MICKEY ONE
Etats-Unis - 1965
Image plateforme « DVD »
Image de « Mickey One »
Réalisateur : Arthur Penn
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais Dolby Digital 2.0 Mono d’origine
Sous-titre : Français
Durée : 92 minutes
Distributeur : Wild Side Vidéo
Date de sortie : 5 février 2014
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Mickey One »
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LE PITCH
En bisbille avec la pègre de Détroit, un acteur de stand-up prend la poudre d’escampette et file se planquer à Chicago. Une fois sur place, il se dégote un job d’amuseur dans un théâtre local… Quatre ans plus tard, Mickey a refait sa vie mais la menace pèse toujours au-dessus de sa tête, semblable à une épée de Damoclès.
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New Wave

Vraie rareté, Mickey One est le troisième long-métrage d'Arthur Penn. Cinéaste inclassable et précurseur, le réalisateur, issu du théâtre et de la télévision, fut probablement l'un des artistes les plus influents du « Nouvel Hollywood ». Film expérimental, tourné comme une improvisation jazz à ciel ouvert, Mickey One s'inspire ouvertement de la « Nouvelle Vague » européenne. Véritable ovni cinématographique, cette œuvre démente fut très mal reçue en son temps. Avec le recul, elle porte tous les stigmates du renouveau hollywoodien.

Arthur Penn est une légende du Septième Art. Metteur-en-scène atypique, il s'inscrit dès 1958 dans la cour des grands avec Le Gaucher, western détourné doublé d'une étude du mythe de « Billy the Kid » revisitée sous le prisme de la psychanalyse. Dès lors, Penn, héraut subversif, aventureux et progressiste, n'aura de cesse de tenter de nouvelles choses, de prendre des risques et de bousculer la donne. On lui doit une poignée de chefs d'œuvre explosifs, à l'instar de La Poursuite Impitoyable, de Bonnie and Clyde, de Little Big Man ou encore Missouri Breaks. Chacun de ses films constitue un tournant, une charnière, une fuite en avant. Plus méconnu, Mickey One s'inscrit indéniablement dans ce grand chambardement stylistique. Œuvre expérimentale et ultra-stylisée, rythmée par les envolées de saxo de Stan Getz, le film semblable à un coup de projecteur sous amphétamines nous intéresse au parcours d'un comédien de stand-up (Warren Beatty) convaincu d'être poursuivi par la Mafia. De ce postulat un brin paranoïaque, Penn livre un film en forme de fuite échevelée ; une escapade musicale qui file à 100 à l'heure vers un nouvel horizon dont personne ne sait rien.

 

Improvisation jazz


Profondément marquée par le cinéma européen, Mickey One puise allégrement dans la folie créative des œuvres de Fellini et de Godard (Huit et demi et A bout de souffle, entre autres), sans pour autant perdre de sa sève purement américaine. Son héros (Warren Beatty, en roue libre) s'impose comme un personnage instable dont la névrose paranoïaque agit tel un moteur ; le carburant d'un script qui part volontairement dans tous les sens. Nous sommes en 1965 et les Etats-Unis sont encore sous le choc, abasourdis par l'assassinat brutal et surmédiatisé de JFK. La confiance est perdue, la guerre du Vietnam commence à faire couler le sang et le citoyen américain lambda ne sait plus en qui croire, dépourvu de boussole et de ligne directrice. A l'instar de la plupart des films d'Arthur Penn, Mickey One s'inspire d'un contexte historique bien réel. Le scénario se focalise sur un instantané de société et transforme le tout en art pur. Décrié par la critique de l'époque qui dénonça sa forme brouillonne et sa trame dramatique sans queue ni tête, le film vaut pourtant le détour. En avance sur son temps, il débute comme un thriller classique avant d'arpenter des territoires beaucoup plus flous et troublés. Bien des fois, Mickey One frôle l'absurde et évoque une expérience hallucinogène, un bad-trip « arty » de junkie sous ecstasy. Tous les protagonistes semblent hantés par une psychose insondable et de cette frénésie se dégage un sens une tenace impression d'angoisse. D'autant plus impressionnante que cette inquiétude permanente est auscultée sous le prisme de la comédie noire. Epaulé par le sublime noir & blanc du directeur photo Ghislain Coquet, Penn nous embarque dans une course folle. En un raccord furtif, il nous fait passer d'une casse décrépite à un cabaret miteux, nous embarque à bord de rutilants cabriolets ou de trains lancés à toute blinde. Il nous fait côtoyer de jolies pépées, des gangsters instables et des saltimbanques persécutés dans un monde luminescent, empli de néons et de flashs aveuglants (ceux des grandes villes « yankee »). Grace à un art du montage réglé comme un tempo tonitruant, ses cadrages alambiqués, syncopés, ses incursions sonores, hachées et percutantes, ses monologues et autres mises en abyme, Mickey One préfigure les œuvres des futurs « sales gosses » de Hollywood (les Hopper, Scorsese, Coppola & co...) et fait souffler un vent de liberté, neuf et salutaire. Un très grand film à redécouvrir de toute urgence.

Gabriel Repettati






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Image :
Le rendu visuel est impérial. La pellicule d'origine paraît comme neuve et retranscrit à merveille le travail de lumières et de contrastes offrant cette patine si singulière au film. Dès le générique, musical et enlevé, le spectateur est conquis par une maîtrise formelle de tous les instants.

 


Son :
Film jazz par excellence, Mickey One regorge de morceaux de bravoure orchestrés par Stan Getz. Les improvisations mélodiques transcendent la dérive paranoïaque et hallucinatoire de Warren Beatty. La musique omniprésente renforce le sentiment de panique et de persécution qui habite le personnage de Mickey, convaincu d'être traqué à mort par une menace obscure et impalpable.

 


Interactivité :
Cette édition DVD bénéficie d'une interview de Peter Biskind, grand spécialiste du cinéma américain des années 60 et 70, et auteur de l'ouvrage culte Le Nouvel Hollywood. En guide éclairé, Biskind nous rappelle en quoi Penn et Beatty ont changé la donne et posé les fondations d'une nouvelle ère hollywoodienne, guidée par l'originalité, la prise de risques et les expérimentations à fois dans le fond et dans la forme. Une histoire de visions et de changements de caps.

Liste des bonus : New Wave à Hollywood : entretien avec Peter Biskind, auteur du Nouvel Hollywood (13'), bande-annonce.

 
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