LE SAMOURAï
France - 1967
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Le Samouraï »
Genre : Policier
Réalisateur : Jean-Pierre Melville
Image : 1.85 16/9
Son : Français HD Mono
Sous-titre : Aucun
Durée : 105 minutes
Distributeur : Fox Pathé Europa Home Entertainment
Date de sortie : 7 décembre 2011
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Le Samouraï »
portoflio
LE PITCH
Jef Costello est un tueur à gages solitaire et taciturne. A la suite d’un contrat, il abat froidement le patron d’un club de jazz parisien. Malgré un alibi implacable, Jef se retrouve vite suspect numéro un. Dès lors, le prédateur devient proie, soudainement pris en chasse par un commissaire opiniâtre et ses propres employeurs, désireux de l’éliminer. Une traque tendue, physique et glaciale prend forme dans les rues de la capitale, tandis qu’au cœur de la nuit s’esquisse la tr...
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Le règne de l'épure

Au sujet de Jean-Pierre Melville, les langues se délient. Issu d'une famille juive alsacienne, cet ancien résistant, colérique et difficile d'accès, au parlé singulier, à la dégaine étrange et souvent affublé d'un imposant Stetson, entra dans le monde du cinéma par la grande porte.

 

D'abord affilié aux « zébulons » de la « Nouvelle Vague », le cinéaste va rapidement dessiner sa propre trajectoire, à la fois classique et terriblement novatrice. Classique, dans le sens où son œuvre entière semble gravée à même la rocaille antique. Dès ses premiers films, Melville impose un style cinématographique unique, dominé par l'épure narrative et stylistique. Du côté de la modernité, on retiendra sa manière bien spécifique d'orchestrer ses thèmes, héritée du cinéma américain qu'il contribua à transfigurer « à sa sauce ». Il fut l'un des chantres du minimalisme. Les décors sont magnifiquement dépouillés, grisâtres et minéraux. Ses héros, masculins et affublés des codes vestimentaires de la virilité (« impers » parfaitement coupés, couvre-chefs joliment vissés, revolvers scintillants, cigarettes et volutes), composent des archétypes immuables dont l'âme bouillonnante se trouve camouflée sous les masques et le cérémonial de la mythologie urbaine. De Jean-Paul Belmondo dans Le Doulos à Lino Ventura dans Le Deuxième Souffle, sans bien évidemment omettre Alain Delon, son double artistique (avec qui il tournera trois de ses derniers, et plus beaux, films), les êtres que Melville met en scène semblent dirigés par une force intérieure extirpée d'une légende millénaire. Et comme toujours dans ce cas-là, la mort, cette sordide faucheuse, plane, menaçante et inéluctable, au dessus de leurs crânes. Jamais Le Samourai ne déroge à la règle.

 

cinema composite

 

Le film débute avec une citation du « Bushido », le livre-guide des samouraïs nippons. Il y est question de tigre esseulé traqué en pleine jungle. Sauf qu'ici, la jungle devient la ville et ses recoins ombreux, ses impasses, ses arcanes métalliques et ses coupe-gorges. Rythmé par les lancinants riffs de saxophone du compositeur François de Roubaix, l'errance filante et tragique de Jef, si élégante bête fauve brusquement prise en chasse, nous illumine, nous éblouie littéralement. Alain Delon, sublime, habite l'espace, imprègne chaque plan de sa grâce animale : on ne répétera jamais assez à quel point ce comédien excella dans les arts du mouvement et de la gestuelle. Il n'est jamais aussi bon que quand il ne dit mot. Avec son regard de félin, fermement dissimulé sous un chapeau-refuge, Jef met tout en jeu pour éviter le trépas. Mais à quel prix ? Le flic collé à ses basques n'est pas là pour plaisanter (génial François Perier à la ténacité exemplaire), à l'image des cadors de la pègre pour qui Jef devient le témoin gênant. La carte à abattre. Rameutant dans une même gigue la police et les gangsters, Le Samourai ressemble à une intense ligne furtive, une dérive existentielle, lancinante et quasi-spectrale, qui se conclue par un coup de feu létal, sous les stroboscopes miroitants et aveuglants d'une boîte de jazz. 

