PULSIONS / BLOW OUT
Dressed to Kill / Blow Out - Etats-Unis - 1980/1981
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Pulsions / Blow Out »
Genre : Thriller
Réalisateur : Brian de Palma
Musique : Pino Donaggio
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1 & 2.0, français DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 213 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 21 novembre 2012
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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portoflio
LE PITCH
Pulsions : Kate Miller est en proie à des fantasmes nocturnes. Son seul confident est son psychiatre, le Dr Elliott, à qui elle révèle la médiocrité de sa vie sexuelle. Kate suit un bel inconnu qui l’entraîne chez lui et avec qui elle fait l’amour. Mais en repartant, elle est suivie par une inquiétante femme vêtue de noir… Blow Out : Preneur de son, Jack Terry enchaîne les séries Z. Une nuit où il enregistre des sons d’ambiance, il assiste à un accident de voiture et sauve ...
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Vulgarité poétique

Au début de sa carrière, l'unanimité publique et critique voyait en Brian DePalma un dangereux clone d'Alfred Hitchcock. Si le rapprochement s'avérait logique, le qualificatif n'en était pas moins impardonnable, DePalma s'étant toujours évertué à mettre en scène les films d'Hitchcock qu'Hitchcock lui-même n'aurait jamais osé signer. De fait, les thrillers réalisés par DePalma entre la seconde partie des seventies et de la première moitié des eighties sont aussi brillants que vulgaires, aussi terrifiants que caricaturaux, aussi sérieux que parodiques, aussi excitants que machos.

 

La sortie en Blu-ray de Pulsions et Blow Out nous permet aujourd'hui de nous pencher sur le thriller érotique le plus abouti du cinéaste et sa suite inavouée, offerte au fan comme un adieu provisoire au genre. Si l'on peut dresser des parallèles sans fin entre tous les films de Brian DePalma, Pulsions et Blow Out sont certainement les jumeaux les plus évidents. Dans les deux cas, l'auteur s'amuse déjà à détourner le langage cinématographique à des fins a priori purement sensorielles. L'une des plus belles séquences de Pulsions reste ainsi l'une des plus dispensables au premier abord : située dans un musée, elle met en scène une partie de cache-cache interminable entre l'héroïne et un charmant inconnu, lequel a pris possession d'un de ses gants. Sublimées par un cinémascope au mouvement fluide, presque caressant, et soutenues par une musique alliant suspense, drame et érotisme, ces quelques minutes à l'apparence accessoires mènent implacablement un personnage vers sa mort. Une mort multiple d'ailleurs, en opposition à celle de Psychose qui succédait à une sorte de purification du personnage principal. Ici, DePalma accumule les rebondissements lourds de conséquences dans l'avenir de l'héroïne (la culotte introuvable, la contamination vénérienne, la bague oubliée sur la commode) pour tous les jeter à la poubelle en quelques plans monstrueux de cruauté. Plus vite encore qu'Hitchcock en 1960, DePalma embraye sur un second film distinct, qu'il achèvera en rejouant de manière extrême trois scènes de Psychose, le discours hilarant d'un psychanalyse précédant une visite d'hôpital psychiatrique et une scène de douche onirique.

 

sous la douche

 

Le fameux cliché de la scène de la douche sert également d'ouverture à Blow Out sous une autre forme mensongère, celle d'un extrait de série Z en abyme du film. Plus que jamais, DePalma semble décidé à se servir du médium Cinéma pour résoudre son histoire. Faisant appel à une armée de techniques imparables (plans-séquences et split-screen dès l'ouverture), le cinéaste impose l'Image comme le personnage principal de ses films, l'héroïne sans qui l'intrigue stagnerait dangereusement. Dans Pulsions, un jeune homme espionne les sorties des résidents d'un immeuble à l'aide de sa caméra super-8, ébréchant ainsi une grande partie de l'énigme. Dans Blow Out, un sound designer immortalise l'accident de voiture d'un sénateur à l'aide de son micro canon et, grâce à une multitude de photographies trouvées dans la presse, recompose à 24 images par seconde le film du crime. "Voir c'est croire", nous dit DePalma. Le cadre chez lui n'a rien d'innocent, et aucune information n'est à aller chercher hors du champ, la multiplication des points de vue au sein d'une même scène s'arrangeant toujours pour nous montrer le strict nécessaire.

