KNIGHT OF CUPS
Etats-Unis - 2015
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Knight of Cups »
Genre : Drame
Réalisateur : Terrence Malick
Musique : Hanan Townshend
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS-HD Master Audio 5.1, Anglais 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 118 minutes
Distributeur : Metropolitan
Date de sortie : 25 mars 2016
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Knight of Cups »
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site officiel
LE PITCH
Los Angeles, de nos jours. En pleine crise existentielle, un scénariste d’Hollywood tente de faire le point sur sa vie familiale, sentimentale et professionnelle.
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élan vital

Génie ou charlatan ? Grand manitou du 7ème art ou mystificateur de talent ? Depuis près d'un demi-siècle, la trajectoire cinématographique de Terrence Malick demeure une énigme ; un somptueux point d'interrogation. Des cinéastes prodiges du « Nouvel Hollywood », le Texan est peut-être le plus rare. Et le plus culte, aussi. Diplômé de philosophie, passé par Harvard, Oxford et le MIT, Malick est l'auteur d'œuvres-mondes auréolées de mystère et imprégnées de mysticisme. Des poèmes visuels à l'ampleur folle et à la beauté plastique souvent stupéfiante. Si l'on apprécie son style, visionner l'un de ses films relève du miracle. Mais pour d'autres, on frôlerait presque le néant, la frime vaniteuse, la vaste fumisterie New Age.

Knight of Cups, son septième long-métrage, s'inscrit logiquement dans cette lignée créatrice. Il y est question d'un scénariste hollywoodien en plein passage à vide. Comme à son habitude, Malick suit le parcours chaotique de cet homme (Christian Bale, impeccablement impliqué) en empruntant un itinéraire bis, loin, bien loin des sentiers rabattus. Ici, point d'intrigue prédéfinie. Plutôt un flot ininterrompu de sensations, un assemblage de voix intérieures, un magma d'impressions, de rêveries introspectives au cœur d'une scénographie magnifiée. Le pari formel évoque fortement celui de The Tree of Life, fresque cosmologique qui tentait de saisir un peu de l'origine du monde. Sauf qu'ici, le réalisateur fait preuve de nouveauté en projetant ses personnages à même la ville. Et quelle ville : Los Angeles, la cité des anges et des faux-semblants. Un dédale de boulevards colossaux, de buildings bétonnés et d'autoroutes tentaculaires où des millions d'individualités se croisent, se frôlent quotidiennement sans jamais vraiment entrer en contact. Rarement, Terrence Malick avait ainsi scruté l'urbain. A l'image du tout aussi culte Michael Cimino, il reste l'un des derniers cinéastes des grands espaces. Un héritier de John Ford qui toujours filmé la nature mieux que personne ; une nature quasi biblique, un éden virginal à la fois nourricier et destructeur. On se souvient de La Balade Sauvage, errance sanglante et rousseauiste de deux amants criminels dans l'Amérique rurale des années cinquante. On se rappelle également des Moissons du Ciel (visuellement, l'un des plus beaux films de l'histoire du cinéma). La photographie de Néstor Almendros, ces plaines infinies semblables à des toiles de maître, les cieux écrasants, ces envoutants travellings à la « steadycam »... Sans omettre, bien évidemment, La Ligne Rouge qui, à sa manière, retranscrivait ce que fut la bataille de Guadalcanal : un enfer digne de celui de Dante où les hommes pulvérisés trépassent au beau milieu d'une jungle paradisiaque et luxuriante.

 

