LADY SNOWBLOOD : L'INTéGRALE
Shurayukihime / Shurayukihime: Urami Renga - Japon - 1973/1974
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Lady Snowblood : l'intégrale »
Genre : Action, Chambara
Réalisateur : Toshiya Fujita
Image : 2.35 16/9
Son : Dolby Digital 2.0 japonais
Sous-titre : Français
Durée : 186 minutes
Distributeur : HK Vidéo
Date de sortie : 28 septembre 2015
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Lady Snowblood : l'intégrale »
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LE PITCH
Élevée dès sa naissance pour assassiner ceux qui ont violé sa mère et l’ont laissée croupir dans une prison où elle est morte en couche, Yuki est formée aux arts martiaux et au maniement du sabre. Devenue la redoutable « Lady Snowblood », elle erre à travers le Japon tel un démon dont la vengeance ne sera assouvie que par le sang de ceux qui l’ont privée de son enfance.
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Pluie rouge

Désormais connu comme l'une des influences majeures du Kill Bill de Quentin Tarantino, le diptyque Lady Snowblood, véritable bijou du cinéma d'exploitation japonais des années 70, ne se limite heureusement pas à cela. Au cœur du sang et des larmes, une icône de celluloïd reprend forme à chaque vision.

Comme dans toutes ses grandes périodes de crises, lorsqu'il est en danger, malmené, le cinéma à donné irrémédiablement naissance à ses créatures les plus étranges et vénéneuses. Au cours des années 70 l'industrie du cinéma japonais périclite et de grosses sociétés, comme ici la Toho, n'hésitent plus à financer des films fouillant ouvertement dans les pulsions primaires de ses spectateurs : violence et sexualité. C'est l'ère des fameux Roman Porno, des films de gangster et des chambaras décadents au dessus desquels trônent glorieusement les Baby Kart et les Lady Snowblood. Un couple peu étonnant puisqu'ils sont tout deux les adaptations de mangas imaginés par Kazuo Koike (Crying Freeman) et ont tendance déjà dans leurs versions de papier à se répondre : deux récits de vengeance, deux massacres sans fin où pointent à la fois une certaine poésie barbare et un regard sans fard sur la bestialité de l'histoire de l'archipel.

 

La jeune fille qui donne la mort


Etrangement, lorsque l'artisan Toshiya Fujita (qui sort tout juste du brulant Le Doux parfum d'éros) s'attèle à une version cinéma de la première partie de Lady Snowblood, il en évacue en grande part les séquences de nudité magiquement chorégraphiées, la sexualité exacerbé du regard des adversaires masculins, préférant pousser le métrage vers une froide contenance. La sublime Yuki Kashima, constamment cintrée dans son kimono majestueux se préserve ainsi de tous, se refuse aux regards et finalement à toute forme d'humanité, défendue par ses lames meurtrières. Les orgasmes ne sont que gerbes de sang, membres tranchés, cadavres, alors que les cinq chapitres s'emboitent entre flashbacks déchirants (la figure récurrente des gouttes de sang dans la neige) et l'inexorable fuite en avant d'une femme enfantée et éduquée pour devenir un instrument de vengeance. De la précision des cadrages aux longs travellings qui suivent les duels aux sabres (on en retrouve une trace dans la fameuse séquence de Old Boy), l'utilisation délirante de compositions parfois jazzy presque funk, la mise en scène de Fujita est d'une rare perfection dans ses envolées stylistiques extrêmement graphiques, poussant aussi le vice jusqu'à l'intrusion directe de planches du manga. Mais ce n'est finalement pas grand-chose face au magnétisme de la star Meiko Kaji (La Femme scorpion c'est aussi elle!), beauté glaciale, inaccessible au regard brulant de rage qui ne laissera échapper qu'un ultime cri de désespoir déchirant le silence.

 

contretemps


Un final idéal, comme une délivrance, mais qui pourtant n'empêchera pas la même équipe d'enchainer rapidement sur un second opus, Love Song of Vengeance, étrangement bien plus charpenté, construit, comme si au néant, il fallait répondre par du sens. Si dans le premier film, l'allusion politico-historique (le rejet puis adoption de l'occident) restait en arrière-plan, il devient ici central. Engagée par les services secrets du pays, l'assassin lassée d'être poursuivie accepte de surveiller un dangereux anarchiste. Entre la fin du conflit russo-japonais, la montée des idéologies gauchistes et surtout l'avènement inquiétant d'un nationalisme primaire, le second Lady Snowblood, écarte l'héroïne vers une place de quasi-témoin, souvent passive, réveillée in extrémis lors d'un final heureusement des plus jubilatoires. Comme une ouvrière douée, la Lady Snowblood parcourt le métrage en effectuant sa besogne avec talent, impose son style avec panache, mais sans vraiment y mettre le cœur. Malgré la maitrise formelle du réalisateur, les charmes de la bande son pop et l'impeccable tenue de Meiko Kaji, le film gagne en signifiant, ce qu'il perd en pureté, s'éloignant forcément de l'essence même du personnage: tueuse parfaite, agile, rapide, insaisissable. Et c'est comme ça que l'on aime s'en rappeler, mince japonaise, sabre à la main, attendant son heure alors que les flocons flottent autour d'elle.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Ceux qui avaient déjà investis dans le boitier proposé il y a trois ans par Arrow en Angleterre, reconnaitront immédiatement les mêmes sources. Présents côte-à-côte sur la même galette, les deux Lady Snowblood ne souffrent heureusement d'aucune compression trop poussive ou de bruit visible. Soignées avec délicatesse dans des transferts 1080p, les copies sont particulièrement impressionnantes dans leur traitement de la lumière et des couleurs, et nous parviennent ici dans des conditions de restaurations solides : aucun défaut de pellicule ne vient gâcher le spectacle. Reste que malgré un piqué musclé, un respect évident des sensations organiques de la pellicule, les masters d'origines rappellent parfois leur âge, avec quelques variations sensibles des teintes sur les contours de l'image.

 


Son :
Les pistes sonores japonaises (pas de vf) ont elles aussi été restaurées. Compressées en Dolby Digital, leur rendu est des plus efficaces avec une clarté constante et un surplus de dynamisme latéral particulièrement tranchant lors des duels aux sabres.

 


Interactivité :
Un peu dommage de ne toujours pas trouver ici de véritable supplément vidéo. Arrow s'était contenter de l'interview d'un critique/ spécialiste, l'éditeur français ne s'y est même pas essayé. On aimerait tant un vrai documentaire rétrospectif, voir passionné par des cinéastes amoureux du japon (au hasard, Tarantino). Reste donc ici l'opportunité de découvrir les deux métrages d'un seul tenant, accompagné dans le digipack par l'habituel livret faisant cohabiter texte de présentation et photos d'exploitation.

Liste des bonus : Livret de 32 pages, Bande-annonce.

 
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