LENNY
Etats-Unis - 1974
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Lenny »
Genre : Drame
Réalisateur : Bob Fosse
Musique : Ralph Burns
Image : 1.85 16/9
Son : DTS HD Master Audio 2.0 anglais et français
Sous-titre : Français
Durée : 111 minutes
Distributeur : Wild Side Vidéo
Date de sortie : 30 mars 2016
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Lenny »
portoflio
LE PITCH
Il est le plus insolent, le plus libertaire, le plus controversé des comiques des Sixties. L’histoire hors-norme de Lenny Bruce, dont les improvisations caustiques rencontreront un succès inégalé. S’attirant les foudres de l’Amérique bien-pensante, entre scandale, drogue et condamnations, ce maître du politiquement incorrect se fera la voix de toute une génération.
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The show must go on

Grand spécialiste de la comédie musicale moderne, référence absolue des spectacles de Broadway, Bob Fosse inoubliable forcément pour l'immense Cabaret avec Liza Minelli, aura déjoué les attentes en cette première moitié des 7O's avec le récit d'un comique disparu 8 ans auparavant, en pleine déchéance, Lenny Bruce. Pas si étonnant pourtant, tant l'un semble être le reflet de l'autre.

Même si la tendance est aujourd'hui bien installé en France, le Stand Up reste pourtant un exercice comique très lié à la culture américaine. Un artiste seul sur scène occupant l'espace pendant 90 minutes, enchainant les vannes, les analyses piquantes et les clins d'œil à la salle, sans pause apparente. Une vraie mise à nue ou la force d'écriture des plus granfs fait souvent passer la performance pour une improvisation gigantesque. Un art que Lenny Bruce a totalement bouleversé, voir révolutionné, dans les années 60 en multipliant les sujets tabous (les gros mots interdits, le cul, le racisme, le Vietnam...), se faisant autant remarquer par un public avide d'irrévérence que des autorités (police locale, FBI, juges) bien moins friands de la chose. Un combats idéologique qui deviendra un combat judiciaire, puis une quête digne de Don Quichotte contre le système qui menera l'homme à sa perte, sombrant dans la dépression et la drogue. Une vie comme une croisade que le film de Bob Fosse, alors auréolé des succès successifs de la comédie musicale Pippin (un Tony Award), le show télévisé Liza with a Z (un Emmy Award) et surtout l'Oscar du meilleur réalisateur pour Cabaret, n'a pas illustré comme un biopic basique, mais comme une quête d'une personnalité opaque, autodestructrice, insaisissable surtout, où les rares témoignages existants s'opposent.

 

en coulisses


Un portrait éclaté, haché, qui alterne les épisodes fondamentaux de sa vie, les moments plus simples et intimes, avec de fausses interviews posthumes des protagonistes, et des extraits de scène de Bruce. Là où certains auraient opté pour une mise en parallèle évidente entre ces différents ingrédients, Fosse lui déroute, contourne la linéarité en préférant des parallèles plus profonds ou des contradictions surlignées. Le spectateur scrute alors, cherchant un semblant de vérité dans la prestation brillante et fébrile de Dustin Hoffman, dans la splendeur manifeste d'un noir et blanc radical, surexposé, où dans les saillies d'un comique plus ou moins drôle, et progressivement de plus en plus isolé dans l'espace. Cette vérité il ne la découvrira jamais, laissant Lenny Bruce à distance, aussi attachant qu'agaçant, charismatique que pathétique. Pourquoi ? Tout simplement parce que Lenny est moins le portrait d'une référence du stand-up qu'une autobiographie déguisée de son réalisateur, chorégraphe de génie, cinéaste marquant en seulement trois bijoux (Cabaret, Lenny puis Que le spectacle commence), mais personnage torturé, paranoïaque, incertain, déjà en train de se perdre en 1974 dans un mélange d'absence de sommeil et de drogues médicinales diverses. Lorsque Bruce / Hoffman monte sur scène dans un plan séquence fixe de presque dix minute, blafard, vêtu seulement d'un imper, et déblatérant sans aucune logique des bribes de sa pensée et de sa gloire passée, ce n'est pas une séquence témoignage, mais bien la vision prophétique d'un Bob Fosse qui accumule déjà les indices d'un suicide personnel. Un œuvre forcément puissante donc, plastiquement impressionnante (ce travail sur la lumière !) qui comme le stand-up est l'histoire d'un mec tout seul, qui se met à nu : Bob Fosse.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Célèbre en grande partie pour la qualité de sa photographie, Lenny était forcément attendu en Bluray, question de profiter pleinement du travail de Bruce Surtees. Et c'est tout à fait le cas. Le travail de restauration est superbe, effectué à la source, et permet d'observer une image sans plus aucune traces, mais qui préserve avec naturel le grain d'origine de la pellicule. Un grain très marqué, organique, mais toujours très élégant, sculptant les blancs aveuglants et ses matières de gris, tandis que les noirs, fermes et pleins, envahissent l'écran sans jamais impacter le niveau de détail, imposant. Tout simplement sublime.

 


Son :
La piste sonore originale a elle aussi connu un bon nettoyage mais reste en mono, avec tout de même un DTS HD Master Audio pour assurer sa clarté. Le son est toujours net, équilibré et les quelques effets mis en retrait comme la voix de l'interviewer, sont une décision consciente du réalisateur.

 


Interactivité :
Nouvel opus de la collection de classiques du cinéma américain accompagné d'un livre en supplément, Lenny s'offre tout de même un petit bonus en vidéo. Malheureusement pas l'intervention d'un membre de l'équipe du film, mais du génial directeur de photographie Darius Khondji (Se7en, Evita) qui explore les choix esthétiques du métrage et l'approche de Bruce Surtees. Amusant d'ailleurs que ce dernier avoue avoir visionné pour la première fois le film à l'occasion de l'entretien et ne cache pas non plus sa vraie admiration pour le résultat. Les propos sont intéressants, du moins au début, mais il semble évident que rapidement le technicien ait tendance à tourner un peu en rond.

Par contre, là où l'on n'est vraiment pas déçu c'est du coté du livre fournis dans le coffret. Écrit par Samuel Blumenfeld et illustré par de nombreuses photos, l'ouvrage est fascinant dans sa description d'une gestation tendue et chaotique. Optant pour un récit dans l'ordre chronologique, Blumenfeld part des bribes de la vie de Lenny Bruce puis enchaine avec l'écriture du scénario, jusqu'au tournage et l'après film, et creuse constamment les liens étrange que le scénariste, Dustin Hofman et bien entendu Bob Fosse, se crée avec le personnage. Surtout on y découvre une véritable bataille entre le cinéaste et la star, le cinéaste et l'auteur, le cinéaste et le reste du monde. Admirablement écrit et bourré d'informations méconnues, voilà un ajout de choix.

Liste des bonus : Livre exclusif écrit par Samuel Blumenfeld, illustré de photos et documents d'archives rares (200 pages), « Bruce Surtees, Prince of Darkness » : entretien avec Darius Khondji sur le travail de la lumière dans le film (26'), Bande-annonce originale.

 
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