SUCKER PUNCH
Etats-Unis - 2011
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Sucker Punch »
Réalisateur : Zack Snyder
Musique : Tyler Bates
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais en DTS-HD Master Audio, Français et divers en DD 5.1
Sous-titre : Français, Anglais et Divers
Durée : 110 minutes
Distributeur : Warner Home Video
Date de sortie : 18 août 2011
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Sucker Punch »
LE PITCH
Une jeune femme internée à tort et martyrisée par le personnel de l'asile s'évade dans un monde imaginaire...
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Super Girls

Que Zach Snyder soit fou, passe encore. Après tout, n'est-ce pas la définition même d'un artiste ? Qu'un gigantesque studio hollywoodien adhère à un projet aussi décalé voire suicidaire que Sucker Punch, c'est une tout autre histoire.

 

On comprend mieux le pourquoi du feu vert en jetant un œil inquisiteur sur le catalogue plus ou moins récent de ladite major, Warner Bros ayant financé au cours des quinze dernières années des longs-métrages aussi engagés et iconoclastes que de Mars Attacks !, V pour Vendetta, Matrix Reloaded, Happy Feet (si vous riez sans l'avoir vu... voyez-le) ou Inception. Aussi iconoclastes que 300 et Watchmen aussi, tous deux portés à l'écran par la caméra contemplative de Snyder. Conquis au point de lui confier, en accord avec son autre poulain Christopher Nolan, l'une de ses franchises les plus prestigieuses (soit Superman, dont la sortie est envisagée pour fin 2012), le studio accepte courant 2009 d'investir plus de 80 millions de dollars dans le tout premier scénario portant la signature de Snyder. Les visions ubuesques parsemant la narration, légitimées par les délires d'une héroïne en froid avec la réalité, auront sans doute mis l'eau à la bouche aux pontes. Mais s'attendaient-ils vraiment à « ça » ?

 

Réalité augmentée

 

De fait, au-delà de ses incohérences injustifiables (notamment le choix d'attribuer des rêves de garçon à des girls pure souche, ou de convoquer des imageries très XXIème siècle alors que l'intrigue est censée se dérouler dans les années 50), Sucker Punch est un blockbuster autodestructeur. Impliquant de son public une adhésion émotionnelle à retardement, pour ne pas dire rétrospective, le film dévoile ses mystères avec une froideur assez inattendue ; une froideur assumée par Snyder lui-même, qui met en exergue dès son premier acte (passée une ouverture absolument prodigieuse, à la noirceur étouffante et à la beauté rare), la supercherie des visions de son héroïne. La distance entre le public et la pellicule est dès lors immédiate, et ce n'est qu'en méditant sur les implications réelles des scènes de « danse » (le niveau de réalité entrecoupant les scènes d'action fantasmagoriques n'a de fait rien de réel, les vrais évènements étant laissés à l'imagination du spectateur) que l'on commence à saisir l'horreur de la situation. En gros, c'est un peu comme si Christopher Nolan avait omis de décrire le monde réel avant de plonger dans les niveaux et sous-niveaux oniriques de son Inception !

 

Petit Papa Noël

 

Pour dissimuler ses ambitions quasi-Cronenbergiennes (certains thèmes abordés entre les lignes évoquent clairement l'auteur de Faux Semblants et des Promesses de l'ombre), Snyder fait un choix totalement aberrant - et donc passionnant : celui d'orchestrer des allées et venues perpétuelles entre des iconographies supposément immariables, jusqu'à les entrechoquer dans le simple but de savoir si son œuvre en ressortira indemne. On trouve ainsi dans le ragoût de Sucker Punch une sacrée dose de Burlesque (le cinéaste se paie d'ailleurs le Marius de Vries de Moulin Rouge pour réorchestrer une sélection de chansons célèbres, plaquées à l'action comme s'il s'agissait d'une comédie musicale), un discours pour le moins provocateur sur les armes, quelques pincées d'Heroic Fantasy (des orcs et des dragons répondent présents), une poignée d'uchronie, un assaisonnement de SF Hardcore... Se permettant toutes les folies, comme un gosse s'incrustant dans les réserves de jouets du Père Noël, Snyder ose l'impossible. Les quatre scènes d'action qui ponctuent le récit sont ainsi tout aussi injustifiées que totalement hallucinantes, notamment une bataille rangée entre nos gentilles amazones et des soldats zombifiés dans les tranchées d'une Première Guerre Mondiale à la Mike Mignola, ou encore un plan-séquence atomique de cinq longues minutes durant lequel les héroïnes démastiquent une escouade de robots dans un train futuriste, voguant dans les cieux d'une planète lointaine. Prises dans l'ensemble, telles les scènes clés d'un film pornographique au scénario prétexte, ces morceaux d'anthologie peuvent dérouter. Consommés séparément, dans toute leur lisibilité (plans larges à foison), leur ampleur orgiaque et leur élégance (les ralentis de Snyder n'ont jamais aussi bien fonctionné), ils constituent juste quelques minutes parmi ce que le cinéma d'action nous a donné de plus spectaculaire depuis... Depuis quand ?