 

regards perdus

 

Voir c'est croire, et ceux qui ne voient pas ne peuvent croire. L'un des thèmes les plus passionnants chez Brian DePalma, tout particulièrement dans Pulsions et Blow Out, est bien l'isolement des héros. Les preuves visuelles disparaissant les unes après les autres, personne ne veut admettre leur abracadabrant témoignage. Dans les deux films, DePalma resserre progressivement l'étau autour de ses protagonistes, multipliant les sous-intrigues (la scène du métro dans Pulsions, les cabines téléphoniques dans Blow Out) dans le seul et unique but d'étoffer encore un peu la tension. Rêveurs, adolescents attardés, du moins marginalisés par un mode de vie que la morale réprouve, lesdits personnages se retrouvent prisonniers de leur bulle, que la menace extérieure risque de faire éclater à tout jamais. Ce qui nous amène à l'une des problématiques les plus souvent condamnées du cinéma de DePalma : la vision très particulière de la féminité. En se concentrant sur des héroïnes marginales et excentriques, le réalisateur se risque à des amalgames brutaux mais assumés : la femme forte aurait systématiquement tendance à monnayer sa sexualité (Nancy Allen dans les deux films), et sa survie (ou non, dans l'un des deux films) dépendrait de cette faculté à accessoiriser ses charmes pour parvenir à ses fins. Cette femme n'en reste pas moins fragile, voire étonnamment innocente malgré les horreurs qu'elle a vécues. Sans doute influencé par une enfance privée de cocon familial, De Palma persiste en signe en faisant des autres personnages féminins autant de projections de fantasmes masculins : la quadragénaire nymphomane de Pulsions, les bimbos dénudées de Blow Out... Sans doute influencé par une enfance privée de vrai cocon familial, DePalma réalise là deux de ses films les plus impudents. Mais toujours cohérent avec lui-même, maître du moindre mouvement de caméra et de sa signification profonde, il signe aussi deux des joyaux les plus fascinants de l'histoire du cinéma.

Alexandre Poncet












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Image :
Passage difficile pour Carlotta qui doit passer après les sorties HD américaines, supervisées par Brian de Palma en personne, et profitant forcément de financements bien plus conséquents pour la restauration et la remasterisation. Mais notre éditeur cinéphile à nous n'a bien entendu pas fait les choses à moitié, retravaillant pas à pas l'image de chaque film, redonnant aux couleurs leur vivacité d'antan, nettoyant au passage la plus grande part des défauts de pellicule. Des taches et traces blanches désormais invisibles sur Blow Out et à peine discernables sur Pulsions. Une vraie redécouverte qui redonne à la photographie de Ralph Bode (La Fièvre du Samedi soir) son satiné sensuel et à celle de Vilmos Zsigmond (Rencontre du troisième type, Voyage au bout de l'enfer) sa richesse contrastée. Dans les deux cas, les couleurs sont pleines, habilement dégradées et chaleureuses, accompagnée par des noirs pleins et profonds. Elles sont bien loin les anciennes copies SD grisonnantes et granuleuses, surtout qu'ici la remasterisation n'a en rien subi les coups du réducteur de bruit outrancier ou du gommage numérique : le grain de pellicule, la profondeur de champ, le piqué global s'affirme à chaque plan. Mais malheureusement les masters ne sont pourtant pas inattaquables, en particulier comparativement au travail effectué outre-Atlantique : légèrement moins propres, les disques montrent quelques faiblesses dans quelques arrières-plans, montrant des matières neigeuses pas forcément très élégantes et des petites baisses de netteté dans les plans d'ensemble.

