LES DISPARUS DE ST. AGIL / L’ASSASSINAT DU PèRE NOëL
France - 1938/1941
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Genre : Policier
Réalisateur : Christian-Jaque
Musique : Henri Verdun
Image : 1.33 4/3
Son : Français DTS HD Master Audio Mono
Sous-titre : Anglais
Durée : 205 minutes
Distributeur : Pathé Distribution
Date de sortie : 16 décembre 2015
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Trois élèves du collège de Saint-Agil qui préparent en secret leur départ en Amérique, disparaissent mystérieusement les uns après les autres après avoir surpris une nuit, un homme louche dans l’établissement. Un professeur est assassiné après une dispute avec un de ses collègues… Le soir de Noël, le père Cornusse s’apprête à jouer comme chaque année le rôle du père Noël. C’est aussi le soir du retour au château du baron Roland. Puis, un homme en habit de Père No...
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Marchand de cailloux

Grand classique du cinéma français, Les Disparus de ST. Agil est une authentique référence dans le petit monde du cinéma d'aventure sur l'enfance. Doublé avec le plus méconnu L'assassinat du Père Noël, ils permettent de renouer avec une période noire de l'histoire de France où l'émerveillement était le seul antidote.

Les points commun entre ces deux films sont nombreux, à l'origine déjà puisqu'ils sont des adaptations de romans écris par Pierre Véry, l'un des premiers à proposer d'authentiques récits policiers dans l'hexagone, mais les couplant très souvent avec le monde de l'enfance. En partie basé sur des souvenirs autobiographiques, Les Disparus de St. Agil est l'une de ses plus belles réussites, couplant justement une description lumineuse d'un pensionnaire pour garçon, avec un léger mystère (la disparition d'enfants) où les adultes ne sont pas oubliés en retour. Un peu à la manière de La Guerre des boutons. Encore tout jeune cinéaste, n'ayant pour l'instant œuvré que sur de petites comédies anecdotiques, Christian-Jaques (Fanfan la tulipe, Boule de suif), va clairement embrasser le projet pour atteindre un tout nouveau niveau dans son travail. Il faut dire qu'il est bien aidé en la circonstance par les dialogues poétiques et réjouissants de Jacques Prévert (non crédité), mais aussi motivé par sa volonté de donner un pendant national aux grand films noirs américains qui connaissent un succès phénoménale de par le monde. L'inspiration est évidente dans la photographie du métrage, travaillant un noir et blanc magnifique, sculptant les ombres et les ambiances, faisant souvent glisser la petite aventure en culotte courte du coté du fantastique. Et l'on ne peut que louer au passage, l'efficacité évidente de sa mise en scène, pleine de trouvailles et de savoir-faire, évoquant le passe-muraille lorsqu'un homme étrange apparaît dans la salle de biologie ou exécutant la disparition du premier bambin d'un simple et fluide mouvement de caméra. Du très beau cinéma où nait à chaque instant une vraie émotion, pleine d'humour, de fraicheur et du soupçon d'innocence, donnant une vraie proximité avec le trio des chiche-capons, petite société secrète constituée de trois héros rêvant d'Amérique et presque plus malins que leurs professeurs. Les suivre dans leur enquête est un véritable régal, mais leurs pendants adultes ne sont pas en reste, avec bien entendu une confrontation mythique entre les immenses Michel Simon (ici professeur d'art raté et alcoolique) et Erich von Stroheim (expatrié allemand subissant la méfiance de ses collègues). Un petit bijou du genre, toujours aussi attachant aujourd'hui, et qui décrit admirablement en filigrane une France en proie à la peur. Nous sommes en 1938, l'Allemagne est aux portes du pays, et les ténèbres du film policier se teintent d'un désespoir certain, tout juste sauvé par l'innocence des nombreux petits acteurs encore au-delà de tout ça.

 

