TUSK
Etats-Unis - 2014
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Tusk »
Genre : Thriller
Réalisateur : Kevin Smith
Musique : Christopher Drake
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 101 minutes
Distributeur : Sony
Date de sortie : 11 mars 2015
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Tusk »
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site officiel
LE PITCH
Un célèbre podcaster américain, connu pour ses sujets farfelus, se rend au Canada pour interviewer un vieil homme totalement fasciné par les morses. Leur rencontre va très vite dégénérer…
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#wALRUSYES

On ne devait plus l'y reprendre ! Décidément, Kevin Smith est du genre à annoncer sa retraite sur un coup de tête et à toujours revenir derrière la caméra. Il nous avait fait le coup après l'échec de Zack et Miri font un porno et de sa mauvaise expérience sur Top Cops. Puis est venu Red State, qui malgré son succès annonçait une nouvelle retraite filmique. C'était sans compter sur Chris Parkinson, un illustre inconnu, qui pour faire une blague posta un jour à son journal local une annonce pour le moins singulière. 25 Juin 2013, lors de l'un de ses podcasts, Smith et son ami et producteur Scott Mosier délirent sur cette annonce d'un homme proposant une chambre à louer gratuitement si le locataire accepte de se déguiser en morse deux heures par jour. Des situations délirantes imaginées à l'antenne, nait Tusk, premier film adapté d'un podcast !

Reprenant la recette utilisée depuis Clerks, Kevin Smith va une nouvelle fois parsemer son scripte complètement farfelu d'éléments autobiographiques. Wallace, le personnage principal interprété par un Justin Long en roues libres, est un podcasteur. C'est une représentation à mi-chemin entre le fantasme, l'auto analyse et une version « dark side » de Smith, lui-même podcasteur (c'est ainsi qu'il se définie depuis quelques années). N'ayant aucune limite dans la vulgarité et le manque de respect envers les personnes dont il se moque, il décide de se rendre au Canada pour interviewer le Kill Bill Kid, un garçon s'étant accidentellement coupé une jambe en se prenant pour The Bride dont la vidéo fait le buzz sur le web (la référence au célèbre Star Wars Kid n'est pas cachée). Devant changer de cible au dernier moment, Wallace va tomber littéralement nez à nez avec cette mystérieuse annonce écrite par un non moins intriguant canadien. C'est là que les ennuis commencent.

 

Al dente


Suivant ce qui avait fait le succès de Red State, Smith applique donc dans Tusk ses fameuses ruptures de ton et de style tout au long du métrage. Contrairement à son précédent film, on ne change pas de point de vue, mais Smith réussit tout de même à promener le spectateur en dehors des sentiers balisés afin de créer la surprise et de prolonger l'intérêt une fois passé le climax se présentant à mi-parcours. Si le film est vendu comme une comédie horrifique, c'est, d'une part, qu'il était impossible de prendre un tel sujet au sérieux, d'autre part, que Smith va compenser par des seconds rôles complètements tordus, l'horreur qu'est en train de vivre Wallace dès lors qu'il se retrouve séquestré par cet homme mystérieux passionné de morses. Tel l'écrivain interprété par James Caan dans Misery, Wallace va progressivement passer d'un monde à l'autre. Ce fauteur de trouble ascendant petit con va, au contact de son hôte, subir la pire perversion imaginable. Ce dernier, Howard Howe est aussi fou que terrifiant. Un descendant spirituel du Dr Frankenstein amoureux des morses depuis que l'un de ces animaux lui ai sauvé la vie. Interprété par un Michael Parks magistral, le seul pouvant refroidir toute une salle de cinéma avec des répliques pourtant profondément drôles et volontairement stupides. Ce qui prouve une fois de plus que Smith, à défaut d'être un formaliste de génie, est un très grand dialoguiste et un directeur d'acteurs talentueux.

 

goo goo goo joob


On pourrait lui reprocher facilement ici quelques maladresses comme le choix de certaines directions que prend le scripte pour les abandonner 10 pages plus tard, mais vu le résultat et l'amour évident avec lequel il aborde le genre, impossible de lui en tenir rigueur. Malgré son changement de ton, Smith arrive toujours à placer de façon intelligente et discrète. La preuve en est dans cette habile référence à un film des frères Coen (il serait dommage de spoiler), devant laquelle tout spectateur pense exactement à la même chose que les personnages. N'oubliant pas de faire participer son crew (sa femme, sa fille, ses potes) dans la conception du film, Tusk devient aussi une porte d'entrée pour les nouveaux venus dans sa bande tel le musicien Christopher Drake (les animés DC Comics), le revenant Haley Joel Osment dans le rôle du fidèle sidekick de Wallace ou bien de Johnny Depp (et sa fille) qui trouve ici son meilleur rôle depuis bien longtemps, en la personne du détective Guy Lapointe. Malgré un final un poil maladroit mais terriblement dérangeant, Smith livre une œuvre d'une honnêteté à toute épreuve, sans aucune prétention et sans aucun compromis. Tusk est donc bien un « fucked up movie » comme il le décrit, ne cherchant même pas à adresser un bras d'honneur à ses détracteurs, mais juste à faire rire et vibrer ses admirateurs. Comme dirait un autre chroniqueur/comique de Freneticarts, qui aurait sa place chez Kevin Smith : « Et ça, c'est bien ! »

