THE SECRET
Tall Man - Etats-Unis / Canada - 2012
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Genre : Horreur
Réalisateur : Pascal Laugier
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 101 minutes
Distributeur : M6 Vidéo
Date de sortie : 9 janvier 2013
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Chaque année 750 000 enfants disparaissent aux États-Unis. La plupart d’entre eux sont retrouvés dans l’heure ou les jours qui suivent. En revanche, 0.3% d’entre eux disparaissent à jamais sans laisser de trace. A Cold Rock, petite ville minière isolée, plusieurs disparitions suspectes ont été répertoriées ces dernières années.
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Certifié NF

Lorsque l'on parle aujourd'hui de cinéma de genre français (non ce n'est pas un gros mot !), le nom de Pascal Laugier revient à mainte reprise. Non pas que l'homme soit extrêmement prolifique (seulement trois films en huit ans), mais plutôt parce qu'il incarne mieux que personne toutes les contradictions de cette relation qu'entretiennent depuis quelques années les producteurs et distributeurs français avec cette génération de jeunes réalisateurs qui mu par la rage et la frustration se rebellent contre la disparition du cinéma de genre français en dirigeant des œuvres certes imparfaites, voire des fois même catastrophiques, mais terriblement généreuses.

Descendus par la critique mais acclamés par une tranche minuscule de la population, les films de Laugier, sont des œuvres au combien singulières. Bien que très différentes, elles construisent peu à peu l'image de cet artiste, cinéphage obsessionnel, dont le style ne cesse de se construire et de s'affiner. Absent depuis son trauma Martyrs, sorti en 2008,  on attendait donc avec impatience son dernier film, The Secret, cette production franco-américaine avec Jessica Biel qui une fois encore nous précipite dans les profondeurs de la psyché humaine. Quelle que soit l'appréciation très subjective que chacun donne aux films de Laugier, son cinéma a quelque que chose de très inhabituel, de dérangeant et même de déroutant. Très conceptuels, chacun de ses films est envoutant, surprenant et parvient à emmener insidieusement le spectateur là où il ne veut pas forcement aller, à le faire pénétrer un genre auquel il peut être de manière générale réticent, ou encore à créer une empathie pour une actrice généralement mauvaise. Et The Secret ne fait pas exception à la règle. Dans ce film, cet art de la séduction, de la manipulation, est plus que jamais présent.

 

cinéma déceptif


Véritable miroir de la personnalité de Laugier, chacun de ses films retransmet l'état d'esprit dans lequel le cinéaste se trouvait au moment de sa conception. Ainsi, si Saint Ange était avant tout une virtuose matérialisation d'un fantasme de cinéphile autiste, Martyrs quant à lui était celle d'un frénétique et traumatisant cri de rage. The Secret lui, avec son intrigue dense, complexe et la langueur de son ton, a nécessité un travail de longue haleine et se fait donc le reflet de la tranquillité dans laquelle le cinéaste a vécu dans le système hollywoodien ces dernières années. Occupé à seulement retravailler les scénarios des projets de remake ou de reboot de franchises que les studios lui proposent, le cinéaste a ainsi eu beaucoup de temps pour penser et peaufiner chaque détail de ce projet beaucoup plus personnel, initialement appelé « The Tallman » et dans lequel il projette toutes ses obsessions artistiques et son gout pour les narrations enchevêtrées, choses qui lui sont refusées dans les remaniement de scénario qu'il fait pour Hollywood. Ainsi, dans The Secret, plus encore que dans ses autres films le cinéaste se complait à déployer son intrigue en plusieurs actes qui possèdent chacun leurs pistes quant à la résolution de l'histoire et où s'installent des univers radicalement différents avec leurs esthétiques et leur rythme propre. Dès lors, ce dernier, plus encore que ses œuvres précédentes, se révèle être une œuvre au combien frustrante et même déceptive, tant sa construction en chausse trappe ne nous offre finalement que des embryons d'univers, des bribes de narrations et d'ambiances.

