à de nombreuses reprises dans l'Amérique des années 30. Avancé comme "l'ennemi public numéro 1" par le patron du FBI, John Edgar Hoover, Dillinger sera traqué sans relache par Melvin Purvis, l'un des agents fédéraux des plus efficaces.
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No future

Il y avait de quoi trépigner d'impatience : Michael Mann à la réalisation, Johnny Depp, Christian Bale et Marion Cotillard devant la caméra, un script promettant de retracer de manière musclée le jeu du chat et de la souris engagé entre John Dillinger et le FBI... Et comme d'habitude chez le cinéaste, le résultat final vaut bien davantage que la somme des talents impliqués.

 

Comment parvenir à capter l'énergie, la vivacité d'une histoire vieille de plus de soixante-dix ans ? Comment saisir l'instant d'une époque révolue, à l'imagerie aujourd'hui obsolète dans l'inconscient collectif américain ? Cinéaste des sens, Michael Mann avait déjà tenté l'expérience avec Le Dernier des Mohicans au début des années 1990, en traitant du passé au présent de l'indicatif. Mais sa mise en scène a depuis profondément changé. Comme pour se préparer au défi temporel de Public Enemies, Mann a opéré une lente transition stylistique au fil de ses derniers films, basculant de plus en plus graphiquement dans le cercle vital de ses héros. Dans Ali, l'emploi d'une caméra DV soulignait les rares moments de solitude du héros, et le confrontait par l'image à ses pensées. Filmé en pellicule pour ses scènes de jour, Collatéral cadrait la nuit de Los Angeles en numérique Haute Définition, la photographie quasi-spectrale insistant sur l'onirisme et la suspension temporelle de la narration. Le mésestimé Miami Vice effectuait enfin le grand saut, Mann décidant de parier à 100% sur la HD, seul format capable selon lui de restituer fidèlement l'ambiance fiévreuse d'une boîte de nuit, le calme troublant d'une rencontre secrète sur un toit d'immeuble, l'air lourd et stagnant annonçant un orage ou encore une fusillade volée sur le vif dans un quartier portuaire plongé dans la pénombre. Prisonniers de l'instant, les personnages de Miami Vice aspiraient secrètement à un avenir, un ailleurs. Tout l'inverse, justement, du John Dillinger de Public Enemies.

 

Ici et maintenant

 

Avant même toute tentative d'analyse filmique (celle-ci s'impose pourtant d'elle-même, comme nous allons le voir), Public Enemies est un fantasme de polar. Les deux tiers du film font littéralement hurler la poudre, entre évasions musclées, braquages de banque et traques policières. S'il avait déjà prouvé son sens inné à chorégraphier le chaos d'une fusillade (voir Le Solitaire, Heat ou Miami Vice), Michael Mann se surpasse ici, voguant notamment sans sourciller d'une échauffourée en plein centre-ville à la prise d'assaut d'un chalet isolé dans les bois. Le spectacle a beau être saisissant, l'intérêt réside néanmoins ailleurs. Dans la caractérisation des protagonistes déjà, qui sont littéralement ce qu'ils font. Avec une pertinence rare, le cinéaste nous présente ainsi pour la première fois Dillinger, mitraillette à la main, dans la cour d'une prison, puis le filme sans attendre à l'œuvre dans l'enceinte d'une banque. Entre ces deux séquences, l'agent spécial à ses trousses prend ses marques en abattant froidement, avec une concentration et une précision sans borne, un célèbre malfrat. En évacuant le plus rapidement possible toute motivation un tant soi peu pragmatique (Dillinger expliquera son passé à Billie en dix secondes chrono), Michael Mann ancre ses icones, et le spectateur avec eux, dans un ici, un maintenant. Tout Public Enemies semble ainsi pensé pour immortaliser des fragments de temps présent, la notion d'avenir étant purement et simplement snobée par le héros au sein même du dialogue. Braquée sur le vif de chaque situation, la mise en scène appuie constamment ce refus de fuite en avant, aidée par une structure narrative se focalisant sur les événements majeurs plutôt que sur leurs préparatifs. A la manière d'un Terrence Malick, Mann capte une infinité de manifestations fragiles, impalpables, telle cette brume caressant le sol d'une forêt au creux d'une nuit glaciale. Et le résultat s'apparente souvent à de la réalité virtuelle.

