LA BELLE ET LA BêTE
France - 2014
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « La Belle et la Bête »
Genre : Fantastique
Réalisateur : Christophe Gans
Musique : Pierre Adenot
Image : 2.35 16/9
Son : Français en DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 114 minutes
Distributeur : Pathé Distribution
Date de sortie : 1 octobre 2014
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Belle et la Bête »
LE PITCH
1810. Après le naufrage de ses navires, un marchand ruiné doit s’exiler à la campagne avec ses six enfants. Parmi eux se trouve Belle, la plus jeune de ses filles, joyeuse et pleine de grâce. Lors d’un éprouvant voyage, le Marchand découvre le domaine magique de la Bête qui le condamne à mort pour lui avoir volé une rose. Se sentant responsable, Belle décide de se sacrifier à la place de son père...
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Into the Wild

Marre des deux-pièces-cuisine où des couples bourgeois dissertent en roue libre sur la santé de la Gauche ? Armé d'un budget copieux, d'un couple d'acteurs investi, d'effets visuels performants et d'un vrai engagement dans sa mise en scène, Christophe Gans jette un pavé dans la mare moribonde du cinéma français.

 

Huit ans séparent la sortie de Silent Hill de celle de La Belle et la Bête. Une éternité dans la vie d'un cinéaste, à plus forte raison dans le cas d'un cinévore de la carrure de Christophe Gans. Ayant dû faire face à de nombreuses déconvenues dans sa carrière, en particulier l'avortement de projets aussi ambitieux que Nemo, Bob Morane, Rahan, Le Cavalier suédois, Fantômas et surtout Onimusha, Christophe Gans aurait pu se réfugier dans le confort d'un concept calibré pour le grand public. Tout cinéphiliquement chargé soit-il (le chef-d'œuvre de Jean Cocteau rayonne encore aujourd'hui à l'échelle de la planète), La Belle et la bête aurait pu symboliser ce basculement et ce dépôt des armes, la première bande-annonce ne laissant guère entrevoir autre chose qu'un fantasme de fillette. Les jugements hâtifs sont rarement les plus pertinents. Derrière une volonté bien réelle de fédérer un public aussi large que disparate, La Belle et la bête représente au contraire la quintessence du cinéma gansien, dont le style s'affirme encore un peu plus à chaque long-métrage. Populaire au sens noble du terme, le film ne sacrifie ainsi jamais sur l'autel de son accessibilité les obsessions de son auteur : la dichotomie entre le monde vulgaire de la gent masculine et l'univers poétique où évoluent femmes, l'évacuation de toute la superficialité des religions modernes au profit d'une vision plus antique du sacré, mais aussi du maudit, l'expressionnisme et la mise en image nécessaire des sentiments, au point que le verbe se retrouve rapidement relégué au second plan.

 

Peinture filmée

 

D'une richesse rare, non seulement dans le contexte d'un film français, mais aussi et surtout dans un registre de pure fantaisie, La Belle et la bête perd parfois de sa superbe au gré de dialogues peu maîtrisés, de second rôles variablement écrits ou interprétés. Le film se traîne également dangereusement en second acte, avec une tendance à s'attarder sur quelques détails trop anecdotiques. Rien, toutefois, qui ne vienne se soustraire à sa prodigieuse beauté, Gans s'évertuant à filtrer systématiquement son intrigue à travers une imagerie incroyablement dense. Plus que les mots, les images véhiculent ici les émotions et relient les êtres, au point de justifier ce qui aurait pu passer, chez n'importe quel autre metteur en scène, comme de vraies maladresses narratives. Convoquant un mysticisme proche de Miyazaki ou de Daimajin, évocation post-godzillesque de la colère des dieux, Gans se permet de ne pas sur-expliquer l'inexplicable, de ne pas relier avec trop d'emphase l'évolution de ses enjeux dramatiques. Les états d'âmes de ses personnages nous valent dès lors de vrais sommets de cinéma fantastique, dont une chasse à cour quasi-onirique dans le labyrinthe d'un jardin français, ou un climax dans la brume mêlant le cinéma japonais des années 1960 et le gigantisme de Jason et les Argonautes à une approche expérimentale du décor propre au Seigneur des Anneaux. Des références pour une fois parfaitement digérées, et contribuant encore à raconter une histoire simple et universelle, mais de la façon la plus organique et sensorielle qui soit.

