HOMMAGE à ROGER CORMAN
The Little Shop of Horrors / The Terror / Ski Troop Attack / Creature from the Haunted / Last Woman on Earth / The Wasp Woman / The Brain Eaters / A B - Etats-Unis - 1958 / 1965
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Musique : Divers
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais et français mono
Sous-titre : Français
Durée : 860 minutes
Distributeur : Bach Films
Date de sortie : 1 juillet 2012
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
LA PETITE BOUTIQUE DES HORREURS : Employé d'un fleuriste au bord de la faillite, Seymour découvre un jour une plante d'origine inconnue qu'il baptise ''Audrey Junior''. Audrey Junior se nourrit exclusivement de sang humain et son appétit va en grandissant... SKI TROOP ATTACK Une patrouille américaine doit traverser un territoire ennemi à skis afin de désamorcer les bombes placées sur un pont... LA CRÉATURE DE LA MER HANTÉE Sparks Moran, agent secret XK150, embarque avec un quartet de ch...
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Le Maitre du monde

Après avoir édité à moindre prix une poignée de ses films plus ou moins célèbres, Bach Films a concocté ici un joli coffret de 6 DVD comprenant un livret de 20 pages et 12 films produits au cours de sa période faste (les années 60) pour célébrer le talent artisanal de Roger Corman.

 

L'homme a fait débuter Francis Ford Coppola, Jack Hill, Monte Hellman, James Cameron, Joe Dante, Charles Bronson, Jack Nicholson et plein d'autres à une époque où l'industrie cinématographique américaine se faisait grappiller par la petite lucarne. Venu d'une famille modeste, Corman a ainsi érigé une industrie assez lucrative (quasiment aucun de ses 400 films ne lui a fait perdre de l'argent) basée sur l'économie, la débrouille, l'instinct et une liberté conséquente laissée aux scénaristes et réalisateurs. Les films se tournaient en quelques jours, s'enchaînaient dans les mêmes lieux et avec les mêmes acteurs pour réduire le coût, et s'intéressaient à peu de choses près à tous les genres de la série B : polar, action, SF, Fantasy, Horreur... mais aussi la ségrégation (The Intruder), la jeunesse perdue (The Fast and the Furious) ou même la génération LSD (The Trip). Le talent de Corman était justement de savoir user au mieux de celui de ses collaborateurs, aboutissant parfois à des films tournés à quinze mains, mais offrant une finition plutôt chiadée, voire carrément bluffante. Si l'on attend toujours qu'un éditeur français s'empare enfin de la série d'adaptations incroyables d'Edgar Alan Poe (The Pit and the Pendulum, House of Usher...), force est de constater que le coffret de Bach Films offre un travelling très représentatif du catalogue colossal du bonhomme.

 

Macgyverisme


Les opérations commencent forcément avec l'une de ses bandes les plus cultes d'entre toutes : La Petite Boutique des horreurs. Très connu pour son remake en comédie musicale, le film surprend toujours autant par son humour débridé, noir et foncièrement moderne, ainsi que par la capacité de la plante carnivore géante à prendre vie. Une créature qui souligne l'une des constantes des productions Corman, qui réussissaient, malgré des scénarios parfois sinueux et une mise en scène balourde, à rendre les effets spéciaux extrêmement savoureux et imposer des designs qui marqueront des artistes comme Tim Burton ou Rob Bottin. Si Les Mangeurs de cerveaux s'avère ainsi un nanar puissance 10, ses cervelets volant et sautant à la gorge des pauvres scientifiques valent le détour. Plus convaincants sont les sangsues atroces du bien nommé L'Attaque des sangsues géantes (réalisé par Bernard L. Kowalski), film d'horreur redneck (donc un peu plouc) mais où les parasites sucent à l'écran le sang de leurs victimes, laissant des cadavres exsangues flotter à la surface du marais. Mine de rien, et avec pas une thune, le résultat visible s'avère extrêmement glauque et cru... en particulier pour un film de 1959. On peut en dire autant de La Bête de la caverne hantée (signé Monte Hellman), tourné dans la foulée du catastrophique Ski Troop Attack, qui fait reposer son suspense sur une araignée géante qui enfonce son dard dans de pauvres skieurs empêtrés dans sa toiles. Les séquences horrifiques sont encore une fois particulièrement marquantes, épaulées par une photographie noir et blanc racée et des FX qui savent mêler effets chocs et discrétion. Peu importe finalement qu'il faille parfois survivre à des tunnels de dialogues pas folichons ou des ressorts dramatiques (le groupe disparate obligé de cohabiter dans un lieu clos) qui sentent bon le réchauffé : Roger Corman faisait du cinéma d'exploitation en double programme et le faisait avec franchise et savoir faire.