 

urban legend


Pour autant,  in fine le film de Laugier se révèle d'une cohérence et d'une intelligence rare, chaque basculement servant un dessin plus grand qui n'est livré au spectateur qu'à la toute fin du film. En effet, si dans Saint ange le basculement scénaristique et esthétique était le reflet de la psyché de son héroïne et de ses traumatismes, dans Martyrs c'est le basculement du film qui fait prendre toute son ampleur et sa complexité au film. Quant à The Secret, les multiples retournements qui ponctuent le périple de cette jeune femme à la recherche de son enfant (Laugier entretient décidément une relation complexe avec les femmes, héroïnes/victimes, dans ses films) parviennent avec brio à nous plonger au cœur d'un étourdissant récit où conte macabre et misère sociale se nourrissent et ce jusqu'à l'incroyable dernière bobine, troublante aussi bien sur le plan émotionnel que moral. De la photographie grisâtre qui crée une ambiance mélancolique retranscrivant parfaitement le contexte « white trash » dans lequel le film se déploie, jusqu'aux décors étranges de la forêt sinistre et de la station-service suspecte aux frontières de l'horreur, le tout sublimé par l'incroyable et lugubre score orchestré par Christopher Young et  Todd Bryanton, tout est brillamment pensé pour que cette petite ville devienne le lieu d'enchevêtrement d'un certain enfer social et de légendes urbaines afin de donner naissance à cette « étrange réalité » qui se dégage du film et d'où s'échappe cette forme, ce Boogeyman maitre de nos frayeurs. Toutefois, la véritable force du film ne se trouve pas dans le scénario ni même dans l'ambiance mais dans l'interprétation remarquable de tout une série de bluffantes trognes de redneck  (Stephen McHattie est parfait en inspecteur désœuvré), mais aussi et surtout d'une Jessica Biel tout en sobriété qui interprété avec brio les multiples facettes de l'intrigues.

Quentin Boutel












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Image :
Si Laugier s'était fait squeezer sur la supervision de l'édition, aucun doute qu'on en aurait entendu parler (souvenez-vous de la sortie DVD de Saint Ange). Et on l'imagine très bien aussi choyer à l'extrême le transfert HD de son bébé aux cotés des techniciens de M6 Vidéo, tant le rendu est ici terriblement proche de la perfection. Pointue, finement détaillée, profonde, la copie travaille à merveille les variations esthétiques, donnant autant d'épaisseurs aux séquences nocturnes (noirs impeccables), qu'aux plans en pleine lumière, avec une sculpture constante et maniérée des visages. On aurait pu croire que The Secret avait une photographie sobre, presque trop pour certains, en HD elle impose définitivement son élégance. 

 


Son :
Que ce soit en anglais ou en français, les bonnes oreilles vont immédiatement ressentir une légère perte d'ampleur. Les ambiances sont là, délicatement disposées avec une très jolie spatialité, les dialogues frappent, la musique trouve sa place avec justesse, mais le mixage aurait pu se montrer un peu plus musclé, un peu plus présent, en particulier sur la première partie. Un travail sérieux, mais qui manque sans doute d'un soupçon de démesure. 

 


Interactivité :
Petit rappel. Il y a quelques années, Pascal Laugier était le réalisateur du making of du Pacte des loups, summum de franchise, d'exactitude et documentaire fascinant sur la création d'un film et la personnalité hallucinée d'un réalisateur. Aujourd'hui, Laugier confie à son tour la caméra à un ami proche, Louis Thévenon, lui laissant toute liberté sur le ton de ces coulisses et les détails révélés. Pas de gros scandales ou de révélations scabreuses, non, mais juste un regard total sur le tournage, laissant filtrer quelques engueulades (les tensions avec Stephen McHattie), soulignant  la fatigue devant le temps perdu en considérations techniques, la peur de tomber dans le cliché américains... In the Shadow of the Tall Man porte aux nues la passion démesurée, et donc profondément attachante, de Laugier pour son art et sa rencontre avec SON actrice, Jessica Biel. Une relation franche, impliquée, presque troublante tant l'un lui demande tout, que l'autre le lui livre sur un plateau. Malgré quelques petites considérations techniques (prise de son pas toujours au point), ce petit film de plus d'une heure, est aussi l'occasion pour le cinéaste et les acteurs d'approfondir la thématique du film, les questions esthétiques, rythmiques et budgétaires qui se sont posées pendant la confection. Mine de rien, on est fait plus si souvent des making of de cette qualité.   

Nathanaël Bouton-Drouard

 

Liste des bonus : Making of (62'), Bande-annonce.

 
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