TOURISTES
Sightseers - Royaume-Uni - 2012
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Touristes »
Genre : Horreur, Comédie
Réalisateur : Ben Wheatley
Musique : Jim Williams
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 89 minutes
Distributeur : Wild Side Vidéo
Date de sortie : 26 avril 2013
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Touristes »
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LE PITCH
Tina a toujours mené une vie paisible et bien rangée, protégée par une mère possessive et très envahissante. Pour leurs premières vacances en amoureux, Chris décide de lui faire découvrir l’Angleterre à bord de sa caravane. Un vrai dépaysement pour Tina. Mais très vite, ces "vacances de rêve" dégénèrent: touristes négligents, ados bruyants et campings réservés vont rapidement mettre en pièces le rêve de Chris et de tous ceux qui se trouveront sur son chemin…
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Carnet de voyage

Découvert l'année dernière avec la projection du dérangeant Kill List à l'Etrange Festival, Ben Wheatley est à l'honneur lors de la18ème édition de l'Etrange Festival de Paris, via la rétrospective de ces deux premiers films (Down Terrace et Kill List) et comme clou du spectacle la projection, en première française, de sa nouvelle bizarrerie Touristes !

Après Kill List et sa structure cauchemardesque délaissant logique et structure narrative au profit d'un montage oppressant et d'une direction d'acteurs brute de décoffrage, Ben Wheatley désirait enchainer avec un film plus « léger ». Et Touristes, selon les dires du cinéaste lui-même, serait sa conception de ce qu'est une comédie.  Là où Kill List  s'ouvrait sur le portrait d'une famille « normale » pour peu à peu en révéler la nature étrange voire horrifique, Touristes, lui, au contraire nous plonge immédiatement dans le quotidien d'un couple de gentils freaks bien décidés à prendre la route pour vivre comme tout le monde d'agréables vacances, avant de se faire rattraper par leur vrai nature et de s'apercevoir du bonheur de vivre en marge. Vu comme ça, Touristes ressemble trait pour trait à une sympathique petite comédie indépendante américaine contemporaine dans la lignée d'Away we go de Sam Mendes, ou encore de Little miss sunshine. Et ce n'est pas sa structure sous forme d'enchainement systématique de séquences de pauses où se multiplient les rencontres improbables et complètement déjantées qui vont dire le contraire. Mais c'était bien évidemment sans comptez l'humour noir, excessif et incroyablement graphique du cinéaste qui en dérangeant plus d'une fois fait toute la saveur du film.

 

rire jaune


Jouant de façon systématique sur le surgissement inattendu d'une violence incroyablement sèche et viscérale ainsi que sur les réactions en parfait décalage des deux protagonistes (voir la scène hilarante du sopalin sur le goudron pour éponger le sang d'un cycliste écrasé quelques secondes auparavant), Ben Wheatley trouve ici le parfait compromis entre horreur et comédie, un peu à la manière de celui utilisé par Rob Zombie dans ses films et surtout dans The Devil rejects. Tout en ressentant un profond malaise et le sentiment d'une fin inéluctablement tragique, on ne peut s'empêcher de sourire voir même de rire devant les accès de folie incroyablement radicaux de ce couple, mis en valeur par une direction d'acteur privilégiant sans cesse l'improvisation, ainsi que toute une série de savoureux effets graphiques, allant du ralenti jusqu'aux improbables montages alternés. C'est d'ailleurs ce comique pour le moins rafraichissant qui sauve le film de sa structure quelque peu mécanique. Sous le ciel écrasant d'une Angleterre déprimante et asphyxiante, mise en valeur avec brio par la photographique monotonale de Jennifer Brooks, le réalisateur, en hybridant une esthétique de la route comme quête spirituelle typiquement américaine, au parcours meurtrier de prédateurs sexuels semblable à celui du couple des Tueurs de la lune de miel, ou encore à celui des MTV-addict de Tueurs nés, parvient ainsi à faire de son film une comédie noire où chaque meurtre révèle la frustration sociale et l'accablante pression que le système impose à chacun. Et tout y passe de l'héritage familial étouffant, au bourrage de crâne carriériste du monde moderne, sans oublier les engagements aliénant du mariage et autres cérémonial, si bien que l'on se croirait presque chez De la Iglesia. Pourtant une fois le film achevé on se rend compte qu'il manque quelque chose, un je ne sais quoi capable de faire passer Touristes du rang de sympathique divertissement à celui de chef d'œuvre, sentiment déjà ressenti lors du visionnage de Kill List.

Quentin Boutel










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Image :
Après avoir édite Kill List avec brio, Wild Side Video s'attaque à son film suivant avec le même soin et la même précision. La copie est donc inattaquable avec son piqué parfait, ses couleurs vives et contrastées, ses noirs profonds et une brillance qui appuie sur l'aspect « carnet de voyage » de cette étrange comédie. La photographie du film n'ayant pas vocation à en mettre plein les yeux, le Blu-ray joue donc sur une certaine sobriété dans les teintes et les reliefs, mais réussit tout de même à impressionner à quelques reprises lors de panoramas imposants où les textures, la lumière et le format scope se marie avec une impériosité toute cinématographique.

 


Son :
Comme toujours, c'est DTS HD Master Audio 5.1 pour tout le monde (version originale et doublée). Les mixages sont bien entendu entièrement dévoués aux dialogues entre Steve Oram et Alice Lowe, admirablement placés le plus souvent sur les enceintes avant avec une limpidité constante. Mais l'ambiance est tout aussi importante, rebondissant sur une profusion de situations (bars, campings, vents dans les collines) avec dynamisme et précision permettant une sensation d'enveloppement parfaite. Bien balancées, équilibrées, les deux pistes intègrent avec force les petites musiques de Jim Williams, mais surtout souligne le sens des reprises de hit pop british.

 


Interactivité :
Pour Touristes, l'éditeur a mis les petits plats dans les grands et fournit sur le disque Bluray (bien plus complet que le pauvre DVD) une jolie poignée de suppléments. A commencer par le making of classique suivant pas à pas le tournage de quelques scènes importantes, entrecoupé d'interviews évoquant les débuts du projet (un court métrage), les orientations du scénario, les personnages.... De manière succincte certes, mais pour compléter le spectateur peut trouver une suite d'interviews de Steve Oram, Alice Lowe et Ben Wheatley où ils enchainent les réponses comme dans une conférence de presse. C'est donc clairement l'interview exclusive du cinéaste qui se montre le plus indispensable. Une vingtaine de minute en compagnie d'un réalisateur qui parle franchement d'écriture, de mise en scène et qui surtout décortique le dispositif de son film, explicitant l'important des reprises musicales, de la structure symétrique pour décoder le sens de son film. Passionnant. L'édition s'achève enfin sur un ton plus léger avec une sélection de petites scènes ratées et de gaffes enregistrées pendant le tournage.

Nathanaël Bouton-Drouard

 

Liste des bonus : Amours, crimes et caravanes, Entretien avec Ben Wheatley (25'), Entretien avec l'équipe du film (30'), Making of (35'), Bêtisier (12'), Bandes-annonces.

 
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