 

futurisme

 

Et si le tristement pataud La Femme Guêpe (mais qui parle déjà des ravages de la cosmétique) ou le soporifique La Créature de la mer hantée (le twist est ridicule) semblent là pour rappeler qu'il n'existe pas de science exacte, le box contient aussi quelques perles. On pourrait parler longtemps de l'étrange poésie surannée qui se dégage de Voyage sur la Planète préhistorique, détournement d'un film russe où la beauté des paysages peints et un robot rétro pas loin d'être aussi charismatique qu'un certain Robby rivalisent avec des acteurs en sous-régime et un script discourant sur la différence homme/femme (aaah, le sexe faible), mais les équipes de Corman pouvaient tout simplement accoucher de grands films. A l'image du premier long-métrage de Francis Ford Coppola, Dementia 13, dont certaines idées de mise en scène renvoient directement à son futur Dracula, mais aussi le délirant Le Château de la terreur (aka L'Halluciné, aka The Terror) signé par pas moins de 5 réalisateurs à la fois et transformant un projet gothique avec Boris Karloff en traité hallucinatoire. Et enfin la comédie acerbe Un Baquet de sang, célébration ironique de la création artistique qui reste l'une des plus grandes réussites de Corman. Un artisan d'autant plus appréciable que, même lorsqu'il copiait les modes du moment avec, par exemple, La Dernière Femme sur terre (démarquage de Je suis une légende, aka The Last Man of Earth), il détournait les codes et les attentes des spectateurs pour faire glisser le film post-apocalyptique vers une étude de caractères brillante et foncièrement humaine. Merci au scénariste Robert Towne (Chinatown, Greystoke, Mission Impossible), mais aussi à une mise en scène confrontant les visages autant que les points de vue, dans une romance triangulaire au dénouement forcément dramatique. Les raisons de déguster urgemment ce coffret Hommage ne manquent pas.

Nathanaël Bouton-Drouard










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Image :
Tous les films proposés dans ce coffret son tombés depuis quelques années dans le domaine public. Ceci explique d'ailleurs la présence de certains dans le catalogue d'autres éditeurs (Wild Side Vidéo en particulier), mais aussi de sources pas forcément toujours très reluisantes. Comme les éditions single disponibles depuis un moment déjà, ils sont tous dans leur format d'origine (la majorité en 4/3), mais accusent systématiquement une conservation hasardeuse. Le noir et blanc est fragile, les bandes en couleurs sont affadies, les taches sont légions et certains films (Les Mangeurs de cerveau, Voyage sur la planète préhistorique) affichent quelques passages difficiles à suivre. Des rendus très inégaux, et de toute façon très loin de la HD.

 

Son :
Forcément le résultat est le même avec les versions originales, très fatiguées, parfois lointaines, qui laissent entendre une souffle constant sur les enceintes. A noter que pour une fois le doublage français, pas franchement concerné, peut se révéler la meilleure manière de visionner certaines des productions (les pires), histoire d'y ajouter un second degré supplémentaire.

 

Interactivité :
Si les films avaient déjà été distribués par Bach Films, ils ont été ici reconditionnés en double programme et agrémentés à chaque fois d'une introduction plus ou moins longue signée Professeur Thibaut, qui s'est chargé d'ailleurs aussi de la rédaction du livret. Très documentées, ses interventions permettent de découvrir nombre d'anecdotes sur les tournages ou les méthodes très particulières de Monsieur Corman (les tournages parallèles, la reprise d'acteurs has-been, le débauchage de jeunes scénaristes), mais toujours avec un « En fait » en début de phrase. Un tic verbal très présent et très amusant (une dizaine en seulement 3 minutes). Le programme est également agrémenté de deux épisodes de l'étrange émission Ciné Pop-corn présenté par un Christophe Lemaire totalement azimuté sur la série B et La Dernière femme sur terre.

 

Liste des bonus : Livret de 24 pages, Présentation des films par le Professeur Thibaut, Ciné Pop-Corn : Le cinéma de genre (15'), Ciné Pop-Corn : La Dernière femme sur Terre (15').

 
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