CANDYMAN
Etats-Unis - 1992
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Candyman »
Genre : Horreur
Réalisateur : Bernard Rose
Musique : Philip Glass
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0, Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 99 minutes
Distributeur : ESC Distributions
Date de sortie : 15 juin 2022
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Candyman »
portoflio
LE PITCH
Helen Lyne, une étudiante, décide d'écrire sa thèse sur les mythes et légendes locales. C'est en visitant une partie de la ville inconnue qu'elle découvre la légende de Candyman, un homme effrayant qui apparait lorsqu'on prononce cinq fois son nom en face d'un miroir. Helen, pragmatique, choisit de ne pas croire à l'existence de Candyman. Mais son univers bascule dans l'horreur quand une série de meurtres horribles commence...
Partagez sur :
sweets to the sweet

Pas moyens de passer à côté de Candyman lorsqu'il est question d'adaptations de l'illustre Clive Barker, tant le film est considéré comme la transposition la plus réussie de ses écris. Impossible non plus de passer à côté lorsque le sujet vient à se poser sur la figure du croquemitaine moderne. Et pour cause.

 

Film totalement inattendu au début des années 90, Candyman est sans aucun doute un petit miracle à lui tout seul. Adapté d'une nouvelle presque théorique, ou en tout cas vaporeuse de Clive Barker (The Forbidden) autour du concept de la légende urbaine, le film aurait pu rapidement devenir, avec son croquemitaine iconique, un simple slasher du samedi soir pour ados en recherche de sensations fortes. Candyman aurait pu n'être qu'un sous-Freddy de plus, remplaçant (admirablement certes) les griffes par un crochet de boucher, les brûlures par un essaim d'abeilles logé dans sa cage thoracique. Mais ne serait-ce que par ses origines, la créature incarnée par un impeccable Tony Todd (rien que sa voix...) dépasse les attentes en s'inscrivant dans une légende du martyr, celle d'un artiste noir massacré par quelques riches sadiques blancs qui ne voyaient pas d'un bon œil sa romance avec une jolie blonde de leur rang. Loin de poursuivre les descendants de son supplice, Candyman hante le quartier pauvre où il est né, habitant les rumeurs, personnifiant les crimes nés de la misère, de la drogue et de la ségrégation contemporaine.

 

In the flesh

 

Alors auteur d'un méconnu mais fascinant Paper House, Bernard Rose s'attache tout particulièrement à éclairer cette réalité sale et triste (le tournage dans un quartier entièrement délabré crédibilise la démarche), en suivant l'enquête de Helen (bouleversante Virginia Madsen) avec une discrétion louable, préférant faire éclater sa blondeur immaculée sur les bâtiments gris ou recouvert de tags, plutôt que de jouer les réalisateurs trop malins. En l'occurrence, Rose fait surtout preuve une intelligence sidérante dans sa lente montée en tension, faisant passer le récit d'une illustration quasi-documentaire, d'une peinture urbaine détaillée, à un film d'horreur brutal, dérangeant. Mais il tend aussi et surtout vers un ésotérisme étonnant, montrant par quelques effets spéciaux efficaces et une caméra qui se fait de plus en plus fluide la création d'une nouvelle mythologie, d'une nouvelle légende urbaine (rappelant celle de la « vraie » Bloody Mary). Ou quand un concept impalpable devient corps. Maîtrisé de bout en bout, Candyman est sans aucun doute l'un des plus grands films d'horreur modernes, imprimant dans la mémoire collective l'image d'un boogeyman sadique mais aussi et surtout foncièrement tragique, voire romantique, dont le souvenir se propage au son d'une sublime bande originale de Philip Glass. Le compositeur de musique conceptuelle, minimaliste et entêtante, transcende ici quelques notes de piano, les voix lointaines d'un chœur restreint, les sonorités d'un synthé désincarné ou d'un orgue d'église pour créer séquence après séquence un opéra baroque et mélancolique absolument inoubliable. Une œuvre cinématographique sophistiquée, adulte et trente ans après sa sortie toujours aussi terrifiante.

