L’îLE DU DOCTEUR MOREAU
Island of Lost Souls - Etats-Unis - 1932
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « L’île du Docteur Moreau »
Réalisateur : Erle C. Kenton
Musique : Inconnu
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais DTS HD Master Audio Mono
Sous-titre : Français
Durée : 71 minutes
Distributeur : Elephant Films
Date de sortie : 25 janvier 2017
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « L’île du Docteur Moreau »
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LE PITCH
Recueilli sur un cargo, Edward Parker est jeté par-dessus bord après une dispute avec le capitaine, à proximité d’une petite île tropicale. Il y rencontre le Docteur Moreau : un scientifique fou, qui réalise des expériences génétiques épouvantables sur des animaux, cherchant à les rendre humains. Mais ses expériences ont donné lieu à des abominations, à l’exception de Lota, la belle femme panthère…
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Tous des bêtes

Produit en plein âge d'or des films d'épouvante hollywoodien par la Paramount, et directement dans l'idée de concurrencer les flamboyants Universal Monsters, cette première adaptation (et la meilleure) de L'île du Docteur Moreau a largement gagné sa place aux cotés des grands classiques du genre.

D'ailleurs Universal ne s'y est pas trompé, rachetant quelques années plus tard les droits de l'œuvre pour l'intégrer, l'air de rien, à sa collection des Universal Monsters (en VHS et DVD). Un choix loin d'être curieux car en plus d'une apparition masquée, mais mémorable, de l'iconique Bela Lugosi, on retrouve derrière la caméra un certain Erle C. Kenton. Un petit artisan passe-partout mais productif (plus de cent longs métrages) qui connaitra véritablement sa petite heure de gloire la décennie suivante en alternant entre les opus d'Abbott et Costello (les grands comiques maison) et des suites en formes de crépuscules : Le Spectre de Frankenstein, La Maison de Frankenstein et La Maison de Dracula. Une parenté évidente donc, soulignée par des maquillages d'hommes-bêtes particulièrement performant pour l'époque et par l'omniprésence du travail du directeur photo. Car si Erle C. Kenton n'a jamais été un génie de la mise en scène, Karl Struss est l'un des techniciens les plus doués de sa génération, restant dans les mémoires pour avoir sculpté la première version de Ben-Hur, le Dr Jekyll et Mister Hyde de Rouben Mamoulian et surtout le chef d'œuvre L'Aurore. Et cette sensibilité proche du cinéma de Murnau (Nosferatu) est palpable à chaque instant, tant le métrage semble entièrement constitué d'ombres tremblantes, toujours promptes à s'étirer, à envahir le cadre et transformer cette île, autrefois paradisiaque, en véritable terre de cauchemars.

 

le diable dans l'île


Clairement chaque plan, parfois plutôt astucieux dans ses petits effets reconstitués en studio, est sublimé par les lumières de Struss faisant définitivement glisser cette adaptation du classique de H.G. Wells de la science-fiction vers l'horreur gothique. Ce Island of Lost Souls a beau continuer de traiter (largement en avance sur son temps) de la bioéthique, des traitements réservés aux animaux et de la lutte des classes, il n'est pas forcément l'adaptation la plus fidèle du roman, mais en tout cas la plus esthétique, la plus cohérente et la plus riche. Ajoutant des qualités aux textes, plus qu'en soustrayant, le film s'impose aussi grâce à casting impressionnant avec une fois encore un Lugosi bien moins anecdotique que l'on veut souvent l'affirmer (il a d'ailleurs ici l'un des gros plans les plus célèbres de sa carrière), mais aussi la délicate et trop rare Leila Hyams (Freaks) éclipsée par la prestation animale de Kathleen Burke en femme panthère et enfin le géant Charles Laughton (La Taverne de la Jamaïque, Spartacus...). Il signe ici un Docteur Moreau particulièrement machiavélique, sirupeux, quelque part entre Frankenstein et Mangele, despote pratiquant la torture et les manipulations douteuses, modèle effrayant du complexe de dieu... forcément autodestructeur. Si certains dialogues jouent parfois sur une ironie froide toute british, L'île du Docteur Moreau à la fois film d'aventure et film d'horreur, reste une œuvre noire et cruelle qui, comme beaucoup de film pré-code Hays, ne détourne jamais les yeux devant la cruauté humaine. Une petite merveille.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Moins célèbre que quelques autres productions horrifiques de cette décennie, Island of Lost Souls a surtout souffert de multiples manipulations peu soignées, de coupes à l'image ou sonores et plus généralement de très mauvaises préservations. Criterion a donc dû ainsi multiplier les sources 35mm ou 16mm, à la fois pour reconstituer la version la plus complète du montage, mais aussi la plus belle. A cela s'ajoute ensuite un travail de restauration numérique laborieux et minutieux, suivit d'une homogénéisation fluide de la photographie de l'ensemble du programme. On partait de loin (il suffit de revoir d'anciennes éditions DVD US) et même si au final l'image doit composer encore aujourd'hui avec un grain oscillant, une luminosité légèrement tremblotante et quelques traces irrémédiablement fixées sur la pellicule, le film préserve toute sa matière et sa richesse esthétique. Reprenant à son compte, et à raison, ce travail de restauration effectué par l'éditeur US en 2011, Elephant Films installe donc sur Bluray une copie scannée en 2K tout simplement miraculée.

 


Son :
Même travail de fond effectué sur la piste sonore originale, forcément passée entre les mains expertes de nombreux logiciels et techniciens spécialisés. Le nettoyage a été aussi délicat qu'efficace, effaçant les scratchs et oscillations les plus gênantes, ne laissant parfois que quelques rares effets de souffle, sans doute en écho même de la captation sonore de l'époque. En DTS HD Master Audio mono, L'île du Docteur Moreau se fait élégant.

 


Interactivité :
Bon il fallait forcément une déception, et elle se découvre dans le menu des bonus de l'édition. A force de citer Criterion à tout va, certain auraient pu espérer que le déluge de suppléments de l'éditeur américain serait ici présents. Ce n'est pas le cas. Un matériel extrêmement coûteux, auquel l'indépendant Elephant Films a dû se résigner, tachant de combler le vide par deux bonus confectionnés par ses soins. L'attendue présentation du film par Jean-Pierre Dionnet, toujours aussi complet, puis plus rare, une évocation du métrage par Jaz Coleman leader du groupe Killing Joke en visite au dernier Etrange Festival. Et sa vision de l'objet est... euh... particulière.

Liste des bonus : Présentation du film par Jean-Pierre Dionnet (10'), Inside (Killing) Joke à l'étrange festival : L'île du docteur Moreau, par Jaz Coleman (7'), Galerie de photos, Bandes-annonces.

 
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