Le miroir aux alouettes


On l'aura compris, il s'agit bien d'art pur, certifié, reconnaissable entre mille. A maintes reprises, Knight of Cups nous scotche à notre fauteuil, nous gifle l'œil avec ses audacieuses fulgurances formelles. En exergue, une voix-off (celle de Ben Kingsley) relate l'histoire d'un prince égyptien en proie au doute et aux questionnements. Puis Malick nous embarque (littéralement) au sommet des « rooftops », le long des highways, au pied de vertigineux édifices d'acier et de verre. Un peu à la manière de Koyaanisqatsi, Powaqqatsi et Naqoyqatsi (illustre trilogie documentaire de Godfrey Reggio), Knight of Cups évoque un flux tendu, une mécanique débridée, un souffle de vie qui emporte tout sur son passage. Très peu de dialogues (on est à deux doigts du muet), plutôt une juxtaposition d'états d'âme. Comme dans ses précédents films, le cinéaste insère des commentaires en décalage avec l'action qui se déroule sous nos yeux. Il multiplie les mouvements de caméra dont certains, ahurissants de maîtrise, ne sont pas sans évoquer le cinéma de Stanley Kubrick. A ce titre, les deux réalisateurs américains ont pas mal de points communs : une vision globale du cinéma, un affect pathologique pour le contrôle et un goût marqué pour le secret. Tout comme feu Mr. Kubrick, Malick mène une existence d'ermite et n'accorde que très peu d'interviews. Pis, vingt ans étaient passés entre la sortie des Moissons du Ciel et celle de La Ligne Rouge.

Et pourtant, malgré le maelstrom de superlatifs, il arrive que Knight of Cups nous ennuie ferme. Le rendu formel s'avère exceptionnel mais le sujet traité nous importe peu. Un quarantenaire habitué des grandes fiestas mondaines et superficielles ; un paumé qui, via ses conquêtes successives, tente d'oublier son grand amour et d'accepter le vide sidéral de son existence. Au final, la vie du héros, on s'en tape pas mal. Tout comme la maestria stylistique finit par, au mieux, donner le tournis. Au pire, filer la gerbe. Soyons clairs, chez Terrence Malick, on idolâtre surtout la première époque, celle des années soixante-dix. On aime beaucoup La Ligne Rouge, qui marqua son grand retour et mit la sphère cinéphilique en ébullition. On apprécie un peu moins la période « nouveau millénaire » initiée, en 2005, avec Le Nouveau Monde qui revisitait l'épopée de Pocahontas. Déjà, on décelait quelques imperfections, une redite mal digérée des chefs-d'œuvre passés. L'impression fut confirmée par The Tree of Life qui, malgré sa Palme d'Or, enfonçait pas mal de portes ouvertes et abondait d'effets pompeux à la lisière du kitch (la fameuse séquence des dinosaures) et de l'ésotérisme de fête foraine. Proche du trip expérimental, Knight of Cups ressemble à un objet mutant à la fois magique et ridicule, vain et unique, singulier et crâneur. Techniquement, le film se hisse bien au-dessus de la mêlée. Mais il reste dépourvu de cette poésie, sauvage et déchirante, qui illuminait chacun des plans de Badlands ou des Moissons du Ciel.

Gabriel Repettati














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Image:
Rien à redire, Metropolitan nous a peaufiné un transfert HD de prestige. Le format blu-ray se prête parfaitement à ce magma d'images hypnotiques et de mouvements de caméra défiant les lois de l'apesanteur. De nuit comme de jour, les séquences se révèlent d'une précision médicinale, les contrastes sont saisissants de pureté, la colorimétrie jongle sur plusieurs tableaux. Les jeux de lumière, la métropolie californienne, ses arborescences, ses luminescences, le pointillisme du trait... On s'incline.

 


Son:
Ici aussi, on dit bravo. Fidèle à son style, Terrence Malick mélange musique originale et reprises de grands thèmes de la musique classique. Et le master HD rend un très bel hommage au travail entrepris. C'est ample, puissant, métaphorique. Au niveau des dialogues (ou plutôt de l'absence de dialogues), l'édition blu-ray fait également mouche. Il s'agit de pensées saisies au vol, de regrets exprimés, de poèmes jetés aux quatre vents. Les voix-off sont très finement retranscrites. Un conseil, mieux vaut enclencher d'emblée la piste américaine. De loin, la plus stylée.

 


Interactivité:
Côté bonus, on se contentera en revanche du minimum syndical : un mini making-of elliptique, quelques bandes-annonces et un entretien, un peu plus intéressant, avec le producteur de Knight of Cups, qui nous éclaire sur l'art de la mise-en-scène façon Terrence Malick : son amour du contrôle mais aussi de l'improvisation. Si seulement on avait pu l'écouter, lui...

Liste des bonus : Livret de 38 pages, « Dans les coulisses » (4'), entretien avec le producteur Nicolas Gonda (10'), bandes-annonces.

 
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