4 MOUCHES DE VELOURS GRIS
4 mosche di velluto grigio - Italie / France - 1971
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Genre : Thriller
Réalisateur : Dario Argento
Musique : Ennio Morricone
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais, italien et français DTS-HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 102 minutes
Distributeur : Wild Side Vidéo
Date de sortie : 5 décembre 2012
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « 4 Mouches de velours gris »
portoflio
LE PITCH
Le musicien Roberto Tobias, suivi depuis plusieurs jours par un homme mystérieux, décide de prendre l’inconnu en chasse. Au cours de la dispute qui suit la rencontre, il le tue accidentellement alors qu’un homme masqué le prend en photo, l’arme du crime à la main…
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Insectivore

Enfin le troisième giallo « animalier » de Dario Argento ressort en France, ravivé par Argento en personne, et vient compléter la collection bien fournie de Wild Side Video. Un jalon indispensable à l'appréciation du puzzle que constitue la filmographie éclatée de l'ancien maître italien.

Rarement loquace sur les évènements ou les pulsions qui l'ont amené à réaliser un film, Argento ne cache finalement qu'assez peu son emprisonnement rapide dans un genre auquel il avait lui-même offert l'un de ses plus grands succès : L'Oiseau au plumage de cristal. Un thriller brillant, virtuose et maîtrisé, auquel répondra l'année suivant la commande Le Chat à neuf queue, tentative de varier les attraits et les articulations d'un giallo extrêmement cintré en y ingérant plus que jamais des inspirations américaines. Un essai qui le laissera assez amer, et qui allié à quelques projets inaboutis donnera naissance à 4 Mouches de velours gris, porté par une volonté flagrante d'atomiser justement la fin d'une mode étrangement animalière, avec des titres comme La Tarentule au ventre noir, La Queue du scorpion ou L'Iguane à la langue de feu. Argento veut étouffer le monstre qu'il a en partie enfanté, et va pour cela pervertir littéralement le cadre de ses deux précédents films. De prime abord, ce troisième film est pourtant un pur giallo, presque scolaire dans sa manière d'appréhender son scénario : un crime inaugural souligné de manière théâtrale, un héros assez lâche qui tente de fuir désespérément, une enquête qui traîne jusqu'à ce qu'un indice inattendu vienne révéler l'identité du tueur fou. Basique.

 

délire collectif

 

Mais dès l'ouverture, le premier meurtre est présenté comme une machination (et non pas un trompe-l'œil), censée faire croire au pauvre musicien qu'il a assassiné un innocent par erreur. Déployé dans une salle de théâtre poussiéreuse, le dispositif est excessif, surlignant l'irréalisme de l'acte que vient personnifier un témoin masqué d'un visage de poupon. La séquence ne contient en revanche aucun trucage de la part du réalisateur, qui à l'inverse de L'oiseau au plumage de cristal ou plus tard des Frissons de l'angoisse ne viendra plus la scruter, la décortiquer pour y découvrir la fameuse image clef. 4 Mouches de velours gris est certes un thriller, mais il est surtout un long-métrage en constante provocation, déjouant déjà les habitudes du cinéaste qui semble surtout prompt ici à mélanger son spectacle macabre avec des ingrédients issus du cinéma érotique (superbe scène de baignoire avec Laura Troschel), de la comédie truculente (Bud Spencer dans le rôle de « Dieu » ou l'inattendu Jean-Pierre Marielle en détective un peu folle) et surtout du mélodrame lorsque le narration se concentre sur le couple dysfonctionnel formé par Michael Brandon (Mission casse-cou) et la fragile Mimsy Farmer (More).