 

une affaire de filiations

 

Chef d'œuvre instantané lors de sa sortie, en 1967, Le Samouraï bénéficie depuis d'un statut d'œuvre culte. Il s'agit d'une matrice : le point de départ d'un cinéma policier revisité. Bon nombre de metteurs en scène, aux quatre coins du globe, admirent le travail de Jean-Pierre Melville, vénèrent sa thématique. L'illustre Martin Scorsese n'a jamais cessé de clamer la pureté artistique de ses plans, Quentin Tarantino a longtemps affirmé que son turbulent Reservoir Dogs se calait dans une continuité évidente. D'autres cinéastes ont même littéralement copié, reproduit, voire optimisé les motivations créatrices de l'auteur, mais toujours avec honneur et pudeur. Du côté de Hong Kong, on évoquera bien sûr John Woo qui, depuis The Killer, se qualifie comme l'un de ses disciples directs. Plus récemment, Jim Jarmusch lui a rendu hommage dans son vibrant Ghost Dog et l'immense Michael Mann s'est imposé comme l'un de ses plus éminents « rejetons ». A chacun de ses longs-métrages, Mann illustre un peu plus de la prose « melvilienne », mais en y surexposant une ampleur technologique toute américaine. De Heat à Miami Vice, de Collateral à Public Enemies, les élans cinématographiques sont les mêmes : on y retrouve la solitude comme moteur scénaristique, un affect-frère pour les ambiances citadines, les règles inviolables régissant à la fois la pègre et les forces de l'ordre, une identique froideur des comportements et des décors, une rareté voire une absence des personnages féminins (femmes souvent utilisées comme des étapes à franchir, des obstacles à « laisser en plan » ou pis encore, le déclencheur d'une mort certaine) et l'omniprésence de la violence et de la tragédie. On l'aura compris, le cinéma de Jean-Pierre Melville a laissé et laisse encore une empreinte ineffaçable, semblable à un diamant brut dont la magnificence demeure intacte. Solide comme un roc.  

Gabriel Repettati











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Image : 
Chapeau bas, la netteté du transfert haute-définition laisse baba. Pathé a développé un nettoyage en règles de la pellicule originale L'encodage décuple son attirail numérique et on se surprend à redécouvrir certaines séquences. Les noirs et les gris (couleurs maîtresses du cinéaste) se dessinent avec style. Les lieux-clés, à savoir le club, le poste de police et la chambre-antre de Jef Costello où loge un oisillon prisonnier de sa cage, nous rappellent le goût de Melville pour les décors recrées au sein des fameux studios parisiens qu'il contrôlait d'une main de fer. Quant aux plans extérieurs, ils paraissent renaître sous nos yeux ébahis : rues pluvieuses, couloirs obscurs, passerelles d'acier, escaliers labyrinthiques... Rien n'est laissé au hasard.   

 

Son :
On se contentera d'un Français HD Mono correct. De toute manière, peu importe. Le cinéma de Melville est dominé par le silence, les moues introspectives, les poses figées, les respirations de jaguars aux aguets, le frôlement des corps en cavale et le crépitement occasionnel des armes. Les rares dialogues gagnent alors en beauté. Théâtraux, archétypaux (une fois de plus), ils contribuent au vernis ancestral et mythologique de l'ensemble.  

 

Interactivité :
Bien bel objet de collection que voilà. Bénéficiant d'un coffret-double cartonné, le blu-ray et le DVD sont accompagnés d'un livret de 32 pages, signé Jean-Baptiste Thoret, qui revient sur les influences et les thèmes phares du cinéaste. Les photos de tournage tirées sur papier glacé amplifient le culte qu'exerce le film, encore aujourd'hui. Du côté des bonus, on trouve la bande-annonce originale, une interview de Delon datant de 1967 et durant laquelle l'acteur prône son admiration sans failles pour Melville. Cette union créative bénéficie même d'un documentaire exclusif consacré à la relation, presque familiale, qu'entretenaient les deux hommes sur les écrans comme dans la vie. Et pour clore ce fort sympathique programme, rien de moins qu'un entretien avec Melville « himself » se définissant comme un « montreur d'ombres ». Mot de la fin, c'est certain.  

Liste des Bonus : DVD du film, livret Disparaître de son vivant de Jean-Baptiste Thoret (32 pages), documentaire Melville-Delon : de l'honneur à la nuit (20'), interview d'époque d'Alain Delon (INA), interview de Jean-Pierre Melville au JT de 20h, lors de la sortie du Samourai en 1967 (INA)

 
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