 

Fatman returns


Il aime le répéter, que ce soit en interview ou dans ses podcasts, Smith ne se sentait plus comme un cinéaste. Selon lui, il n'avait plus de choses intéressantes à raconter comme c'était le cas jusqu'à Dogma. Toujours compteur d'histoire, c'est par les comics et le web qu'il devait dès lors uniquement s'exprimer. Pourtant, depuis Red State, on peut très facilement voir comme un tournant confirmé avec Tusk et ses futures films prévus prochainement : Yoga Hoser (une enquête à la Scooby-doo au croisement de Clueless et des Gremlins), Moose Jaws (mash-up entre un summer camp movie et Les Dents de la mer avec un élan à la place du requin) et, d'après notre rencontre à Neuchâtel en juillet dernier, un retour sur les planning de Hit Somebody (sa série comique sur le Hockey dans la lignée de La Castagne). Il se pourrait donc que Tusk devienne la confirmation d'une seconde vie cinématographique pour Smith. Une nouvelle vie à raconter des histoires sans se soucier d'un attachement trop important à son quotidien. Une vie de cinéaste en roues libres qui aurait retrouvé l'envie de nous faire vibrer et qui, libre et décomplexé, gagnerait dans une mise en scène beaucoup plus vivante et intéressante formellement. Une seconde carrière n'attendant, pour prendre réellement forme, que la chevauchée finale de Dante et Randal dans Clerks 3. Un champ du cygne annoncé comme le Dark Knight Returns de sa saga du New Jersey. Mais tout comme Batman, Kevin le « Fatman » est loin d'avoir dit son dernier mot. Certaines personnes auraient même repéré des rats à l'horizon.

François Rey

















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Image :
Quand on disait que Red State avait été pour Kevin Smith une sorte de « passage à l'âge adulte » en tant que réalisateur, on ne se trompait pas, comme l'atteste le soin considérable, malgré le tournage en numérique (Arri Alexa et Red One) et le budget plus que raisonnable, à la photographie. Le contraste entre les sections dîtes « normales », et le revirement du film vers un délire plus gothique, plus sombre, se fait à merveille sur le présent Bluray, impressionnant constamment l'image de couleurs parfaitement définies, riches et puissantes. Les noirs, souvent prégnants dans la seconde moitié sont d'une rare puissance, tandis que la profondeur constante de l'image assure un réalisme décalé. Même les petits passages en noir et blanc, ne décrochent à aucun moment, assurés par une compression totalement maitrisée.

 


Son :
Ce n'est pas forcément le bluray de Tusk qui va pouvoir permettre d'impressionner les copains avec la super installation du salon. L'ambiance est plutôt feutrée, mettant surtout en avant les dialogues, frontaux mais clairs et bien positionnés. Cela n'empêche pas les deux mixages DTS HD Master Audio 5.1 d'être bien balancés, jouant gracieusement sur les enceintes latérales, et permettant même à quelques occasions de recentrer les arrières sur des ambiances diffuses et détonantes (dans la piscine en particulier).

 


Interactivité :
D'une certaine façon, la genèse de Tusk est aussi originale et intéressante que le film en lui-même. On remerciera donc Sony qui nous gratifie ici de l'intégralité des suppléments vu outre-Atlantique, avec en premier lieu l'intégralité du podcast (+ un extrait de 2 minutes illustré en animation) au cours duquel est justement né l'idée du film. De quoi découvrir ce que faisait Kevin Smith pendant cette absence sur les écrans, mais aussi d'entendre le concept prendre peu à peu forme entre deux blagues. Tout découle de là et la série de featurettes internet l'utilise forcément en point de départ. Souvent présentés par Jason Mawes (le poto indécrottable), ces segments assez courts donnent tout de même à voir les coulisses de la production et du tournage, avec quelques anecdotes amusantes, mais aussi et surtout une franche camaraderie sur le plateau qui fait naitre quelques bonnes impros. Ca ne remplacera pas un vrai documentaire, mais ce qui peut en faire office, c'est le combiné commentaire audio et l'interview «20 ans jusqu'à Tusk». Dans le premier, le réalisateur, toujours très loquace et précis, revient à nouveau sur la genèse du film, mais s'attarde aussi un peu sur le dispositif narratif. Toujours captivant le bonhomme, comme il le prouve donc à nouveau dans cette interview retraversant ses 20 ans de carrières. De Clerks à Top Cops (et oui), en passant par l'aura de Méprises multiples, sa collaboration avec les Weinstein, la production de la série Comic Book Men (inédite en France), jusqu'à sa perte de passion pour la réalisation, le gaillard évoque tout et sans détour, et toujours avec ses petites pointes d'humour traditionnelles. C'est sure qu'il a grandi ce sacré Silent Bob ! Une maturité qui s'accompagne d'un nouveau départ dans sa carrière.

Nathanaël Bouton-Drouard

Liste des bonus : Commentaire audio de Kevin Smith, «20 ans jusqu'à Tusk», Making of, Podcast originel, Podcast animé, Scènes additionnelles.

 
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