SCARFACE
Etats-Unis - 1983
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Scarface »
Genre : Thriller
Réalisateur : Brian de Palma
Musique : Giorgio Moroder
Image : 2.35 16/9
Son : DTS HD Master Audio 7.1 anglais, DTS 2.0 français, anglais, allemand…
Sous-titre : Français, anglais, allemand…
Durée : 150 minutes
Distributeur : Universal
Date de sortie : 6 septembre 2011
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Scarface »
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LE PITCH
Au printemps 1980, le port de Mariel Harbor fut ouvert aux milliers d’immigrants venus chercher le fameux « rêve américain ». L’un d’eux trouva le long des avenues baignées de soleil de Miami… richesse, pouvoir et passion au-delà de ses espoirs les plus fous. Le prix du rêve : le sang et la drogue. Il s’appelait Tony Montana. Le monde se souviendra de lui sous un autre nom… Scarface.
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The world is F*** !

Al Pacino au sommet, Brian De Palma en pleine explosion, Oliver Stone en ascension et une sublime Michelle Pfeiffer dans son premier grand rôle... Scarface c'est tout cela, et beaucoup plus encore.

 

Cinéaste cinéphilique et ultra-visuel par essence, Brian De Palma n'est au final jamais aussi passionnant que lorsqu'il tente de se glisser dans le moule d'un autre. Une opération souvent douloureuse, où les coutures craquent, où l'univers original de la « licence » est remodelé, défiguré, pour aboutir à un monstre d'une virtuosité unique et un film de genre qui marque le temps de son emprunte. En l'occurrence, le réalisateur bourru et peu sociable aura réussi ce petit miracle à trois occasion : Mission : Impossible (modèle du thriller des années 2000), Les Incorruptibles (dernier grand film sur la prohibition) et bien entendu un certain Scarface. Deux ans après avoir rendu un hommage ébouriffant a Antonioni avec l'hypnotique Blow Out, De Palma s'attaque ainsi à un grand classique du film de gangsters des années 30, vision ultra-violente (pour l'époque) et définitivement fataliste concoctée par un Howard Hawks rageur. Du film noir aux ruelles colorées, lumineuses mais vérolées de Miami, il y a un pas immense que De Palma franchit sans regarder en arrière, ne gardant de son modèle qu'une tension barbare et le gimmick de la cicatrice, rendant visible la fêlure mortifère.

 

Pulsions

 

Plus qu'à Hawks, le réalisateur de Carrie songe manifestement ici à son mentor Hitchcock (énième détournement de la scène de douche avec tronçonneuse avec faux plan-séquence pour contraster avec le sur-découpage de la scène de Psychose) ou encore à Sam Peckinpah, en particulier lors d'un final d'une sauvagerie délirante, entre furie meurtrière, coke et horde sauvage. Une violence fulgurante, à l'échelle de la folie du personnage, qui permet au réalisateur d'explorer ses pulsions les plus sanglantes (dingue de voir les similitudes entre la photographie du long-métrage et celle d'un Dario Argento) à grand renfort d'une palette de couleurs tour à tour flamboyante, élégante et criarde. Une vision cathartique des années 80 en somme, vive, électrique, mais qui laisse poindre sous le vernis du luxe une décadence annoncée... Michael Mann avait beau avoir sorti sur les écrans son premier long-métrage Thief (Le Solitaire) deux ans plus tôt, cette explorations truande du monde de la drogue contient tous les signes annonciateur de la future série Miami Vice, musique disco et synthétique (Giorgio Moroder / Jan Hammer même combat) comprise.

 