 

Son :
Grande aurait été la tentation de remanier le mixage de Blow Out pour le faire paraître plus actuel, plus ludique dans sa bande son. Un travail qui aurait clairement dénaturé l'équilibre du film, et heureusement  l'éditeur n'y a pas succombé, préférant restaurer la bande et la retravailler avec limpidité via un DTS-Master Audio 2.0 extrêmement clair et riche malgré sa naturelle frontalité. Solide. La version française s'en sort relativement bien d'ailleurs avec son propre DTS-HD Master Audio 1.0 qui reprend bien entendu la voix de Gérard Depardieu, alors très grand pote de Travolta. Pas besoin d'aussi grands guest pour la VF de Pulsions qui prouve une fois encore qu'à une certaine époque le doublage hexagonal était un vrai travail d'acteurs. Si ce dernier se savoure avec une même sobriété, la version originale est disponible soit en DTS-HD Master Audio 5.1 soit en DTS-HD Master Audio 1.0. Pas désagréable, la version re-spatialisée évoque quelques ambiances de rues, des machines à écrire dans les bureaux de la police, ou des échos de discussions dans le musée. Rien de très essentiel, et cela semble même parfois artificiel. Pas de détours, c'est bel et bien le mono qui réjouit le plus, plus clair et limpide que jamais.

 

Interactivité :
Carlotta soigne ses sorties et en particulier ici, s'efforce d'offrir une interactivité conséquente et variée, mais surtout aiguillée vers une volonté d'éclairer les deux longs-métrages, d'entamer les pistes d'analyses et réflexives. Cependant pour apprécier le travail fourni, il faut immédiatement faire le deuil de l'interview du réalisateur pour Blow Out (présente sur le disque Criterion) et le making of de Laurent Bouzereau pour Pulsions (présent sur le disque MGM). De très grosses pertes tout de même, mais que l'éditeur français comble en partie en via des interviews pertinentes et passionnantes de Nancy Allen et du producteur George Litto (sur chacun des deux films), d'Angie Dickinson, de Keith Gordon, du directeur photo Vilmos Zsigmond et du compositeur Pino Donaggio. Tous très enclins à parler, ils évoquent tour à tour leur rencontre avec le cinéaste, leur approche de son cinéma, leur collaboration, déversent nombre d'anecdotes, d'appréciations esthétiques, et surtout ne cessent de souligner l'importance du metteur en scène et de ces deux films en particulier. Le compositeur italien en profite pour évoquer une partie de sa carrière et ses méthodes de travail, tandis que Keith Gordon (Dexter) souligne l'importance qu'a eu son mentor sur sa future carrière de réalisateur. Nancy Allen se remémore avec beaucoup de tendresse ses années de mariage avec De Palma. Dans tous les cas, les interlocuteurs font preuve d'une bonne humeur réjouissante (en particulier Litto, constamment hilare) et donnent plus de sympathie et d'épaisseur encore aux longs-métrages. Des entretiens complétés par une analyse stylistique et thématique pointue, mais non-dénuée d'humour, de Blow Out, concoctée par le critique / réalisateur Jean Douchet et par les introductions lumineuses de Samuel Blumenfeld, co-auteur par ailleurs de l'indispensable livre / entretien  édité chez Calmann-lévy. Un travail d'érudit.

Nathanaël Bouton-Drouard

Liste des bonus Pulsions : Préface de Samuel Blumenfeld (8'), Symphonie de la peur (17'), La Femme en blanc (29'), La Femme en violet (22'), Une Leçon de cinéma (30'), Pulsions en trois versions (5'), Bande-annonce. 

Liste des bonus Blow Out : Préface de Samuel Blumenfeld (8'), Un cri de vérité (7'), Retour à Philadelphie (18'), Le noir et blanc en couleurs (27'), Souvenirs d'une poupée de chiffon (21'), Multipistes (27'), Bande-annonce.

 
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