GHOST IN THE SHELL 2.0
Kokaku kidotai - Japon - 1995/2008
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Ghost in the Shell 2.0 »
Genre : Science-fiction
Réalisateur : Mamoru Oshii
Musique : Kenji Kawai
Image : 2.35 16/9
Son : Japonais et français DTS-HD Master Audio 6.1
Sous-titre : Français
Durée : 79 minutes
Distributeur : Fox Pathé Europa Home Entertainment
Date de sortie : 4 juillet 2012
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
La Section 9 est une unité hautement professionnelle, impliquée dans les affaires d’espionnage les plus sales. Une mystérieuse cyber-pirate pénètre les réseaux les mieux protégés. Elle est recherchée pour terrorisme, manipulation de la bourse et détournement de données. Kusanagi suspecte le ministère des affaires étrangères et surtout un programme top secret : le Projet 2501. Mais alors qu’elle enquête, Kusanagi expérimente des sentiments étranges sur sa propre humanité…
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Cogita Ergo sum

Tout autant que la découverte d'Akira en 1988, Ghost in the Shell aura été un choc mondial lors de sa sortie au cinéma. Un spectacle extrêmement mature, exigeant, qui imposait un spectacle animé colossal rapidement devenu culte. Alors pourquoi son créateur a-t-il eu l'idée saugrenue d'en produire une version 2.0 ?

 

Réalisateur assez docile pendant de longues années (La Bataille des planètes, Nils Holgersson) Mamoru Oshii se sera révélé lors de deux expérimentations fascinantes : le détournement du second film consacré à Lamu (Beautiful Dreamer) et un délire métaphysique incroyable concocté avec Yoshitaka Amano (L'œuf de l'ange, sans doute son œuvre séminale). Séquences contemplatives, monologues atones mais poétiques sur la nature de la vie, animation poussant à un certain réalisme, foisonnement des détails dans le cadre, réalisation ambitieuse... Un style souvent brillant, en tout cas unique que l'on trouve à son apogée pendant la dizaine d'années qui sépare Patlabor 2 et Ghost in the Shell 2: Innocence, et au milieu de laquelle trône inévitablement le premier Ghost in the Shell. Inspiré très librement du formidable manga de Masamune Shirow, le long-métrage est tout d'abord une prouesse technique qui repose non pas sur des mouvements hypertrophiés, mais bien sur le pointillisme de ceux-ci, s'approchant constamment au plus près du jeu de véritables acteurs, au gré de petites attitudes discrètes et naturelles.

 

floating museum

 

Un premier pas vers l'humain en somme, qui installe avec discernement le rapport étrange que nourrissent les personnages avec leurs origines mécaniques (le Major Kusunagi est une androïde) et les bribes de cellules humaines intégrées dans leurs systèmes. L'excellent Kazunori Itô (Avalon, Gamera 3) réinterprète dans son scénario l'univers ultra pointu du manga, et réinvente presque la mythologie complète de l'anticipation, reliant les créatures symbiotiques avec leur personnalité en instaurant le concept de « Ghost ». Une âme, ou un fantôme créé par un bug de la machine, en tout cas une présence qui semble leur souffler de réelles émotions, les pousser à l'introspection. Un angle qu'a toujours privilégié Oshii, lequel se montre certes terriblement efficace dans la construction de son polar futuriste, dans les gunfights et poursuites qui viennent émailler l'œuvre, mais qui s'en empare constamment en les orchestrant autour d'images, de visions (l'arbre des espèces, l'équipement permettant de disparaître...) venant creuser immanquablement une réflexion sur la nature de l'humain, ce qui en fait l'individualité, ce qui est la preuve de son existante. Spectaculaire, ébouriffant dans ses passages les plus musclés, mais surtout puissant dans sa faculté a embarquer dialogues (et absences de dialogue), plans fixes et mouvements planants vers une expérience aussi réflective qu'hypnotique. « Je pense donc je suis », hurlent en silence les personnages. « Je filme donc je crée », chante Mamoru Oshii, rebondissant sur les imprécations à la fois électroniques et tribales de l'immense Kenji Kawai.