Alexandre Poncet





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Image :

Dès les premiers plans, le Blu-ray impressionne. Identique à celui de la précédente édition simple, le master est d'une richesse étourdissante, tant du point de vue des textures que des couleurs ou du niveau de détail. Surtout, les prouesses picturales de Christophe Gans, du naufrage de la scène d'ouverture aux couloirs du château de la bête trouvent ici un écran idéal, la notion de peinture filmée étant plus que jamais d'actualité. Aucun problème de compression de vient gâcher la fête, et les effets visuels, dans l'ensemble très impressionnants, sont parfaitement servis en Blu-ray, en particulier des matte-paintings aussi discrets qu'époustouflants.

 

Son :

Le DTS-HD Master Audio 5.1 met clairement en avant la superbe partition de Pierre Adenot, élément clé d'une bande sonore très délicate et spatialisée avec une grande subtilité. Seul le dernier acte use d'effets volontairement agressifs, en écho d'un climax comme on en voit peu (pardon, jamais) dans le cinéma français.

 

Interactivité :

Si La Désolation de Smaug Version Longue ne venait pas jouer les trouble-fête en novembre, avec ses 25 minutes supplémentaires et son making of de neuf heures, cette édition définitive de La Belle et la Bête s'imposerait aisément comme l'objet cinéphilique le plus impressionnant de l'année. Enveloppés dans un livre magnifique de 76 pages au format paysage, rassemblant l'intégralité des sublimes peintures réalisées par François Baranger durant la production du long-métrage (un ouvrage qui, on vous l'assure, justifie à lui seul l'achat), deux Blu-ray et un DVD permettent d'explorer en détails la conception de cette oeuvre unique dans le paysage cinématographique français. Si le premier disque reprend à l'identique celui de l'édition simple sortie il y a quelques mois, le second Blu-ray regorge de suppléments passionnants, à commencer par la possibilité de visionner le film dans plusieurs selon plusieurs étapes de création : version tournée brute agrémentée de planches de storyboards, version intégrant des peintures de François Baranger en lieu et place des fonds verts, version incluant des effets visuels primitifs, et version définitive. Comparées directement via un split-screen très pertinent, les différents montages peuvent évidemment être visionnés en plein écran par la simple pression d'une touche, l'occasion d'admirer le travail colossal qu'ont demandé certains matte painting (le cottage, dont une bonne moitié est factice) ou certaines séquences (la chevauchée de belle à travers les bois, la mort de la biche, le climax avec les géants et les lianes, la végétation y étant 100% numérique). Déjà époustouflant, le spectacle proposé par La Belle et la Bête se présente encore plus comme un tour de magie.

 

Vision globale et particulière

 