 

En musique

 

L'ironie, dont Mann est évidemment bien conscient, veut que cette chasse à l'homme, ce combat harassant entre l'autorité et l'un des plus grands rebelles populaires américains, intervienne au commencement d'une toute nouvelle ère, où l'évolution de la science et des méthodes policières inspirées du Fascisme (J.E. Hoover ne cite-t-il pas l'école italienne des années 30 ?) vont sonner le glas des destinées dissidentes à la John Dillinger. Cette lente éradication des libertés, visant à castrer les espoirs d'un peuple meurtri par la crise de 1929 (on notera le double-sens de l'adjectif « public » dans le titre), trouve ici une représentation bouleversante dans la Love Story unissant Dillinger à Billie (superbe Marion Cotillard). L'autre grande force de Public Enemies demeure dans cette romance condamnée, qui permet au passage à Michael Mann de porter son célèbre rapport à la musique vers de nouvelles hauteurs. La chanson prémonitoire « Bye Bye Blackbird » poursuit ainsi les deux amants au fil des trois actes, à chaque fois sous une forme de circonstance : en live (donc ouverte à l'inconnu) lors de leur première rencontre, en version disque (donc déjà figée depuis longtemps) lorsque le couple évoque des projets qu'ils savent voués à l'échec, puis allégée de sa mélodie (le sens du texte ressortant) à la toute fin du voyage. Emouvoir à l'aide d'une aussi subtile option sonore, n'est-ce pas la marque des plus grands ?

Alexandre Poncet

 

 

 

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Image :

Considérant les nombreux types de caméra utilisés par Michael Mann, et le grain volontairement accentué de certains plans numériques, on ne peut que pousser un soupir de soulagement à la vision de ce Blu-Ray, qui restitue parfaitement l'expérience de la projection en salle. Reste que le visuel ne plaira pas à tout le monde, Mann insistant sur les rémanances, les contours et les halos, des effets généralement considérés comme indésirables par les détracteurs du numérique. Sauf qu'ici, ils ne sont qu'un outil narratif supplémentaire, une manière de renforcer l'instantanéité voulue par le metteur en scène. Les séquences de nuit sont dans ce contexte absolument saisissantes.

 

Son :

Très belle spatialisation pour la VO DTS-HD Master Audio, qui en plus de mettre en valeur les accents des différents personnages, affiche une dynamique percutante lors des innombrables scènes de fusillade. La bande sonore Mannienne en diable, entre symphonie tragique signée Elliott Goldenthal et vieux standards utilisés de manière dramatique à souhait, bénéficie d'un traitement on ne peut plus chaleureux, aidant l'immersion totale du spectateur.

 

Interactivité :

Arrivé sur le tard au format DVD, Michael Mann se rattrape film après film en commandant à ses éditorialistes des caisses et des caisses de suppléments passionnants, permettant à la fois d'analyser les partis pris artistiques du film et les événements auxquels il se réfère. Le réalisateur est bien sûr au coeur de toutes les attentions, déjà avec un commentaire audio autoanalytique dont il a le secret, qui lui donne l'occasion de s'approfondir sur ses choix de mise en scène mais aussi de s'étendre sur son approche des nombreux personnages historiques. Un segment filmé d'une vingtaine de minutes le montre au travail avec ses acteurs, images de tournage entrecoupées d'interviews des principaux artistes, Mann compris. Pour chaque segment consacré au film, on a droit sur ce Blu-Ray à une featurette destinée à éclairer les zones d'ombre de la grande Histoire, via notamment un portrait en bonne et due forme de John Dillinger. L'inévitable U-Control se divise dans cette logique en deux options : d'un côté une chronologie détaillée replaçant les événements dans leur contexte, en faisant fi du point de vue filmique, de l'autre des modules affichant en surimpression du film diverses scènes de coulisses, traitant à la fois des armes, des voitures d'époque, des costumes, des cascades ou encore des chorégraphies des gunfights. Largement de quoi trouver son compte.

 

Liste des Bonus : Commentaire audio de Michael Mann, Making of, featurettes, U-Control.

 
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