 

le vers dans la pomme

 

Un film parfait, un fantasme de science-fiction dont on peine à imaginer que son créateur ait ressenti le besoin de le revisiter... Surtout que le sublime Innocence venait déjà appuyer avec virtuosité ce concept. Hélas, voici Ghost in the Shell 2.0, objet étrange et un peu inutile dans lequel le cinéaste s'est amusé à retoucher la photographie en envahissant les plans de variations oranges pour la rapprocher visuellement de sa suite. Résultat étrange, pas toujours brillant, mais qui en tout cas semble bien plus justifiable que les séquences entièrement recomposées à grands coups d'images de synthèse lisses et impersonnelles (en plus d'être assez vieillottes) qui entament étrangement la logique même du film. Quelques changements dans la construction des plans, un générique qui farfouille plus volontiers le corps nu de la machine, un petit dialogue retiré du montage... Ghost in the Shell est toujours le même film, mais perd ici clairement de sa superbe, scarifié par le complexe « George Lucas » et ce besoin navrant de « moderniser » les classiques. En général, c'est là qu'ils prennent un sacré coup de vieux.

Nathanaël Bouton-Drouard










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Image :
A force de triturer la nature même du film, on finit par se prendre un coup de boomerang. Alors forcément, toutes les séquences remaniées ou conçues en images de synthèse semblent parfaites en HD : lumière incroyable, détails racés, noirs abyssaux, contrastes ciselés et toute la clique. Cependant avec cette précision nouvelle, l'aspect déjà un poil daté des effets numériques paraît plus évident encore (l'ouverture pas jolie-jolie), tandis que l'inadéquation avec le travail de 1995 est parfois carrément choquant. Certes l'image du master original a été stabilisée (excellente nouvelle) et le Blu-ray permet de faire apparaître nombre de détails jusque-là pas forcément supportés par le DVD, mais elle montre également une pellicule pas toujours virginale avec ses aspérités et ses effets de grain. Chacun de leur côté, les deux esthétiques s'en seraient excellemment bien sorties. Côte à côte, elles marquent un mariage difficile... mais techniquement irréprochable.

 

Son :
S'il peut y avoir des réserves sur le transfert visuel, la réorganisation sonore du film est particulièrement remarquable. Confectionnée par les techniciens de THX dans l'enceinte du fameux Skywalker Ranch (aaaah, ça pourrait expliquer certaines choses), la nouvelle mouture DTS-HD Master Audio 6.1 japonaise est une réinvention jouissive. Accompagnant avec bien plus de fermeté et de richesse le fourmillement de ce futur ultra-urbain et informatisé, les enceintes transmettent constamment des bruitages informatiques, des effets d'écho, ou un léger bruit de foule en arrière-plan. Les dialogues n'en sont pas moins posés et clairs, mais contrebalancés par les musiques de Kenji Kawai, martelant la basse comme jamais, ou une brutalité sensible dans les échanges de coups de feu. Subtil, juste, particulièrement dynamique et enveloppant, le film gagne ici une modernité inattendue. La version française, elle, reste plus ou moins sur le même sentier, et ce malgré un doublage quelque peu étouffé et plus en retrait.

 

Interactivité :
Etrangement cette nouvelle édition ne s'accompagne aucunement d'une interview ou d'un making of de la nouvelle version du film, qui permettrait d'expliciter ou d'appuyer des choix esthétiques plus que discutables. Vraiment dommage, il faut donc se contenter des deux documentaires déjà vus en DVD. Digital Works qui est une analyse technique du film effectuée par les japonais avec leur ton terriblement laconique, et reste aussi abscond que peu passionnant, tandis que le making of plus classique de nos amis américains fait dans la grosse voix et les effets « qui défoncent » pour nous vanter le film « le plus extraordinaire ». Un brin lassant et surtout pas formidablement construit, il permet tout de même avec son collègue nippon d'observer à quelques reprises un Mamoru Oshii décidément peu loquace, en particulier dans l'interview présentée en parallèle et qui dure moins d'une minute !
Le supplément le plus important ici est donc bel et bien l'opportunité de revoir Ghost in the Shell dans son montage de 1995. Proposé uniquement au format DVD (alors qu'au Japon c'était en Blu-ray), il montre une copie SD fatiguée avec neige légère et flou récurrent. Voilà qui fait encore penser à certaines éditions de Star Wars...

 

Liste des bonus : Montage original sur DVD,  Making of (29'), Interview de Mamoru Oshii (1'), Digital Works (27'), Bandes-annonces.

 
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