AUX YEUX DES VIVANTS
France - 2014
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Aux Yeux des vivants »
Genre : Horreur
Musique : Raphaël Gesqua
Image : 2.35 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français pour sourds et malentendants
Durée : 88 minutes
Distributeur : M6 Vidéo
Date de sortie : 15 octobre 2014
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Aux Yeux des vivants »
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site officiel
LE PITCH
Fuyant leur dernier jour d’école, Dan, Tom et Victor, trois adolescents inséparables, se perdent dans la campagne avant de s’engouffrer dans les méandres d’un studio de cinéma abandonné depuis des années. Un lieu décrépi devenu depuis le repère d’Isaac et Klarence Faucheur, un homme et son étrange fils, bien décidés à ne pas laisser le trio dévoiler leurs sombres secrets aux yeux des vivants.
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Jamais mort

Rares rescapés de la petite vague de films d'horreur à la française des années 2000, Julien Maury et Alexandre Bustillo reviennent au cauchemar primaire avec Aux Yeux des vivants (quel titre !), évocation fragile mais sincère et efficace des anciens teens movies et de leur pendants horrifiques.

Il n'est pas question de leur donner ici tord ou raison, mais après le succès critique du viscéral et traumatisant A l'intérieur, les deux réalisateurs ont fait preuve d'un courage et d'une abnégation artistique qui frôle le suicide de carrière. Refusant ainsi tout compromis avec les frères Weinstein (Dimension) à l'occasion de la prépoduction des suites/remakes d'Hellraiser (leur scénario était absolument apocalyptique) et d'Halloween, ils se retrouvent aujourd'hui enfermés dans une industrie française frileuse. Les compromis se font ainsi ailleurs, sur le budget, sur les possibilités artistiques, et faisaient par exemple ressortir dans le poétique Livide, les faiblesses d'un scénario sur-écrit et chaotique, un art de la bricole et du patchwork qui craquait aux jointures. Pas mieux loti, Aux Yeux des vivants ne semble parfois correspondre qu'en substance à l'ambition première de ses créateurs, ayant dû en passer par un crownfounding via Touscoprod et le soutien de Metaluna Production (fondé par JP Putter créateur de Mad Movies), pas forcément le plus luxueux des associés. Impossible donc d'engager l'acteur américain un temps envisagé. Impossible de construire des décors uniques. Impossible de profiter d'un temps de tournage confortable. Le changement le plus radical est clairement l'abandon du tournage dans une fête foraine abandonnée, au profit d'un studio extérieur de cinéma bulgare où les plus malins reconnaîtront quelques éléments des Détour Mortel. Les auteurs le reconnaissent clairement, le film tel qu'il est aujourd'hui aura été réécris à maintes occasions pour correspondre aux lieux disponibles, et les choix de mise en scène sont bien souvent maltraités par le coût de location d'une grue ou des pièces trop exigües. Pourtant, malgré ces défauts visibles, qui découpent trop nettement le récit où font s'enchainer un plan brillant à un dialogue de liaison maladroit, Aux Yeux des vivants résiste, subsiste.

 

Ombres et lumières


Et c'est clairement par un amour immodéré et inconditionnel du genre et de leurs souvenirs cinéphiliques. Si l'on écarte gentiment une introduction assez poussive opposant Béatrice Dale et Francis Renaud (bien plus convaincant par la suite), le métrage se construit d'ailleurs sur une logique largement plus maitrisée que ce qu'on a pu entendre dire. Réactualisation des teens movies des 80's, portée par des œuvres comme l'inoubliable Stand By Me, il est un authentique film pour adolescent où surnage l'errance justement de trois gamins en perte de repères, en révolte, qu'un après-midi d'école buissonnière va confronter à un cauchemar bien réel. Un secret tapis dans un décor décharné de cinéma américain, un monstre étrangement stoïque et implacable, au visage double puisqu'il s'agit d'un père et son fils. Des premières séquences ensoleillées, légères et empruntes de nostalgie, il ne va rapidement en rester plus rien, le film se retrouvant furieusement contaminé par la folie brutale et malsaine de Tobe Hooper, avec des allusions évidentes à Massacre à la tronçonneuse 2 et The Funhouse. Un mariage surprenant, et parfois bien flippant qui embraye à peine stabilisé sur une dernière partie particulièrement tendue (la plus réussie, puisque la plus directe) en forme de slasher noir et oppressant où la maitrise cinégénique de Maury et Bustillo est plus manifeste que jamais. Au delà de leur volonté d'offrir toujours cette notion d'un cinéma généreux, à la fois bis et touchant, crade (les rares effets gores sont vraiment gores) et naïf, Aux Yeux des vivants est la nouvelle preuve de leurs talents de réalisateurs, composant avec peu, une mise en image riche, fluide et souvent élégante, là où d'autres réalisateurs français en sont encore au cadre posé d'un téléfilm. Une belle âme en somme pour un essai inégal mais courageux. On espère vraiment qu'un jour ces deux là auront les moyens de leurs ambitions.

Nathanaël Bouton-Drouard












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Image :
Filmé directement en numérique (pour des questions de coût bien entendu), Aux Yeux des vivants ne peut pas cacher ses origines avec une lumière parfois rasante, des effets de poussières scintillantes et des contours parfois légèrement trop marqués. Mais il en joue aussi, retravaillant la luminosité des plans (la chaleur de l'été, les nuits américaines admirablement gérées) livrant une photographie franchement réussie qui délivre en HD un rendu aussi précis et pointu que radieux. Même les séquences sombres, en particulier dans la cache familiale, restitue des contrastes solides, des couleurs biens définies et une précision d'excellence.

 


Son :
Si le DTS HD Master Audio 5.1 est un écrin idéal pour les compositions, réussies, de Raphaël Quesqua, il l'est un peu moins pour le reste de la bande son, épisodiquement assez pauvre dans ses ambiances et surtout un peu cafouilleuse dans la clarté des dialogues dès qu'un peu de dynamisme vient s'y mêler. L'écoute reste cependant assez agréable, mais cela aurait pu être beaucoup plus marquant.

 


Interactivité :
Le film n'a pas fait de vagues lors de sa sortie en salle (un euphémisme), pourtant l'édition Bluray est loin d'être vide avec en premier lieu un long documentaire sur le tournage. Toujours légèrement à distance de l'équipe (pas d'interviews), il dévoile sobrement les coulisses de certains passages clefs, et permet d'observer la direction des acteurs, le choix de certains décors et surtout les nombreuses discussions autours des cadrages, de la nécessité d'élaborer certains mouvements de caméra... Avec toujours en sous jacent cette idée d'un tournage qui aura dû faire avec les moyens du bord et les éléments à disposition. Pour en savoir plus sur ce sujet, rien de mieux que le commentaire audio d'Alexandre Bustillo et Julien Maury, qui éclaire certaines faiblesses par l'accumulation de compromis, évoqut les idées initiales et, non sans humour, les petites particularités d'un tournage en Bulgarie. Très intéressant et plaisant de bout en bout. Le tout s'achève par les images de la BD Bed Time Stories (que lit le jeune héros) et le story-board attaché qui auraient dû servir de générique d'ouverture avant d'être écarté pour des raisons de rythme.

Liste des bonus : Commentaire audio des réalisateurs, Making of (59'), générique d'ouverture alternatif, Bande-annonce.

 
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