 

VERSION LONGUE :

Rallongé de 17 minutes, le nouveau montage disponible en Blu-ray ne redéfinit pas réellement le film, mais agrémente tout de même sa narration de ruptures de ton étonnantes (voir l'excellente scène du show, aperçue jadis en générique de fin), quand il ne rallonge pas copieusement les séquences d'action (notamment avec le dragon). Plus noir, le film insiste davantage sur l'exploitation sexuelle des résidentes de l'asile, ce qui laisse à croire que les pontes de Warner furent quelque peu effrayées par ce Director's Cut à quelques semaines de la sortie en salles, et décidèrent de l'expurger au maximum. Auto-censure, quand tu nous tiens...

Alexandre Poncet

 

 

 

 

 

 

 

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Image :

Amateurs d'image cristalline, préparez-vous à souffrir. Non pas que Warner ait étrangement saboté le master de l'une de ses sorties majeures de 2011 au format Blu-ray, mais les choix esthétiques de Zack Snyder ne leur auront à l'évidence pas mâché le travail. Grand amoureux du grain propre au Septième Art. Au point qu'à la manière de Steven Spielberg (au hasard, sur Minority Report et La Guerre des Mondes), le cinéaste commande à son directeur de la photographie une image parfois proche du pointillisme. Il y a ainsi du grain à peu près partout et dans tous les plans de Sucker Punch, ce qui ne signifie aucunement que le film soit moche en Blu-ray. Au contraire, l'intégration des effets digitaux y gagne considérablement, la colorimétrie est puissante, de même que les contrastes et les ombres.

 

Son :

Le DTS-HD Master Audio fait très mal par où il passe, les guitares électriques prenant parfois le pouvoir de la bande sonore, notamment lors des séquences d'action. Reste que le mixage se tient parfaitement d'un point de vue technique et, à un volume savamment dosé par le spectateur, chaque élément trouve sa place sans mordre sur les autres : les chansons sont judicieusement disséminées dans la matrice 5.1, les bruitages affluent de toute part, les voix ont un grain convaincant... Preuve qu'on peut être subtil avec des sources aussi bourrines.

 

Interactivité :

Ce n'est pas parce que le support Blu-ray permet un rapprochement certain entre le visionnage du film et des suppléments que les éditeurs doivent oublier une approche plus classique de l'interactivité. Certes, le Maximum Movie Mode de Sucker Punch (uniquement disponible sur la version longue) propose à boire et à manger : des storyboards préliminaires apparaissent en surimpression du film lors des séquences les moins importantes, chaque décor a droit à sa propre galerie de photo accessible d'un simple clic sur la télécommande, des interviews des acteurs, techniciens, artistes, du réalisateur et de ses producteurs s'invitent par moments en encadrés, et Snyder lui-même vient commenter l'action lors des morceaux de bravoure, pointant du doigt les différents cadres (image du film, images de tournage, concepts, etc.) qui l'entourent. Passionnant ? Pas tant que ça, le cinéaste se concentrant davantage sur ses choix esthétiques et les techniques utilisées pour le film que pour le sens proprement dit de son script à tiroirs. Lorsqu'il aborde enfin ledit scénario, ses analyses se révèlent trop expéditives, les considérations technologiques (intéressantes, ne vous méprenez pas) reprenant rapidement le dessus. Un commentaire audio aurait donc été le bienvenu, de même qu'un menu permettant de visionner chaque scène ajoutée à part, comme sur le Blu-ray d'Avatar. Quid des autres suppléments ? Ils sont proprement scandaleux, d'une bande-annonce déguisée en making of pour le disque de la bande originale (2'30 chrono !) à une série de courts-métrages mal animés censés développer la mythologie de chaque scène d'action... Un comble, vu que ces séquences sont entièrement fantasmées par l'héroïne...

 

Liste des Bonus : Version Longue (17 minutes supplémentaires), Maximum Mode commenté par Zack Snyder, Courts-Métrages animés, Making of de la Bande Originale.

 
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