 

matrice

 

Ce carambolage de rythmes et d'approches entame entame parfois l'unité du film, mais lui permet de surprendre constamment, de désamorcer le suspense pour mieux faire remonter la tension à la bobine suivante. Argento expérimente avec sa personnalité toute italienne : ce presque-chaos bigarré et baroque a quelque-chose de profondément romain. Bancal parfois, trop généreux sans aucun doute, mais surtout foncièrement passionnant puisque naissent peu à peu les élans qui vont nourrir la suite de la carrière du bonhomme, en particulier cette volonté d'anéantir toutes les frontières entre l'horreur et le poétique, l'impalpable et les constructions architecturales, le réel et l'irréel... le génie et le mauvais goût. La séquence centrale du meurtre de la bonne dans le parc est un manifeste, transformant un contexte rassurant (le jardin d'enfant) en pur cauchemar gothique, en usant de quelques effets de montage, et d'un raccord de caméra qui resserre le temps autant qu'il diffuse l'espace. A cela répondra la punition divine (une décapitation), ou comment un simple accident de voiture deviendra dans un ralenti interminable une toile d'une puissance visuelle sidérante. Conçu comme un grand mouvement de free jazz, libre, riche, jubilatoire mais parfois bancal, 4 Mouches de velours gris reste un très grand moment de cinéma.

Nathanaël Bouton-Drouard














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Image :
Longtemps invisible, si ce n'est pour les chanceux via une VHS dans un état déplorable, 4 Mouches de velours gris revient directement en HD (le DVD est aussi disponible), via une toute nouvelle copie remasterisée et restaurée comme ont pu l'être avant lui les autres longs-métrages d'Argento chez Wild Side Video. Aucun risque de tomber dans la même polémique que lors de la sortie de Suspiria, la photographie n'a manifestement subi aucun changement radical dans sa colorimétrie, et apparaît finalement telle qu'elle aurait toujours dû être : vive, pimpante, dotée de couleurs chaudes et d'une lumière pointue. 90 % des rides dues à sa quarantaine bien tassée ont été éliminées, ne laissant plus apparaître que de très rares points blanc et une déchirure flagrante lors de l'accident de voiture. Un défaut impossible à retirer, directement incrusté dans le négatif original. En clair, le film est frétillant comme un petit jeunôt.

 

Son :
Le montage français lors de sa rapide distribution chez nous avait été amputé de quelques plans lors des révélations finales. Ceci explique que le doublage français laisse place à la version italienne dans cette séquence. Au-delà de cette petite variété (pour ne pas dire contrariété), les trois versions (française, italienne et anglaise) sont proposées dans un mono d'origine mais boostées sensiblement grâce à l'apport du DTS-HD Master Audio. Gardant leur tonalité d'époque, ces bandes son laissent tout de même entendre une clarté nouvelle (merci la restauration et l'écrasement du souffle en arrière plan). Au petit jeu des différences, c'est clairement l'italienne qui remporte la bataille, puisque intégrale (mais sans la voix caractéristique de Marielle) et largement mieux interprétée que la calamiteuse mouture US. 

 

Interactivité :
Longtemps bloqué à cause de questions de droits, 4 Mouches de velours gris revient enfin chez une belle poignée d'éditeurs à travers le monde. Pas de surprise que la copie soit à peu de chose près la même pour tous, la grande variable étant en réalité la section bonus. Wild Side Video a opté pour une interactivité en deux approches. La première, très attendue, permet d'entendre Argento et son 1er assistant de l'époque Luigi Cozzi (Contamination, Le Choc des étoiles) revenir sur la distribution et la rareté du film, puis enchaîner sur quelques souvenirs de tournage, expliquer le choix des acteurs et revenir sur les notes d'intentions originelles. Comme souvent avec le cinéaste italien, ses propos se révèlent peu passionnants, se contentant le plus souvent de paraphraser l'oeuvre. Heureusement Cozzi comble agréablement les blancs. La seconde partie est, elle, purement cinéphilique, donnant la parole alternativement à Jean-Baptiste Thoret (critique), Pascal Laugier (The Secret), Bruno Forzani (Amer) et Doug Headline (Brocéliande). Il y est question de souvenir de vidéoclub, mais surtout de particularisme esthétique, de montage, de recherches visuelles et de la place du film dans la filmo de l'italien. Passionnant. Enfin, il serait dommage de négliger la bande-annonce d'époque, superbe bijou de montage et d'effets visuels traumatisants.

Liste des bonus : Le Giallo Perdu (26'), Dans l'œil de la peur (26'), Galerie photos, Bande-annonce.  

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