à mort le père fouettard


Tourné trois ans plus tard, en pleine période de l'occupation et avec des fonds allemand en plus, L'Assassinat du Père Noël répond pleinement en apparence aux exigences de Goebells (Ministre de la Propagande) qui maintient l'industrie cinématographique française uniquement lorsque celle-ci envoit du rêve et des sujets « stupides » comme il aime le dire. Sauf que Christian-Jaque et son équipe n'ont rien de collaborateurs et détournent l'entreprise de la Continentale, pour offrir à leur contemporains un croisement chaleureux entre le conte de Noël et le policier (encore). Portant toujours la personnalité inimitable de Pierre Véry, cette nouvelle adaptation n'a pas les honneurs de la participation de Prévert mais s'en sort plutôt bien. Dans un petit village isolé par l'hiver, des menaces semblent peser sur la relique historique de la paroisse, mais aussi sur le père Cornusse (Harry Baure) gentil artisan qui a coutume de passer de maison en maison habillé en père Noël la veille des fêtes. Les gamins courent partout, accumulent les petites bêtises, mais les adultes aussi qui passent leur temps à raconter les derniers potins, à s'inquiéter du retour du Baron, à lever le coude ou à se moquer de la mère Michel, qui a effectivement perdu son chat. Un film fantaisie avec romance doucereuse, facéties et célébration d'une identité nationale aussi râleuse, craintive, qu'enjouée et fraternelle. Finalement l'enquête en elle-même importe si peu face à la gouaille générale et les petites révélations. Christian-Jaque déploie peu à peu un message patriotique subliminale, usant de la maladie d'un petit garçon (cloitré dans son lit, dépressif), des grands rêves d'amour d'une Renée Faure évaporée et le parallèle avec La Belle au bois-dormant, pour annoncer le réveil prochain de son pays et enfin sa sortie d'un cauchemar où les hommes en noirs (souvent de simple ombres ici), adeptes du déguisement, auront enfin été arrêtés. De quoi ajouter forcément un capital sympathie supplémentaire à ce très réussi grand film familiale, qu'ancre sa beauté plastique (certaines séquences sont scotchantes pour l'époque) avec la lumière argentée du grand Armand Thirard (Le Salaire de la peur, Les Diaboliques...).

Témoins d'un autre temps, avec tout le charme que cela implique comme rappeler qu'à cette époque les dialogues étaient chantants et les acteurs doués, Les Disparus de ST. Agil et L'Assassinat du Père Noël sont deux belles œuvres de résistance, deux symboles du talent français... Prenez-en de la graine.

Nathanaël Bouton-Drouard










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Image :
Le grand travail de restauration du catalogue Pathé continue, et toujours avec le même niveau d'excellence. Ici encore, les deux films ont été scannés en 2K et largement restaurés par les équipes des laboratoires Eclair, et le résultat est carrément impressionnant. Pour peu de connaître l'état des copies diffusées jusque-là, le fossé est gigantesque puisque photogramme par photogramme, l'image a été réparée, nettoyée, peaufinée, rééquilibrée pour aboutir à une fraiche jeunesse. Les noir et blanc argentiques sont somptueux, les cadres d'une grande stabilité et, bonheur, le grain très présent de la pellicule, préservé avec un naturel évident. C'est beau.

 


Son :
Si des sous-titres anglais ont été glissés sur le disque pour permettre de faire découvrir ces deux classiques à l'étranger, seules les versions françaises d'origines en mono sont ici présentes. Elles aussi ont largement profité d'un nettoyage de circonstance, avec un vrai équilibrage dans les sources et un joli dépoussiérage de printemps. Quelques petits chuintements et légers effets de saturation s'entendent encore, mais ils correspondent au rendu original, volontairement préservé par Pathé.

 


Interactivité :
Comme pour chacun des titres de la gamme, l'éditeur a concocté quelques petits suppléments vidéo loin d'être inintéressants. Pour Les Disparus de St. Agil c'est le fils de Pierre Véry qui accueille tour à tour Pierre Tchernia, Robert Rollis (l'un des jeunes acteurs) puis les critiques littéraires Francis Lacassin et Jacques Baudou pour évoquer à la fois le long métrage et le roman source. L'ambiance est toujours détendue, les propos relativement informatifs, et délivrent surtout de sympathiques anecdotes sur l'ambiance d'avant-guerre ou l'aspect autobiographique du bouquin. Pour L'Assassinat du Père Noël c'est un tout petit peu plus court avec de nouveau Noël Very qui cette-fois ci se fait aider de deux historiens du cinéma pour éclairer les particularismes d'un film tourné en pleine occupation avec des fonds allemands.
Il y a en outre un autre supplément, commun au deux éditions s'intitulant « La Restauration ». Une fois n'est pas coutume, ce dernier ne se contente pas de faire un bref comparatif avant / après, mais se présente comme une vraie visite des laboratoires Eclairs et un vrai regard sur tout le travail opéré sur ces films. La recherche des internégatifs, la restauration mécanique, le scan numérique, les retouches sur logiciel, le mixage sonore... tout cela est abordé avec sérieux et passion et fait des disques en présence des petits miracles encore plus appréciables.

Liste des bonus Les Disparus de St. Agil : La Restauration (20'), Entretien entre Pierre Tchernia, Robert Rollis et Noël Véry (20'), Entretien entre Francis Lacassin, Jacques Baudou et Noël Véry (10').
Liste des bonus L'Assassinat du Père Noël : La Restauration (20'), Conversation autour du film (10').

 
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