L’ASSASSIN A RéSERVé 9 FAUTEUILS
L’Assassino Ha Riservato Nove Poltrone - Italie - 1974
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Genre : Thriller
Réalisateur : Giuseppe Bennati
Musique : Carlo Savina
Image : 1.85 16/9
Son : Italien DTS-HD Master Audio Mono
Sous-titre : Français
Durée : 103 minutes
Distributeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 20 avril 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Patrick Davenant, accompagné de membre de sa famille et de proches, quitte une soirée mondaine au beau milieu de la nuit pour visiter un théâtre abandonné dont il est le propriétaire. Toutes les portes finissent par se refermer derrière eux et les voici pris au piège, à la merci d’un assassin vicieux et insaisissable…
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Au Théatre ce soir

Décidément indispensable, Le Chat Qui Fume nous régale d'une nouvelle rareté venue des tréfonds du bis transalpin. Giallo sous influences, conte gothique saupoudré d'érotisme et de sadisme macho, huit clos misanthrope, L'Assassin A Réservé 9 Fauteuils n'a pas d'autre prétention que de satisfaire son public de base (le mâle amoureux de belles poitrines et de morts violentes) tout en ménageant quelques belles surprises. Et ce n'est déjà pas si mal !

Venu du documentaire, Giuseppe Bennati est un cinéaste qui tourne peu. Dix films en vingt-deux ans de carrière (dont un pour la télévision). L'Assassin A Réservé 9 Fauteuils est d'ailleurs son dernier film, à 53 ans seulement. Il le réalise pour un budget étriqué mais il n'a pas à rougir de cette sortie de scène. Devant sa caméra défile quelques stars du cinéma de genre dont la sublime Rosanna Schiaffino (L'Enlèvement des Sabines de Richard Pottier, ou encore Le Miracle des Loups d'André Hunebelle) et le très symbolique Chris Avram (au générique de La Baie Sanglante de Mario Bava). Des visages connus qui livrent le minimum syndical ... tandis que d'autres se dévêtissent (notamment la divine Janet Agren qui fit un tour chez Lucio Fulci et Umberto Lenzi quelques années plus tard) dans des vignettes érotiques qui surgissent avec une gratuité toute maladroite.
Bennati se montre en revanche bien plus doué pour distiller une atmosphère angoissante, aux frontières du cauchemar. N'affichant pas la moindre sympathie pour des protagonistes tous plus détestables les uns que les autres (salauds de bourgeois ! encore et toujours), le réalisateur fait de son décor sa véritable vedette. Faux décor mais véritable théâtre, le teatro gentile de Fabriano égare ses malheureuses victimes avant de les faire disparaître sur scène ou en coulisses. Violemment, bien entendu.

 

le poignard ou la corde ?


Avec son co-scénariste Biagio Proietti, Bennati tente avec bonheur d'élever son histoire au-dessus du giallo de base. Tous les classiques du genre (main gantée de cuir brandissant un couteau, jeux de masques, victimes féminines en robes moulantes et aux mœurs légères, suspense autour de l'identité de l'assassin) ont beau répondre présents, L'Assassin A Réservé 9 Fauteuils ne se contente pas de capitaliser sur les intrigues d'Agatha Christie et les classiques de Mario Bava. Shakespeare est cité au détour d'une très belle reprise d'une scène de Roméo & Juliette, d'un monologue fantomatique ou d'une malédiction qui aurait pu avoir sa place dans Macbeth.

[ATTENTION SPOILERS]
Mais en versant progressivement dans le surnaturel, le film se permet d'aller plus loin et de jeter aux oubliettes une résolution trop terre à terre. Pas de maître comploteur tombant le masque dans les ultimes instants pour se jouer de sa victime la plus coriace, pas d'assassin surprise venu se venger d'un affront passé. En fait, il n'y a pas de coupable. Juste une entité indéfinie, le théâtre lui-même ou le Diable. Ou la Mort. Giuseppe Bennati se refuse à apporter une réponse claire et entraîne ses derniers survivants dans les entrailles de la terre et au bord de la folie. Jusqu'à un épilogue où la libération de celle qui sera épargnée flirte avec le surréalisme et la poésie antique.
{FIN DES SPOILERS]

Sans mouvement d'appareils grandiloquents, sans un score agressif (bien au contraire, Carlos Savina nous caressant dans le sens du lounge), sans excès de gore (à l'exception d'un vagin sauvagement poignardé - hors champ, rassurez-vous - à plusieurs reprises), l'ultime odyssée de Giuseppe Bennati annonce pourtant les débordements ésotériques et colorés de Dario Argento avec une utilisation de la couleur rouge que l'on retrouvera presque à l'identique dans le séminal Profondo Rosso qui sortira l'année suivante. Coïncidence ou contrefaçon ? Avec les italiens, on ne sait jamais. C'est tout le charme de leur cinéma.

Alan Wilson












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Image :
Restauré avec soin, le master est une référence en soi. Pas ou peu d'accidents de pellicule, une définition poussée (on peut compter les poils de foufoune d'Eva Czemerys et admirer les détails d'une fausse main tout à fait ratée !). Même les scènes les plus sombres affichent une stabilité de tous les instants.

 


Son :
C'est un peu le point noir de cette édition. Un souffle constant (mais pas non plus gênant) traverse l'unique piste son. Vu la rareté du matériel, on n'ira pas non plus engueuler l'éditeur. Et puis le petit cachet « d'époque » qui en découle a son charme.

 


Interactivité :
Plutôt superficiel, l'entretien avec le comédien Howard Ross a le mérite d'être court et de mettre de bonne humeur (surtout quand ce dernier sort de sa litanie de compliments pour s'attarder sur le fessier mémorable de la rousse Paola Senatore). Plus consistant est le long témoignage de Biagio Proietti où l'on en apprend beaucoup sur le métier de scénariste en Italie (un effort collectif où le nom de celui qui apparaitra au générique était tiré au sort !). Enfin, l'analyse de Francis Barbier se propose de nous livrer toutes les clés pour mieux comprendre le film de Giuseppe Bennati. Des propos érudits où l'on sent poindre tout de même un léger mépris pour les derniers rejetons malades du cinéma d'exploitation Italien. On peut ne pas être tout à fait d'accord. Une poignée de films annonces viennent clôturer le programme. On dit merci qui ? Merci Jacquie & Mich..., euh, pardon, merci Le Chat Qui Fume !

Liste des bonus : Suspendus à Howard (8 min), Ecrire avec Biagio (29 min), Théâtre de Sang par Francis Barbier (30 min), Films-Annonces.

 
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