LA LAME INFERNALE
La polizia chiede aiuto - Italie - 1974
Image plateforme « DVD »
Image de « La Lame infernale »
Genre : Horreur, Policier
Réalisateur : Massimo Dallamano
Musique : Stelvio Cipriani
Image : 2.35 16/9
Son : Italien Dolby Digital 2.0 mono, Français Dolby Digital 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 87 minutes
Distributeur : The Ecstasy of Films
Date de sortie : 18 décembre 2012
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Lame infernale »
portoflio
site officiel
LE PITCH
A Rome, dans une chambre fermée à clef de l'intérieur, une lycéenne est retrouvée pendue, entièrement nue. La police pense tout d'abord à un suicide jusqu'à ce que d’autres indices les orientent vers le meurtre. Avant le drame, elle a été vue en compagnie d'une autre personne. L’inspecteur Silvestri aidé de Vittoria Stori, juge d'instruction mandatée pour l'enquête, vont découvrir que les lycéennes entourant la défunte sont mêlées à un réseau de prostitution, tandis qu'un...
Partagez sur :
A double tranchant

Malgré l'aura que préserve son précédent et célèbre giallo, Mais qu'avez-vous fait à Solange ?, Massimo Dallamano fait souvent figure de grand oublié dans l'histoire du cinéma de genre italien. Si certains peuvent s'en étonner, ce statut s'explique pourtant aisément par les approches thématique et esthétique on ne peut plus particulières du cinéaste.

 

Là où le giallo et le fantastique italiens de l'époque travaillaient une esthétique au maniérisme exacerbé (tous enfants de Bava et Argento) où les meurtres constituaient les moments de bravoure de production parfois un peu vides, lui cultive une approche bien plus réaliste, terre à terre et froide. A ce titre La Lame infernale (ou L'âme infernale sur de vieilles VHS), est justement une sorte de croisement extrêmement tendu entre certaines visions fantasmées des crimes sadiques si chers au giallo, et la mécanique froide et clinique d'un polar solide. La photographie scabreuse de Franco Delli Colli (Tire encore si tu peux, Zeder), les compositions à la fois baroques et cruellement ironiques de Stelvio Cipriani (La Baie sanglante), les décors glaciaux dignes d'un téléfilm allemand, le jeu presque monolithique des acteurs, les étranges sautes narratives, tout cela ne vise qu'à provoquer une sensation de malaise chez un spectateur baladé dans un labyrinthe aux longs corridors où chaque sortie révèle une réalité de plus en plus glauque. Soignant une mise en scène lente, pour ne pas dire languissante, combinant plan-séquences discrets et mouvements de caméra imperceptibles, Dallamano capture l'auditoire, l'amène à rencontrer des inspecteurs débordés, dépassés et dépités, reflets du délitement sociétal que connaissait en ce temps notre chère Italie.

 

jaune comme l'enfer

 

Un contexte violent (nombreuses références aux manifestations anars), un état en pleine décadence, et le meurtre d'une pauvre gamine de quinze ans qui mène jusqu'à un réseau de prostitution d'adolescentes pour vieux pervers dégeulasses, La Lame infernale n'est finalement qu'une longue descente aux enfer. Véritable prolongement de Mais qu'avez-vous fait à Solange ? (l'un des titres US est d'ailleurs What Have They Done to Your Daughters ?), le film souligne la destruction de l'innocence, de la fragilité et de la beauté par une société profondément corrompue, pourrie jusqu'à la moelle et puante jusqu'à un final désespérément cynique. Du coup les fameuses apparitions du tueur ultra iconique en tenue de motard et hachoir à la main, n'apparaissent que comme un symptôme d'une maladie plus grave, abandonnant l'habituelle excitation du meurtre graphique au profit d'une violence crue, glauque et barbare. La pauvre gamine pendue avec la nuque explosée, le policier qui se fait trancher la main, la tête à moitié fendue et surtout le cadavre d'un détective privé en morceaux exposés comme des bouts de barbaque... On ne peut pas dire que Dallamano caresse le spectateur dans le sens du poil. Cela ne l'empêche pas cependant de soigner ces passages obligés, cultivant un timing indéniable, jouant fébrilement sur le montage et les gros plans. Le plus réussi restant bien évidement l'élégante et inattendue poursuite du tueur à moto dans les rues de Rome. Un film atypique, étrange mais marquant, qui sous des dehors (faussement) austères impose la patte d'un auteur fort et engagé, avec, bien entendu, tout ce qui faut de personnages déviants et d'images chocs. C'est ça aussi la richesse du giallo.

