SAVAGES
Etats-Unis - 2012
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Genre : Thriller
Réalisateur : Oliver Stone
Musique : Adam Peters
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 130 minutes
Distributeur : Fox Pathé Europa Home Entertainment
Date de sortie : 13 février 2013
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Laguna Beach, Californie : Ben, botaniste bohème, Chon, ancien Navy Seal, et la belle O partagent tout. Ben et Chon sont à la tête d’un business florissant. Les graines ramenées par Chon de ses missions et le génie de Ben ont donné naissance au meilleur cannabis qui soit. Même s’il est officiellement produit pour des raisons thérapeutiques, ils en dealent partout avec la complicité de Dennis, un agent des stups. Leur affaire marche tellement bien qu’elle attire l’attention du ca...
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Rolling Stone

En raison de nombreux films controversés et de ses récents échecs critiques et public (du majestueux Alexandre, à l'acide Wall Street : l'argent ne dort jamais en passant par l'élégiaque World Trade Center), Oliver Stone se révèle être en France un des cinéastes américains les plus boudés. Et ce n'est pas sa dernière œuvre ultraviolente, dépeignant joyeusement le monde des cartels californiens, qui risque de changer la donne, puisque Savages est un film certes surprenant, mais surtout « complètement Stone », mettant en scène des personnages décalés et déjantés au cœur d'une histoire hyperactive et incroyablement dense.

Oliver Stone est un cinéaste qui tourne vite, qui tourne beaucoup et de façon démesurée. Les trois quarts de ces films sortent à la chaîne, à un an d'intervalle, deux maximum et affichent quasi systématiquement des durées qui dépassent souvent les deux heures trente, à l'intérieur desquelles le cinéaste épuise son spectateur sous un flot d'informations, à une vitesse pratiquement subliminale, provoquant par le vertige l'adhésion ou au contraire la vive animosité de son public. Avec ses films, Stone cherche non seulement à toucher une corde sensible, réveiller un public qu'il considère comme endormi, tout en se construisant un style, une identité, évoluant sans cesse au fil de ses préoccupations esthétiques, de ses pensées politiques et idéologiques, mais toujours centré sur ses obsessions pour la figure du héros ou la mythologie. Et de ces derniers surgissent un goût prononcé pour les fresques épiques dont il expérimente les codes, avec JFK d'abord, puis dans L'Enfer du Dimanche et enfin son chef-d'œuvre Alexandre (version « Revisited » naturellement). Un réalisateur, pour lui, doit savoir accompagner l'œil de son spectateur, raconter une histoire et le faire avec panache et subtilité. L'œuvre de Stone est celle de la subtile démesure. Ainsi après ses derniers films plus que contestables, Savages, avec ce portrait brut de décoffrage d'une société et donc de son reflet cinématographique où la violence est plus que jamais un spectacle banalisé, semblait être le film parfait pour réconcilier le public avec cette verve tellement singulière.

history of violence


De la même façon, l'ouvrage original de Don Winslow, adapté par l'auteur lui-même ainsi que par le cinéaste, ne pouvait rêver plus belle production, tant la densité de son récit, le nombre incroyable de ses rebondissements et sa longue liste de personnages se marient parfaitement avec le style du réalisateur de Wall Street. Certes moins virtuose que L'Enfer du dimanche ou encore Nixon, Savages enchaîne pourtant les séquences de façon ahurissante, au rythme de la jubilatoire musique Rock'N Roll d'Adam Peters. Du haut de ses 130 minutes, le film prend peu à peu des allures de fresque épique sur la violence et son omniprésence dans le monde moderne. Et pour cause, chaque rebondissement de l'histoire éclate dans une effusion de sang et des hurlements, soulignés par une mise en scène pour le moins iconique où tous les tics visuels d'Oliver Stone ressurgissent, des plans accélérés à l'utilisation incessantes de filtres colorés ou noir et blanc, sans oublier les sautes d'images, la narration off, et surtout le montage-cut terriblement brutal qui propulse le spectateur de personnage en personnage par le moyen de transitions sèches au débordement frénétique.

tempest


Résultat, le contexte hyperréaliste et brutal des guerres entre cartels californiens et mexicains se transforme peu à peu sur la pellicule en un rodéo furieux et mythique, où le meurtre, le sexe et les trafics sont devenus des actes héroïques, tandis que la violence, elle, en est le moteur et l'inévitable aboutissement. A travers ce constat sur la banalisation de la violence, Stone s'évertue ainsi à construire dans Savages de nombreux ponts vers ses précédents films et notamment vers Natural Born Killer, jouant de ses personnages et de leur évolution dans la narration. Le surgissement des obsessions thématiques de Stone au cœur de l'histoire speedée et déstructurée de Don Winslow n'en est alors que plus puissant, comme le prouvent quelques séquences absolument extraordinaires (celle de l'exécution où le héros se voit taché de manière indélébile par la noirceur et la violence du monde moderne). Et comme souvent chez le cinéaste, tout cela ne serait rien sans un casting solide, mené avec maestria, qui parvient ici à donner toute son ampleur au ton acide et décalé du film. Mention spéciale à Benicio Del Toro qui livre ici une performance extraordinaire, dont l'apogée est une séquence de tête-à-tête absolument jubilatoire avec un John Travolta qui lui n'a jamais aussi bien surjoué.