Greed is good


Mais aussi brillante que soit la mise en scène de Scarface, enchaînant sans temps morts les séquences anthologiques, il semble impossible de ne pas noter la personnalité envahissante du jeune scénariste Oliver Stone. Alors déjà célébré pour son travail d'écriture sur Midnight Express ou Conan Le Barbare, il entame ici le véritable début de sa carrière, jouxtant ce film de gangsters nouvelle génération avec un parallèle contemporain et politique (l'exode des évadés cubains), et en profitant pour troubler déjà l'imagerie du rêve américain. L'imposant Al Pacino devient dès lors un outil scénaristique de pointe (malgré un accent improbable), le comédien incarnant un Tony Montana en quête d'American Dream par opposition à la persécution communiste, mais dont la réalité ne devient qu'une avidité dévorante, le faisant sombrer dans la paranoïa, la solitude et la folie. Le futur d'un pays lancé sur le capitalisme à outrance se dessine brillamment par cette trajectoire « gloire et décadence » (que l'on retrouvera dans Wall Street, L'Enfer du dimanche, Alexandre, Nixon...) ; le pauvre arriviste a beau accumuler des sommes d'argent sale colossales, il reste pour tous un plouc sans goût ni culture. Un sens que beaucoup n'ont toujours pas compris, persuadés de voir en Montana le summum du dealer classieux, alors que tout chez lui relève du pathétique presque comique. Scarface ? Une somptueuse tragicomédie.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Au vu du statut méchamment culte et intergénérationnel du long-métrage, Universal se devait clairement de réussir à faire oublier l'âge même du film en nettoyant le plus sérieusement du monde un master déjà remanié avec brio les années passées pour son arrivée en DVD. Un nouveau repassage a été effectué ici, faisant définitivement disparaître les dernières cicatrices, et par la même occasion quelques plans neigeux dus à un tournage parfois en sous-exposition (voir les séquences de nuit ou dans les night clubs). Mais cela ne se fait pas sans heurts puisque l'éditeur a manifestement tenté de tricher en jouant sur le réducteur de bruit et la tenue des couleurs. L'une des séquences de boîte de nuit se perd désormais dans un immense flot lumineux rouge, tandis que les anciennes variétés de noirs (cheveux, arrières plans, ciel) se perdent désormais dans un seul et unique aplat. Du coup les noirs sont aussi profonds que de l'encre de chine, les rouges d'une puissance remarquable, mais on perd clairement en détails. Ce n'est heureusement pas le cas partout, puisque la majorité du film (dans la pleine lumière de Miami) impressionne par la richesse de la palette colorimétrique, la profondeur de champ inédite et un piqué incroyable. Bref, autant il est indéniable que le film n'a jamais été aussi somptueux, autant certains choix risquent d'en agacer quelques uns. Enfin, petit miracle du support : malgré la présence de nombreux bonus et d'une piste sonore gourmant en espace, la compression est invisible. 

 

Son :
Gros risque que de remanier à outrance la piste sonore de Scarface, film volontairement marqué par les années 80. Mais si l'ajout de deux sources supplémentaires avec une étendue 7.1 au DTS-HD Master Audio de circonstance, force est de constater que le résultat est emballant. Tout en préservant la tonalité originelle dans la restitution des dialogues ou de la musique, le mixage développe une sensation enveloppante inattendue (vagues qui s'échouent au loin, radio qui crépite, passants...) et au rendu des plus naturels. Les changements d'ambiances sont rendus à la perfection, et la piste sait se montrer particulièrement agressive pour accompagner les mitraillettes, grenades et autres tronçonneuses. Mais si certains pourraient s'émouvoir de voir disparaître le mixage d'origine, l'éditeur n'a pas oublié de le glisser sous la forme d'un Dolby Digital 2.0 tout aussi limpide.

 

Interactivité :
Les nombreux cinéphiles qui possèdent depuis longtemps déjà l'édition DVD collector (ou Platinum qui suivit) vont retrouver sans grande surprise l'intégralité des (très bons) bonus produits alors. Un long documentaire et une poignée de featurettes s'intéressent tour à tour à la gestation du film, la version (terriblement) censurée pour la télé américaine, les quelques liens avec le classique d'Howard Hawks, le travail d'Al Pacino, le phénomène, le scénario... Et on en passe, puisque clairement l'ambition ici est de braquer les projecteurs sur tous les aspects du long-métrage sans oublier au passage des documents d'époque, une dizaine de scènes coupées (la précision du montage de De Palma n'est plus à prouver) et un inutile making of sur le distrayant Scarface The World is Yours, jeu vidéo sorti en 2006. Une bonne durée et une quasi-constante pertinence qui se voient aujourd'hui complétées par l'option U-control d'Universal. Si l'on peut passer sur le décompte des balles tirées à l'écran (oui c'est amusant, mais bon), la seconde utilisation est bien plus emballante avec une bonne série d'interventions en Picture in Picture qui continuent d'approfondir l'analyse, autant cinématographique que socioculturelle. Forcément certains documents ont déjà été vus dans les documentaires précédents, mais le tout est suffisamment bien fait pour que l'on passe l'éponge. Reste maintenant à remarquer une absence plus que notable dans la grosse mallette collector proposant de bon vieux goodies (BO, cartes, pince à billets) : le Scarface original en DVD, pourtant proposé pour le même prix dans l'édition américaine HD et offert en son temps dans son homologue français DVD. Vraiment dommage.

 

Liste des bonus : U-Control, Accès BD-Live, Fonction pocket BLU, Le phénomène Scarface (39'), Scènes coupées (22'), Le monde de Tony Montana (12'), La renaissance de Scarface (10'), Les acteurs (15'), La création (30'), Scarface, version télé (3'), Making of du jeu vidéo (12'), Bande annonce

 
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