LES LOUPS
Shussho Iwai - Japon - 1971
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Genre : Drame
Réalisateur : Hideo Gosha
Musique : Masaru Satô
Image : 2.35 16/9
Son : Japonais DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 131 minutes
Distributeur : HK Vidéo
Date de sortie : 7 mai 2015
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Japon 1926. Quelque part dans le Nord de l’Archipel, deux clans de Yakuza se disputent le contrôle du commerce du bois. Un règlement de compte sanglant met fin à la trêve et se solde par l’emprisonnement de ses principaux membres. Six ans plus tard, bénéficiant d’une amnistie, les deux clans sont forcés de s’unir. Mais cette union, scellée par un mariage arrangé, cache un sombre secret qui va provoquer leur perte dans un dernier baroud d’honneur…
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L'ordre et l'immoral

Immense cinéaste japonais reconnu bien trop tardivement en France, Hideo Gosha (Goyôkin) s'adonna avec Les Loups au film de yakuza. Mais auteur farouchement indépendant dans ses approches et son univers, il signa là un métrage hors-norme, à rebours et forcément l'un de ses plus puissants.

Imaginé par le grand studio Toho pour concurrencer ouvertement la nouvelle vague de films de Yakuza qui envahissait les écrans depuis la fin des années 60, Les Loups ne correspondit en rien à leurs attentes, ni à celles des spectateurs déjà habitués aux productions pops et décadentes d'artistes comme Seijun Suzuki (La Marque du tueur) ou Kinji Fukazaku (Guerre des gangs à Okinawa). Amoureux des films de sabres et des fresques viriles, Gosha détonne ainsi immédiatement en encrant son métrage dans un contexte bien moins moderniste, situé justement à la bifurcation entre la fin définitive de l'ère féodal et l'orée de l'ère contemporaine. Aucun gunfights ici, ni même de quelconque armes à feu, tout se règle encore, mais plus pour très longtemps, par le dialogue entre les gangs et les échauffourés à la lame bien aiguisée. Comme un film résistant, Les Loups est clairement l'une des réalisations les plus contemplatives de Gosha composant des séquences d'une poésie crépusculaire éblouissante, aux plans minutieusement composés, dans lesquels ces hommes d'un autre temps, parfois encore mus par les antiques questions d'honneur et de respect, tentent de se débattre avec un univers en mutation, en perdition. Presque mutique, en tout cas tout en intériorité, l'extraordinaire Tatsuya Nakadai (Les 7 samouraïs, Kwaidan) symbole d'un Japon nostalgique, scrute l'horizon et le ciel qui flamboie sur une plage au coté des carcasses de barques échouées, avec la même insistance qu'un héros de Michael Mann. Toujours avant-gardiste dans son appareil, maniériste dans l'élégance sans borne de ses compostions, Gosha ne se veut pas moins le garant d'une philosophie qu'il estime perdue, lui ayant connu la Seconde Guerre Mondiale et la décadence d'un pays vautré dans le nationalisme barbare l'ayant mené à une défaite totale.

 

Le crépuscule des dieux


Sous couvert de conter les tentatives d'alliance entre deux gangs ennemis, les amitiés impossibles, les amours interdits, il opère un travail équivalent à celui de Sergio Leone sur Il Était une fois dans l'Ouest et Il était une fois en Amérique, inscrivant la trajectoire personnelle dans une Histoire déjà écrite qui va broyer les illusions et pervertir jusqu'à la moelle les ultimes traces de hauteur. Une œuvre foncièrement nihiliste, désespérée et tragique, où bien entendu seuls les "loups" réussissent à se tailler le bout de gras, à force de manipulations et de traitrises bien calculées, prenant part, non sans ironie, aux futurs massacres de la Mandchourie et à la sur-industrialisation du pays. Un cataclysme lent et silencieux, mais qui passe ici par de longs tunnels dialogués, des champs / contre-champs contrariés et segmentant, où chaque information verbalisée se révèle d'une importance capitale, autant pour l'évolution des, nombreux, personnages, que pour l'ascension laborieuse d'une agressivité contenue. Peu d'explosion sanguine certes, mais les rares libérations de violence sont excessivement mémorables, à commencer par une ouverture sauvage dans un cinéma en pleine projection d'un film muet (la mise en parallèle est lumineuse) et les assassinats éclairs de deux femmes assassins perforant les corps jusqu'à l'orgasme. Comme un écho des volontés « rétrogrades » de ses personnages les plus recommandables, Gosha amène lentement le film à retrouver directement l'esthétique (qu'elle photographie !) du chambarra, jusqu'à un final fleuve d'une trentaine de minutes sur fond de mariage avorté, de festival traditionnel et de duel au sabre sur le sable. Un dernier sursaut qui, bien entendu se heurtera au mur de la réalité, sacrifiant toutes ses figures héroïques, alors que les loups ont envahis le pays. Chez Gosha, cinéaste sans maître, la rébellion est noble mais vouée à l'échec.

Nathanaël Bouton-Drouard










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Image :
Film jamais distribué officiellement en France, Les Loups était attendu par les amateurs de cinéma nippon qui en général se sont déjà jeté sur toutes les sorties DVD de ses autres long métrages. Une fois encore, on sent que les éditeurs locaux vouent une vraie passion à son œuvre proposant une nouvelle fois une copie entièrement restaurée qui profite pleinement des capacités du support pour étaler des couleurs fortes et chaudes, des contrastes éclatants et des noirs implacables. Le rendu est magnifique, riche, et délivre un piqué redoutable permettant de souligner le moindre détail et de creuser les profondeurs de champs. On dénotera encore de-ci de-là quelques petites taches de pellicule ou de rares arrières-plans ayant légèrement tendance à fourmiller, mais cela reste très naturel.

 


Son :
Jamais doublé, Les Loups nous parvient uniquement dans sa version originale, nettoyée pour la circonstance et inscrite sur une piste DTS HD Master Audio 2.0 des plus limpides. Les dialogues sonnent clairs, les superbes musiques « swing » de Masaru Satô (Yôjinbô) se développent naturellement et quelques effets latéraux viennent donner du corps à l'ensemble.

 


Interactivité :
Clairement HK Vidéo propose une excellente édition de Les Loups, offrant dans le boitier un nouveau livret de 32 pages (non reçu à la rédaction) mais dont on connait d'avance la qualité récurrente. A cela s'ajoute un passionnant commentaire audio enregistré par Léonard Haddad et Christophe Gans, qui décortique avec passion la moindre séquence ou schéma pictural, retrace les grandes thématiques du film et ses particularismes, tout en dérivant agréablement sur les codes du cinéma japonais de l'époque. Très complet, cela n'empêche pas la conférence tenue par le même Gans et Robin Gatto, auteur de Hideo Gosha, cinéaste sans maître, d'avoir encore quelques pistes et sujets à analyser, en particulier du coté du reste de la carrière de Gosha et de sa place très particulière au sein de l'industrie.

Liste des bonus : Un livret exclusif de 32 pages, Commentaire audio de Christophe Gans et Léonard Haddad, Qui est Hideo Gosha ? (40'), Galeries de photos, Bande-annonce.

 
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