Nathanaël Bouton-Drouard







Partagez sur :
 

Image :
Le premier Bluray proposé en 2019 par ESC avait déjà largement réparé l'impair du honteux bluray bazardé par Universal aux débuts du support HD. Reprenant le même master 4K et la même restauration extrèmement soignée, le disque UHD en impose encore plus aisément les nombreuses qualitées. Celle-ci est parfaitement équilibrée et respectueuse du grain cinéma, qui prédomine tout du long mais avec rendu organique et délicat assez admirable. Les contrastes sont joliment appuyés et les couleurs sont d'un naturel indiscutable. Sur les nombreux plans aériens de la cité délabrée de Cabrini Green, la précision de la définition et la profondeur de champs font des merveilles. Même les quelques rares plans réinstaurés d'une source légèrement plus abimées s'intègrent parfaitement dans l'ensemble, dépassant sans vergognes le moindre soucis qu'aurait pu causer les séquences les plus sombres. Splendide.

 

 


Son :

La version française pose problème, c'est un fait. Malgré un doublage réussi, les effets se font rares et la réverbération qui accompagne les interventions du Candyman rendent ses dialogues incompréhensibles. Seule la musique totalement hypnotique de Philip Glass tire son épingle du jeu. Dès lors, le choix de la version originale ne se pose même plus, avec une nette préférence pour le mixage stéréo original, moins artificiel que le 5.1.

 

 


Interactivité :

L'édition UHD en présence laisse le film seul sur son disque, reprenant ensuite assez logiquement la galette déjà exploitée pour donner accès aux bonus. On y retrouve d'ailleurs certains des bonus produits par l'éditeur britannique Arrow, à commencer par des interviews récentes de Virginia Madsen, Tony Todd et le trio en charge des effets spéciaux de maquillage (Bob Keen, Mark Coulier et Gary J. Tunnicliffe). Soit un total de 30 minutes riches en anecdotes croustillantes. Dommage que la featurette sur la direction artistique du film et la création des impressionnants graffitis de l'antre du boogeyman soit passée à la trappe. On garde par contre les trois courts-métrages de jeunesse du réalisateur Bernard Rose tournée entre 1975 et 1977 et présentés dans des conditions optimales eu égard à des sources variables (super 8 et 16 mm, couleur et noir et blanc). Le cinéaste en herbe y faisait déjà preuve d'une réelle aptitude à marier images et musique, symbolisme et subjectivité. Des archives précieuses. Mais ESC ne s'est pas contenté de piocher chez son concurrent d'outre-Manche et a décidé de recycler l'interactivité de la très solide édition DVD de 2006 avec deux featurettes correctes (en SD upscalée), la comparaison film/storyboard et le commentaire audio à plusieurs voix bricolés à partir d'interventions diverses de Bernard Rose, Clive Barker, Virginia Madsen, Kasi Lemmons, Tony Todd et le producteur Alan Poul. Au rayon des exclusivités, enfin, l'éditeur ne s'est pas tourné les pouces et, outre le traditionnel livret de l'inusable Marc Toullec, il n'est pas interdit de se régaler de la longue et passionnante analyse croisée du film par deux journalistes de Mad Movies, et du portrait érudit de Philip Glass par Olivier Desbrosses, le rédacteur en chef d'Underscores.


Liste des bonus : Commentaire audio avec le réalisateur Bernard Rose / Entretien croisé avec les journalistes et critiques Laurent Duroche et Alexandre Poncet (34 min.) / Entretien avec Olivier Desbrosses à propos de Philip Glass (17 min.) / 3 courts-métrages du réalisateur Bernard Rose : A bomb with no name on it (4 min.), The Wreckers (6 min.), Looking at Alice (27 min.) / Storyboards (7 min.) / Be My Victim : entretien avec l'acteur Tony Todd (9 min.) / It Was Always You : entretien avec l'actrice Virginia Madsen (13 min.) / Forbidden Flesh : effets spéciaux de maquillage de Candyman et entretien avec Bob Keen, Gary J. Tunnicliffe et Mark Coulier (8 min.) / Le Mythe de Candyman (24 min) / Bande annonce originale / Clive Barker : un créateur d'enfer (11 min).

 
Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2022