C'est également sur ce comparatif hautement didactique que l'on peut écouter les deux excellents commentaires audio enregistrés pour cette édition collector. Si le superviseur des effets visuels Louis Morin décrit en détail la conception de chaque plan, et s'attarde sur les enjeux narratifs de plusieurs trucages, impossible de ne pas saluer la piste mémorable de Christophe Gans, sans aucun doute l'un des cinéastes les plus à l'aise dans cet exercice à l'échelle mondiale. Avec un rythme qui ne faiblit jamais, et une précision constante, Gans décrypte l'intégralité de son film d'un point de vue à la fois anecdotique, philosophique, esthétique, référentiel et intime. Chaque scène donne ainsi lieu à une analyse spécifique (direction des acteurs, organisation des plans et gestion de l'espace, clins d'oeil éventuels et difficultés rencontrées au tournage) autant qu'à une remise en perspective dans la globalité de la narration et de ses thématiques. Point culminant à la fois du film et du commentaire, la scène des géants et l'attaque végétale qui s'ensuit permet notamment au réalisateur d'aborder ses références de cinéphile (il explique à ce titre ses emprunts à Daimajin), ses choix de caractérisation (ou comment donner une âme aux géants en leur prêtant les traits des compagnons de chasse du Prince), des drames humains bien réels en coulisses (il revient sur le triste sort de la compagnie d'effets visuels en charge du projet, et élargit le débat sur la crise des VFX actuelle), ses obsessions stylistiques (récurrent chez lui, l'apparition de tentacules serait une manière de fluidifier la mise en scène et d'embarquer la caméra dans des trajectoires inattendues et profondément cinématographiques), son rapport au public (si les minuscules Tadums symbolisent les jeunes spectateurs, les géants questionnent directement la place du regard des adultes), ses préoccupations morales (ou comment rejeter la fin attendue pour ne pas insulter un public touché de près ou de loin par la crise), ses désirs poétiques (la malédiction transmise de la bête au brigand dans un magnifique montage parallèle) ou encore son refus d'imposer une lecture unique de son intrigue (un doute plane clairement sur l'épilogue)... Pour peu que l'on apprécie le film, cette heure cinquante passe réellement en coup de vent.

 

Une aventure inédite

 

L'autre gros morceau de l'interactivité est évidemment le making of d'1h23 réalisé par Sébastien Prangère qui, s'il répète de nombreuses informations délivrées durant le commentaire audio (le rapprochement entre l'intrigue de La Belle et la Bête et celles des Chaussons rouges ou de Jane Eyre, les emprunts à Miyazaki, le basculement régulier dans un cinéma gothique proche de Terence Fisher, etc.), permet de développer certaines thématiques grâce au témoignage d'autres intervenants. La co-scénariste Sandra Vo-Anh en tête, qui met en exergue des métaphores d'émancipation sexuelles très prononcées et parfaitement assumées, ou justifie la présence des petites créatures de façon assez pertinente. Comme dans son commentaire solo, Gans admet qu'une poignée de scènes supplémentaires entre Belle et la Bête n'auraient pas été de trop, pour sceller de façon plus tangible leur amour naissant. De tels échanges auraient sans doute coûté cher, et il est ici passionnant de voir la candeur avec laquelle le producteur Richard Grandpierre raconte son aventure en coulisses du projet, obligé d'apprendre au jour le jour les enjeux financiers et logistiques d'une pipeline totalement inédite dans l'histoire du cinéma français. Il n'y a pas plus de langue de bois à chercher dans les interventions de Vincent Cassel, auquel on avait à l'origine annoncé une Performance Capture comparable à celle d'Avatar, et qui dut rejouer en post-production l'intégralité de ses dialogues en seule capture faciale. Des éléments rarement évoqués comme la chanson originale ou la création du générique de fin ont également droit à une mise en relief, de même que l'enregistrement à Abbey Road de la superbe bande originale de Pierre Adenot, visiblement très ému d'avoir pu collaborer avec quelques-uns des musiciens de studio les plus efficaces et talentueux de la planète. Introduites par Gans en personne, deux brèves scènes coupées clôturent ce programme chargé, le cinéaste se posant encore des questions aujourd'hui quant à l'effet qu'elle aurait pu avoir au sein du long-métrage. Sa suppression donnant lieu à une ellipse maladroite et réduisant considérablement l'impact de la séquence qui devait la précéder (une partie de cache-cache entre Belle et les Tadums), on a tendance à penser qu'elle n'aurait jamais dû finir sur le sol de la salle de montage.

 

Liste des bonus : Commentaire audio, film sans effets visuels ou avec fonds bleus remplacés par des peintures, making of (1h23), deux scènes coupées commentées, bande-annonce, clip vidéo.

 

 

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