LE TOMBEAU DES LUCIOLES
Hotaru no haka - Japon - 1988
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Genre : Drame
Réalisateur : Isao Takahata
Musique : Yoshio Mamiya
Image : 1.77 16/9 Compatible 4/3
Son : Japonais et français Stéréo
Sous-titre : Français
Durée : 85 minutes
Distributeur : Kazé
Date de sortie : 7 mai 2013
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Le Tombeau des lucioles »
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LE PITCH
Japon, été 1945. Un jeune adolescent et sa petite sœur perdent leurs parents. Ils se réfugient dans leur famille proche mais cruelle. Leur quête désespérée d’un monde meilleur les amènera à traverser autant les ruines du Japon ensanglanté par la fin de cette guerre qu’à affronter l’indifférence et la cruauté des adultes.
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L'hymne des éphémères

Rares sont les films qui provoquent une telle force d'émotion que, des années après la simple évocation du titre, le début d'une mélodie, feraient presque monter les larmes aux bords des yeux, partageant le spectateur entre le désir d'un nouveau visionnage et la crainte de ne pouvoir, cette fois-ci, s'en remettre.

 

1988 est sans aucun doute l'année la plus importante de l'histoire du studio Ghibli car elle voit la naissance de ses deux plus beaux joyaux : Mon Voisin Totoro et Le Tombeau des lucioles. Deux évocations de l'enfance, de son pouvoir d'imagination, de ses connexions avec mère nature et surtout de son irrémédiable fugacité. Mais si Hayao Miyasaki signe avec humour et fraicheur un bonbon subtilement sucré, son confrère et ami Isao Takahata livre l'un des longs métrages les plus déchirants de l'histoire du cinéma. Adaptation extrêmement fidèle du roman (presque) autobiographique d'Akiyuki Nosaka, le film est un modèle absolu de justesse et d'émotion, qui réussit à combiner le terrible réalisme de l'œuvre originale, et la poésie déchirante, sublime, du futur réalisateur de Pompoko (fable naturaliste) ou Omoide Poroporo (récits nostalgique). Il alterne ainsi les descriptions précises, à la lisière du documentaire lors des bombardements sur Kobé, la découverte d'un corps mort sur une plage, les restes brulés en pourrissement de la mère (l'une des images les plus traumatisantes de l'histoire de l'animation), avec des visions délicieuses d'un grand frère et sa sœur, intimement liés, se rêvant dans un ailleurs inaccessible, peuplé de lucioles féeriques et d'innocence.

 

sacrifiés

 

C'est sans doute cette façon délicate de contrebalancer constamment la tragédie, cette impossibilité de repousser la mort, qui fait du Tombeau des lucioles un film certes requiem, implacable, mais qui ne se perd jamais dans l'emphase ou dans un voyeurisme tire-larme. Takahata est un cinéaste de la pudeur, qui cherche dans les parenthèses l'infinie réalité, laissant ses deux personnages s'échapper à maintes reprises : un moment de bonheur volé en bord de mer, Setsuko qui administre un simple abri en cabane fantasmée, un câlin qui tourne court sous les coups d'une petite moue boudeuse... Le génie des animateurs de Ghibli est aussi évident que sur Mon Voisin Totoro, donnant aux dessins graciles et fragiles du grand Yoshifumi Kondô (le « troisième homme ») une finesse dans les mouvements, une minutie  dans les expressions et les petites attitudes, qui rendent ces deux personnages on ne peut plus attachants car d'une réalité désarmante. C'est l'arme de destruction massive du Tombeau des lucioles, qui fait aimer au spectateur de braves gamins laissés sur le bord du chemin par une Histoire absurde et meurtrière, et les lui ravit brutalement. Peut-être une façon de faire payer au monde des adultes tous ces enfants sacrifiés par indifférence et lâcheté qui hantent le monde d'aujourd'hui ? Une œuvre immensément forte, puissante, mais toujours dans une émotion juste et justifiée. Le pire dans l'histoire, c'est qu'il est de plus en plus difficile d'observer les lumières des lucioles de nos jours.  

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
On ne doute pas que son nouveau master HD, Kaze est allé le chercher directement auprès du Studio Ghibli qui a bien entendu retravaillé tout son catalogue pour des ressorties au format Bluray. Et le soin apporté au film est indéniable et presque miraculeux. La restauration a entièrement nettoyé le master de ses taches, instabilités et perditions, pour atteindre un niveau de précision inattendu et une fermeté constante. Extrêmement belle, la copie se pare de ses couleurs légèrement désaturées (mais pas délavées comme sur les DVDs) avec des contrastes finement dessinés, des noirs parfaits, permettant de faire apparaitre des décors richement naturalistes et une animation plus réaliste que jamais.

 


Son :
A l'instar du Japon ou des USA, l'éditeur français préserve le format stéréo pour les deux pistes sonores (japonaise et française). De très bonne qualité, parfois dotées de jolis effets sur les enceintes latérales, elles travaillent surtout la tonalité minimaliste et intimiste du métrage. Plutôt réussi, le doublage français n'en reste pas moins en dessous de la version nippone dans sa justesse, en particulier pour la voix de Setsuko.

 


Interactivité :
Ghibli ne transige pas sur ses sorties vidéo et continue de proposer ses films les plus anciens uniquement accompagnés de storyboards intégraux. Si l'on regrette un peu de ne pas le retrouver ici (c'est presque le meilleur des making of), le Blu-ray est tout de même agréablement agrémenté de suppléments exclusifs à la France. On retrouve ainsi la fameuse (et rare) interview d'Isao Takahata déjà présent sur le double DVD, dans lequel il revient avec parcimonie sur sa carrière et surtout sa vision du cinéma d'animation. Plus étonnant le segment « Entretien avec l'équipe » est une compilation de témoignages audios de nombreux collaborateurs (directeur artistique, designer, compositeur, animateurs...) qui évoquent chacun leur approche sur le film : l'utilisation d'une ancienne mélodie pour l'un, le choix de la reconstitution des couleurs précises de la région, le réalisme... Le Tombeau des lucioles est véritablement un film qui se joue sur les détails les plus anodins. Enfin, le disque s'achève sur la vidéo promotionnelle d'époque, entre la featurette et la bande annonce, qui a surtout le mérite de nous montrer le réalisateur ainsi que Hayao Miyasaki et le regretté Yoshifumi Kondô dans leur prime jeunesse.

 

Liste des bonus : Interview d'Isao Takahata (26'), Entretien avec l'équipe (17'), Vidéo promotionnelle (7'), Bandes annonces.    

 
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