MALVEILLANCE
Mientras duermes - Espagne - 2011
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Image de « Malveillance »
Genre : Thriller
Réalisateur : Jaume Balaguero
Musique : Lucas Vidal
Image : 2.35 16/9
Son : Espagnol et français DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 101 minutes
Distributeur : Wild Side Vidéo
Date de sortie : 6 juin 2012
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Malveillance »
portoflio
LE PITCH
César est un gardien d’immeuble toujours disponible, efficace et discret. Disponible pour s’immiscer dans la vie des habitants jusqu’à les connaître par coeur ; discret quand il emploie ses nuits à détruire leur bonheur ; efficace quand il s’acharne jusqu’à l’obsession sur Clara, une jeune femme insouciante et heureuse…
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L'art des ténèbres

Moins bruyant que des zombies vociférant et gerbant leurs tripes, César fait peur simplement parce qu'il se glisse sous le lit des filles la nuit. Une peur primitive, un comportement malade qui pourtant fascine, amuse, inquiète... Et un film qui se révèle un monstre d'intelligence.

 

Entré dans la cour des grands, ou en tout cas désormais connu dans le monde entier grâce aux deux premier Rec (plus le temps passe et plus les bonnes idées semblent être entièrement de son crédit), le catalan Jaume Balaguero commençait à sentir une certaine fatigue vis-à-vis d'une approche documenteur, fun, jubilatoire, mais à la construction assez brute et directe. Comme une réponse à l'invasion zombie, il a donc mis en boîte ce Malveillance, thriller d'apparence sobre, qui utilise à nouveau le décor d'un hôtel privé de Barcelone, mais avec une mise en scène plus caressante. Exit la caméra numérique qui tremble, les hurlements primaires, les giclées de sang et la construction façon roaller-coaster, « Pendant que tu dors » (superbe titre original) évoque de manière subtile les grands thrillers instigués par Hitchcock (Psychose encore et toujours), puis dépravés par Roman Polanski (Le Locataire). Tout ici repose non pas sur un scénario habile certes, mais qui en des mains quelconque aurait sans doute abouti à un petit film anecdotique. Lorsque Balaguero suit les petites crasses journalières que fait subir César (Luis Tosar confirme son statut de plus grand acteur ibérique du moment) aux habitants de l'immeuble, et en particulier à la jolie Clara ; lorsqu'il décortique lentement son petit train-train du parfait sociopathe, des relations trompeuses avec la clientèle, il installe par un tour de passe-passe quasiment invisible une collusion malsaine entre ce dernier et le spectateur.

 

La place du mort

 

Dans une série TV comme Dexter, cette connivence naît par la nature troublée du personnage, sa part positive refoulée, voire même son charisme. Dans Malveillance elle est d'autant plus perturbante qu'elle concerne un personnage inexcusable, un être malade, manipulateur et odieux par excellence, un grand méchant loup sadique. Il ne vient pas croquer ses victimes, mais se nourrir de leur malheur, leur faisant perdre peu à peu tout espoir, toute joie. Constamment mal à l'aise, le spectateur n'est même plus l'arbitre, mais presque l'enjeu de cette partie aux dés pipés qui voit s'affronter César (le mal donc) et la jeune et jolie fille, radieuse Marta Etura, sublime dans sa fraîcheur et sa fragilité. Son voyage est un véritable calvaire, un viol total, mais qui n'est jamais le point d'ancrage du suspense, le cinéaste préférant le faire glisser vers la réussite de l'entreprise de César. Aussi jubilatoire qu'incommodant. Avec son scope aussi somptueux qu'intime, ses désamorçages du point de vue, son détournement culotté de certains codes de la comédie romantique (l'ouverture, chansons rétro, quiproquos), un humour noir terriblement tranché, Malveillance est un film d'une cohérence et d'une construction implacable. Raconté autant sur le ton du drame, du film d'horreur que de la fable burlesque (un petit côté Mes Chers Voisins d'Alex de la Iglesia), ce bijou d'une rare finesse se dirige tranquillement vers un final terrifiant, terriblement immoral surtout, mais avec lequel nous serons tous un peu complices. Car oui, Balaguero va encore et toujours jusqu'au bout de ses idées malades...

Nathanaël Bouton-Drouard












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Image :
On serait sadique, on dirait qu'on attend impatiemment le jour où l'on pourra s'énerver sur une copie HD passable éditée par Wild Side Vidéo. Malheureusement (allez, heureusement), une fois encore, le travail de l'éditeur démontre un respect immuable pour l'œuvre distribuée. La compression du film est d'une précision redoutable, permettant d'exposer une copie virginale où resplendit le travail lumineux de la photographie. Les couleurs sont bien tenues, l'image assure un naturel impeccable et les noirs imprègnent à merveille le cadre. Que ce soit en pleine lumière ou dans les séquences nocturnes, le master ne fait pas des miracles, il fait juste son job à la perfection.

 

Son :
Malveillance n'est pas Rec et n'explose pas ainsi les possibilités tonitruantes d'un DTS-HD Master Audio 5.1. Il travaille cependant sa dynamique avec une grande minutie, restituant délicatement les ambiances naturelles, jouant avec parcimonie sur certains effets de bruitages pour mieux alourdir ses consonnances au fil du long-métrage. Le tout est parfaitement équilibré, limpide et totalement idéal pour souligner la réussite du film. Bien entendu, cela s'expérimente de préférence en espagnol.

 

Interactivité :
Fini le temps des petites featurettes, depuis le succès des deux Rec, Jaume Balaguero a le droit désormais à d'imposantes éditions. A l'instar de cet énorme documentaire, bien plus long que le film, qui décortique point par point les enjeux du scénario, le travail avec les acteurs, les décors, la musique, les bruitages, la lumière, les cadrages, le rythme.... Tout est largement exposé avec le concours de l'équipe du film et bien entendu d'un Jaume Balaguero toujours aussi bavard. Le documentaire est certes parfois un peu long dans sa volonté de tout montrer, d'étoffer chaque angle, chaque détail, mais il se révèle particulièrement passionnant pour les cinéphiles en herbe.
Cet exhaustivité n'a pourtant pas empêché Wild Side de se concocter un bonus exclusif sous la forme d'une interview complète du cinéaste. Allongé sous un lit (amusant), il répète au départ quelques propos déjà entenduss dans le making of, mais rapidement se concentre sur sa vision du long-métrage, ses questionnements, sa recherche d'équilibre entre fable, réalisme, comédie et tragédie, et évoque quelques hésitations bien légitimes. Passionnant de bout en bout, ce bonus n'est pas une mise à nu, mais un strip-tease éloquent.
La section bonus s'achève sur une petite sélection de scènes coupées. Si la légitimité de leur mise à l'écart ne souffre aucun débat, elles permettent tout de même de montrer quelques pistes scénaristique écartées, ou en tout cas laissées dans l'ombre : une précédente victime de César qui quitte l'immeuble, Clara qui l'entrevoit avant de sombrer dans le sommeil, d'autres victimes de ses petits vols...  Belle édition en tout cas.

 

Liste des bonus : Copie numérique,  « Le Lit du mal » (26'), Making of (105'), Scènes coupées (12'), Bandes annonces.

 
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