Nathanaël Bouton-Drouard










Partagez sur :
 

Image :
Premier DVD et The Ecstasy of Films impose une réelle ambition dans la qualité de son master. Certes La Lame infernale ne nous parvient pas dans une copie virginale, parfaite et sans âge, mais elle reste parfaitement agréable, soulignant idéalement la lumière froide du film, les variables de gris et la profondeur du rouge sang, tout en apportant un bon niveau de piqué. D'autant plus réussi qu'il s'agit d'un film de genre des années 70, pas forcément la filmographie la mieux préservée de l'histoire. Restent à l'image certains plans neigeux, des traces des années qui frappent la pellicule, mais on est ici clairement dans un matériel très proche de ce que faisait Neo Publishing de son vivant. Ca tombe bien, on aimait beaucoup leur travail...

 

Son :
Bonne surprise aussi du côté des pistes son, on évite la pesante version américaine au profit du bon vieux doublage français d'époque (pas si mauvais que ça) et surtout de la version originale italienne. Toutes deux en mono d'origine (mais restituées en 2.0), elles se montrent relativement propres (de petits moments avec grésillements et léger souffle), mais offrent le confort attendu pour profiter de la séance et du travail de Cipriani.

 

Interactivité :
Pas toujours évident de trouver du matériel de qualité pour fournir la section bonus lorsque l'on est un petit éditeur indépendant. Première galette et grosse attente pour un public fana de cinéma rital laissé orphelin par la disparition de Neo Publishing il y a trop longtemps déjà. Plein de bonnes idées et de bonnes intentions, le nouvel éditeur, The Ecstasy of Films (enregistrez bien ce nom !) s'est carrément fendu de plusieurs éditions, plus ou moins collectors, plus ou moins chargées en bonus. De quoi alimenter la fièvre aux préventes, et faire de la présente édition collector limitée un futur trésor pour collectionneurs. C'est que le boîtier amaray recouvert d'un superbe fourreau illustré par Nathan Thomas Milliner (si le film avait eu une telle affiche à sa sortie, ça aurait été un succès assuré) contient à la manière de certains éditeurs anglais ou italiens des jaquettes alternatives (toutes très réussies) et un poster. Plutôt sympa déjà, il faut ajouter quelques goodies un livret de 8 pages composé d'un excellent texte de présentation signé Jérôme Pottier. Du tout bon. On est en revanche un peu moins convaincu du côté des suppléments vidéo présents sur le DVD, à commencer par le court métrage « Le Destin de Torelli », sympathique essais giallesque amateur réalisé par David Marchand qui revient sur la préparation de son film et son amour du genre dans une interview conséquente. En fait le petit souci ici est de ne pas pouvoir profiter d'un portrait complet de Massimo Dallamano ou d'un retour sur le compositeur Stelvio Cipriani, pour véritablement souligner l'empreinte cinéphilique de l'édition. La longue interview de François Guérif (directeur de la collection Rivages/Noir) tourne bien plus autour des origines littéraires, de la difficulté d'éditer des auteurs italiens en France, que sur la vision cinématographique proprement dites. Une rencontre intéressante tout de même. Enfin le visionnage s'achève par quelques bandes-annonces (les versions US et allemande de celle de La Lame infernale sont dissimulées dans les menus) et en particulier celles des futurs DVD de La Guerre des gangs (aka Contraband de Lucio Fulci) et Torso. De belles promesses.

Liste des bonus : Livret de 8 pages par Jérôme Pottier, Entretien avec François Guérif (52'), Court métrage "Le Destin de Torelli" de David Marchand (17'), Entretien avec David Marchand (30'), Galeries photos, Bandes-annonces.  

 
Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2022