BARABBAS
Etats-Unis - 1961
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Image de « Barabbas »
Réalisateur : Richard Fleischer
Musique : Mario Nascimbene
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 137 minutes
Distributeur : Sidonis Calysta
Date de sortie : 14 novembre 2016
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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portoflio
LE PITCH
Gracié par le peuple de Jérusalem qui choisit de faire crucifier Jésus, Barabbas, reprend sa vie de bandit. Condamné à perpétuité dans les mines de soufre de Sicile, il réchappe miraculeusement à un tremblement de terre auprès du chrétien qui partage ses chaînes. De plus en plus touché par la foi de son compagnon, Barabbas affronte désormais l’épreuve de l’arène du Colisée de Rome.
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La vie de Barabbas

Héros du jour lorsque Ponce Pilate offrit, tel le premier présentateur de télé-réalité, à la foule de choisir qui de lui ou de Jésus serait gracié, Barabbas est toujours resté historiquement dans l'ombre de l'homme de Nazareth. Une ombre qui le suit même jusque sur les écrans de cinéma.

Quand on parle de films/péplum bibliques, les premiers nous venant à l'esprit sont à chaque fois le Ben-Hur de William Wyler ou Les 10 Commandements de DeMille. Pourtant, Barabbas de Richard Fleischer, mésestimé comme la plupart des films du réalisateur auteur de Soleil Vert, n'a pas à pâlir devant eux, et en certains points leur est largement supérieur. A l'image donc du personnage titre dépeint, anti-héros lambda, John McClane historique avant l'heure, s'étant retrouvé tout au long de son histoire au mauvais endroit au mauvais moment, et vu attribué un nombre considérable de « vies supplémentaires », de « continus » illimités, Barabbas, le film, n'a pas bénéficié de la lumière divine ayant établi les films portés par Charlton Heston, plus populaire et bankable qu'Anthony Quinn, et est resté éclipsé aux yeux du public, boudé par le plus grand nombre. Une oeuvre dont quelques apôtres, de génération en génération, de Bertrand Tavernier (présent pour notre plus grande satisfaction dans les bonus) à Fausto Fasulo, prennent soin de défendre et de prêcher la bonne parole.

Réalisateur snobé, l'ADN de Fleischer se retrouve souvent dans ses protagonistes. Si dans le film de William Wyler, Ben-Hur vit à la même époque que le Christ, croise son chemin et est, au sein de sa quête personnelle, un témoin des événements historiques, il est pour autant le maître de son destin. Barabbas est à l'opposé. Il est l'antithèse de Judah Ben-Hur. Dès la scène d'ouverture, éblouit par le visage de Jésus, un héros de la grande tradition hollywoodienne aurait embrassé la foi et rejoint les rangs des chrétiens. Barabbas entame lui sa longue marche forcée vers sa fin, accompagnée au choix suivant les connections de chacun avec la religion, par le destin ou par l'esprit divin. Et plutôt que d'en faire un rebelle à tout endoctrinement, Fleischer ne sombre pas dans le manichéisme et laisse son personnage être un homme simple, un peu idiot, pas forcément pragmatique, vivant au jour le jour, et ne reniant pas le Christ par stratégie comme l'apôtre Pierre, mais tout simplement parce qu'il n'y comprend rien à ces histoires de religion. Barabbas, devant la caméra de Fleischer est un homme dépassé par les événements, dont ces sombres histoires de foi, de grâce, de résurrection, sont bien le dernier de ses soucis. Le découpage de ses différentes péripéties, faisant de lui l'ancêtre cinématographique de Maximus, peuvent être perçues comme de multiples résurrections, ou des rebondissements bien humains dont nous faisons tous l'expérience au cours de notre vie (même si on retrouve rarement sur un CV de nos jours les expériences de voleur, tueur, mineur de souffre, esclave, gladiateur).

 

humain après tout


Si la comparaison avec le grandiose de Ben-Hur tient d'une certaine évidence, bien que les histoires soient diamétralement opposées, il est intéressant de noter la façon dont Fleischer va introduire la dimension épique dans son récit. Chaque scène, chaque péripétie, chaque peinture doit être le théâtre d'un événement, et marquer la rétine du spectateur, ne serait ce qu'avec une petite idée de mise en scène, ou une utilisation pragmatique du décor et du Cinémascope. Tel cette fameuse éclipse étant survenue pendant le tournage, utilisée à bon escient par Fleischer, bien conscient de la production value apportée par cette image mythique au film qu'il était en train de tourner.
Si Fleischer magnifie la mythologie de cet homme ordinaire, il faut toute la force et le talent d'Anthony Quinn pour apporter l'humanité nécessaire au personnage. Celui que l'on adule pour ses rôles dans Zorba le Grec ou La Strada, livre ici son rôle le plus fort mais également le plus sobre. Tombant souvent dans le « surjeu », dans l'exagération à la limite de la caricature, Quinn se transforme littéralement. Tête baissée, regard curieux, effacé face à ces personnages aux en couleurs et aux paroles faciles, des apôtres aux gladiateurs, Quinn/Barabbas arpente son chemin, sous le poids de sa propre croix, bien plus alourdie par les actions des autres que par une prétendue volonté de sauver le monde.

Barabbas est là la fois la quintessence du cinéma de Richard Fleischer, une photographie fidèle de l'ensemble de sa carrière, de la réception de cette dernière et de son inscription dans l'Histoire du Cinéma, et une lumière lancée vers l'avenir, puisque étant la principale inspiration du film qui sera le renouveau du genre à l'aube des années 2000, avec Gladiator de Ridley Scott, et avant cela, du Conan de John Milius (dont Fleischer réalisera la suite). Rien que ça.

François Rey








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Image :
Magnifique. Le travail de restauration et de compression est colossal et transpire bien la volonté de livrer une copie digne et redorant le blason du film de Richard Fleischer. Des couleurs à la fois chaudes et vives, appuyées par des contrastes affinés, offrant au spectateur d'apprécier pleinement les scènes mythiques toutes différentes en colorimétrie (de l'éclipse aux mines de souffre, de l'arène de Rome aux rues de Jérusalem).

 


Son :
L'agréable qualité de la stéréo remixée en DTS permet de profiter agréablement de la dimension épique du film de Fleischer, dont le point d'orgue est l'exceptionnel musique composée par Mario Nascimbene (Les Vikings). Entrainante, elle laisse pourtant respirer dialogues et effets sonores, tout en s'imprégnant durablement dans notre mémoire.

 


Interactivité :
En complément d'un important documentaire sur la carrière d'Anthony Quinn, c'est à nouveau vers les interviews de critiques qu'il faut se tourner pour entrer dans le vif du sujet. Patrick Brion et Bertrand Tavernier remettent les choses au claire sur la place de Barabbas dans le cycle des films sur la vie du Christ et la carrière de Fleischer.

Liste des bonus : Présentation du film par Bertrand Tavernier (21'03) - Présentation du film par Patrick Brion (10'17) - Documentaire sur Anthony Quinn (57'46) - Bande-annonce (4'16) - Galerie photos

 
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