INSENSIBLES
Espagne / Portugal / France - 2012
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Insensibles »
Réalisateur : Juan Carlos Medina
Musique : Johan Söderqvist
Image : 2.35 16/9
Son : Espagnol et français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 101 minutes
Distributeur : Wild Side Vidéo
Date de sortie : 13 février 2012
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Insensibles »
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LE PITCH
A la veille de la guerre civile espagnole, un groupe d’enfants insensibles à la douleur est interné dans un hôpital au cœur des Pyrénées. De nos jours, David Martel, brillant neurochirurgien, doit retrouver ses parents biologiques pour procéder à une greffe indispensable à sa survie. Dans cette quête vitale, il va ranimer les fantômes de son pays et se confronter au funeste destin des enfants insensibles.
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Au revoir les enfants

Peu à peu la première vague du cinéma fantastique espagnol tend à s'étioler un peu, les grosses productions esthétisantes (L'Orphelinat) pouvant enfin de nouveau laisser la place à des œuvres plus modestes par les moyens déployés, mais surtout moins orgueilleuses. A l'instar d'Insensibles, une œuvre belle et fragile.

 

Aidé par l'ancien critique François Cognard (Starfix) ayant déjà permis l'éclosion de Maléfique ou Amer, le jeune franco-espagnol Juan Carlos Medina accouche ici d'un projet fleuve ayant nécessité huit ans de gestation et de réécritures pour finir la course sous la forme d'une œuvre étrangement épurée (cadres, mouvements), mais pourtant alambiquée dans sa structure. Insensibles s'articule ainsi autour de deux temporalités : d'un côté la recherche d'identité d'un chirurgien venant dans un même accident de perdre sa femme, de devenir père et de se faire annoncer un cancer. Un peu beaucoup pour un même homme, surtout qu'il découvre avoir été adopté dans d'étranges circonstances. Pour en découvrir le fin mot, le film alterne alors avec la trajectoire tragique d'un groupe d'enfants atteints d'une maladie les empêchant de ressentir la douleur. Un thriller moderne d'une part, une traversée mélancolique entre classique victorien (façon Mary Shelley) et horreur charnelle à la Clive Barker de l'autre, le long-métrage ne fait que s'efforcer tout du long de recoller les morceaux, de réunir les deux drames pour reconstruire l'identité des personnages, et par ricochet celle d'une Espagne jamais cicatrisée depuis les décennies de guerre civile et de franquisme.

 

abre los ojos


Tout ici n'est bien entendu que métaphore, et lorsque l'un des enfants survit au travers des horreurs de la guerre et du fascisme, ce n'est qu'en devenant un monstre, détaché, inaccessible, capable des actes les plus atroces, mais toujours avec un regard d'ange triste, désespéré. Juan Calros Medina questionne la grande Histoire, et surtout la chape de plomb qui pèse aujourd'hui encore sur le pays comme autant de secrets de familles, de fantômes omniprésents. Cette terreur impalpable, innommable, le réalisateur la capture à la perfection, versant dans l'horreur organique avec la note précise, portant surtout son film vers un ésotérisme poétique, un macabre bien moins maniériste que son modèle (on s'en doute un peu) Guillermo Del Toro, qui voguait sur les mêmes thématiques dans les sublimes L'Echine du diable et Le Labyrinthe de Pan. Un traumatisme partagé, que le jeune cinéaste gère parfois de façon trop empesée, se perdant dans une contemplation plombée par un besoin de didactisme compréhensible, une distance trop décente, qui entament quelque peu l'émotion viscérale qui aurait dû naître d'un tel projet. Trop de retenue peut-être ; cette première tentative n'en reste pas moins une belle réussite, aussi intelligente que sensible (tiens, justement), montrant la volonté de Medina d'ancrer son fantastique dans une réalité concrète. De toute façon, quelques soient les petites errances de rythme ou les péchés d'un scénario à la mécanique finalement assez prévisible, le final télescopant en un seul plan 70 ans de destinées gâchées, trois générations d'espagnols meurtris, avec une émotion aussi simple que déchirante, emportera toutes les adhésions.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Filmé avec une caméra numérique, Insensibles se montre forcément plus brillant et fluide en HD, profitant du format pour imposer une limpidité constante, un piqué redoutable et une profondeur de champ aux textures vibrantes. Le revers de la médaille est que son traitement des couleurs et du relief naturel sent un peu trop le numérique parfois. D'autant plus gênant dans les flashbacks historiques ou lorsqu'un effet spécial de synthèse apparaît légèrement flouté. Le Blu-ray en lui-même n'a rien à se reprocher, ne faisant que souligner les petites imperfections de la copie, tout en lui offrant de superbes contrastes, des noirs éclatants et une compression vivifiante.

 

Son :
Film plus délicat que pompier, Insensibles préfère travailler les ambiances (inquiétantes, étouffantes, intimistes) plutôt que des effets surnaturels ou chocs trop artificiels. Les deux DTS-HD Master Audio 5.1 se montrent donc surtout efficaces dans les sensations d'enveloppement, portant leur dynamique vers des restitutions fines, parfois lointaines, mais toujours naturelles. Mettant en avant les dialogues, les mixages intègrent à la perfection les musiques discrètes de Johan Söderqvist (Morse), et font ainsi naître une amplitude délicate idéale pour la découverte du long-métrage.  

 

Interactivité :
Preums ! Les français sont bel et bien les premiers à profiter d'une édition du très européen Insensibles. Cela n'empêche pas le présent Blu-ray de se montrer plutôt généreux, ou surtout très efficace grâce à un making of complet et bien orchestré qui passe des questions de réalisation et de thématiques aux effets spéciaux et au travail des acteurs avec une bonne énergie. Un peu court, mais allant toujours à l'essentiel sans trop de langue de bois, il se suit avec grand plaisir. Un peu plus de retenue sur l'interview du réalisateur, comportant quelques informations intéressantes sur son parcours et ses motiviations, qui manque clairement de pèche et parfois même de pertinence. Reste pour compléter le tout l'intégralité du story-board à visionner sur l'ordinateur et l'habituelle galerie de photos. Un petit commentaire audio n'aurait pas été de trop...

Liste des bonus : Making of (24'), Entretien avec le réalisateur (25'), Storyboard intégral en DVD-Rom, Galerie Photos, Bandes-annonces. 

 
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