Quentin Boutel










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Image :
Oliver Stone aime la lumière du sud des Etats-Unis et dans Savages cela se voit plus que jamais. Collaborant avec Dan Mindel (John Carter, Domino), il capture à la perfection la chaleur des teintes de la région, s'attardant avec bonheur sur une mer d'un bleu aveuglant, caressant la blondeur de O ou jouant sur les reflets dans le désert. Le Blu-ray est en tout point parfait soulignant constamment la nature cinématographique du projet (grain de pellicule, piqué, relief naturel, profondeur), tout en s'approchant du lissé et des couleurs saturées de l'ère numérique. Même les noirs s'accrochent comme des diables, tandis que les séquences en noir et blanc sont d'une sensualité rare. Très chaud tout cela.

 


Son :
Pas besoin de s'appeler Transformer pour envoyer du lourd (et heureusement). Les pistes  DTS HD Master Audio 5.1 anglais et français proposées sur la galette permettent d'en attester, portant avec ferveur les rotors des hélicoptères, faisant vibrer les enceintes lors de la moindre explosion ou échange de balles, mais le tout avec un naturel constant. Il faut dire que le métrage repose surtout sur ses ambiances, lardées de sonoritées envahissantes, de musiques omniprésentes et de mouvements perpétuels. L'amplitude du mixage permet alors de dérouter mieux encore le spectateur, de le noyer sous un flot de sensations aussi assommantes que sexys.
A noter que la version Unrated présente sur le second Blu-ray n'est disponible qu'en anglais DTS HD Master Audio 5.1.

 


Interactivité :
S'il est très américain, Savages a tout de même été produit en collaboration avec Pathé. Ceci explique sans doute que l'édition Blu-ray française profite des deux exclusivités que sont la présentation du film par Oliver Stone lors de l'avant-première et la conférence de presse où il est accompagné de Salma Hayek et John Travolta. Des exercices toujours un peu forcés, mais qui permettent au réalisateur de souligner encore une fois son attristement devant l'était du système de production américain, de taper allègrement sur le monde post-Bush (une marotte) et de revenir sur sa vision de l'indépendance. De leur coté, les deux acteurs évoquent à merveille leur collaboration très particulière avec le cinéaste (c'est souvent très drôle) et leur relation avec leur personnage. Moins classique que cela en à l'air, surtout à cotée du Making of charcuté en 5 segments très courts, qui passent bien trop rapidement sur le tournage, l'adaptation ou le montage, même si quelques regards vers les coulisses sont à dégotter ici. Une édition en tout cas plutôt chargée puisqu'on y trouve en sus deux commentaires audio. Le premier, celui du réalisateur, laisse entendre quelques vraies réflexions sur le métier, sur le besoin de faire un cinéma différents et l'importance de montrer la violence, mais l'écoute est souvent alourdie par de longues nappes de silence. Plus soutenue, le second regroupe les producteurs, les coscénaristes et le directeur artistique, et revient justement sur l'écriture, autant que sur la direction visuelle, et regorge d'anecdotes et de petites notes d'humour. Assez sympa.
Reste ensuite la question du montage définitif du film. Proposé naturellement aux USA, il est soumis chez nous à l'Exclusivité Fnac. Un second disque que l'on ne retrouve donc que chez ce revendeur et qui contient en plus une poignée de scènes coupées (très courtes). Anecdotiques certes, mais cela agace quand même. Surtout que la version non-censurée du film, atteignant quelques 10 minutes supplémentaires correspond véritablement à la vision du réalisateur : des scènes de violence très graphiques en plus, quelques échanges entre les personnages qui les rendent plus profonds et un film qui maitrise mieux encore son équilibre entre surenchère et réalisme. Pas sûr en plus que cette édition soient disponible sur le long terme...  

Nathanaël Bouton-Drouard

Liste des bonus : Commentaire audio d'Oliver Stone, Commentaire audio des producteurs, Making of (34'), Conférence de presse (14'), Avant première avec Oliver Stone (12') / Savages Unrated (141'), Scènes coupées (16').  

 
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