LOLITA
Angleterre / Etats-Unis - 1962
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Lolita »
Réalisateur : Stanley Kubrick
Musique : Bob Harris
Image : 1.66 16/9
Son : DTS HD Master Audio 1.0 Anglais, Dolby Digital 1.0 français, italien, espagnol…
Sous-titre : Français, anglais, portugais…
Durée : 153 minutes
Distributeur : Warner Home Video
Date de sortie : 18 mai 2011
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Lolita »
portoflio
LE PITCH
Professeur de littérature française, Humbert loue une chambre pour l’été chez une veuve excentrique, Charlotte Haze. Il tombe subitement amoureux de sa fille Lolita. Il va jusqu’à épouser la mère afin de résider auprès de la jeune fille sensuelle et provocatrice…
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Le chant des sirènes

La bande-annonce d'origine et l'affiche le martèlent comme un slogan publicitaire malin : « mais comment ont-ils fait pour adapter Lolita ? ». Une question qui mérite d'être posée tant le roman scandaleux (d'une certaine façon aujourd'hui encore) s'attaque à un tabou indémodable : la passion amoureuse d'un homme d'âge mûr pour une nymphette de 12 ans.

Interdit dans de nombreux pays, conspué par les ligues morales américaines, Lolita de Vladimir Nobokov n'avait a priori pas vocation à devenir un film. En tout cas pas en 1962. Déçu par un Spartacus qu'il juge trop impersonnel, Stanley Kubrick va pourtant s'y atteler et tenter de dévier le regard des censeurs. En accord avec le romancier (qui se charge en partie de la réécriture du scénario), le cinéaste va ainsi légèrement augmenter l'âge de la gamine (de 12 à 15 ans) mais surtout totalement modifier la tonalité de l'œuvre. Sujet complexe et en tout cas attaqué frontalement dans le roman par une narration à la première personne qui installe d'office un point de vue personnel (celui d'Humbert donc), Lolita devient désormais une tragicomédie, parsemée de gags purement visuels et... joyeux. Travaillant son cadre avec une grande minutie, mais laissant pour l'instant ses mouvements de caméra avant-gardistes de côté, Kubrick laisse libre terrain à ses acteurs, véhicules d'émotion certes, mais surtout porteurs d'une ironie constante, d'un décalage des plus surprenants.

 

un père et passe


Cette dislocation narrative, mêlant dans une même image exploration psychologique, drame romantique et comédie cinglante, se voit totalement résumée par le choix du grand James Mason (Meurtre par décret, Ces Garçons qui venaient du Brésil, 20 000 lieues sous les mers) dans le rôle principal. Avec sa voix suave et chantante, il apporte une féminité étrange à son professeur, moins séducteur que pathétique, moins manipulateur que parfaitement largué. Mené par le bout du nez par une adolescente aussi charmeuse que vulgaire, aussi adorable qu'effrontée (ébouriffante Sue Lyon), Humbert Humbert est comme le dindon de la farce, dont les rares tentatives de plans machiavéliques (se débarrasser de la mère de Lolita) sont voués à l'échec, puis sauvés par une chance opportune (de façon bien mieux pensée que dans Eyes Wide Shut d'ailleurs). Ne rendant véritablement aucun personnage attachant ou sympathique (la mère hystéro, la gamine tête à claque), le film semble se déconnecter constamment, comme pour mieux mettre en lumière l'évocation, teinté d'humour noir, de la société puritaine américaine, écartelée entre ses effets de posture (le jugement, les on-dit basés sur la morale chrétienne) et l'attirance vers un mode de vie plus libertaire (cf ces bourgeois cintrés qui évoquent la possibilité d'une partie à quatre).

 

Lollipop


Le long-métrage cultive les contradictions, juxtapose les directions thématiques pour constamment semer le trouble et éviter de répondre d'aucune manière que ce soit à la question morale principale. Car si morale il y a dans ce Lolita, c'est celle incarnée par un certain Mr Quilty (qui se prononce presque comme Guilty, soit « coupable »), caractère totalement inventé pour le film qui se caractérise par des réapparitions constantes en amorce des plans, ou sous le visage grimé d'un policier ou d'un psychiatre scolaire d'origine allemande, pour mieux plonger le pauvre Humbert dans une paranoïa qui tournera à la folie passionnelle. Un rôle en or pour Peter Sellers (La Panthère rose, Dr Folamour, The Party), qui brille de mille feux dans cette personnification du surmoi d'Humbert, que l'on pourrait tout autant voir comme une charge caricaturale contre les figures de la morale occidentale. Finalement en délaissant le sérieux du roman de Nobokov et sans avoir l'air d'y toucher, Stanley Kubrick réussit une prouesse, rendre son Lolita plus scandaleux encore par ses outrances et sa décontraction perverse que son modèle littéraire.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Ayant entamé sa carrière d'orfèvre sous le règne du noir et blanc, Kubrick prouve ici une nouvelle fois son sens de l'image et apporte une photographie contrastée et précise. Pour l'occasion Warner Home Video a quelque peu revu sa vieille copie qui traînait depuis trop longtemps dans ses cartons en lui faisant profiter d'une restauration remarquable. Restent quelques plans trop granuleux (générique d'ouverture, séquence dans la pénombre), mais la différence est manifeste et l'image du film n'a jamais paru aussi belle. Sans excès de réducteur de bruit, le nettoyage est réussi et ravira les amateurs par un piqué joliment détaillé et des noirs profonds. Cela aurait pu être plus beau encore (voir d'autres classiques sortis chez le même éditeur), mais la version HD reste hautement recommandable. 

 

Son :
Si le boîtier annonce glorieusement un remixage DTS-HD Master Audio anglais, ce n'est que pour mieux glorifier le mono d'origine en lui apportant une écoute on en peut plus confortable. Usant au mieux de sa source unique, la piste donne force et clarté aux moindres dialogues et même un léger relief des plus naturels. Si normalement la comparaison avec un Dolby Digital 1.0 n'est pas des plus probantes, vu le travail d'écrasement de la version française (la plupart des bruitages disparaissent), la différence est ici plus que notable.

 

Interactivité :
Incroyable de se dire que malgré l'aura de Stanley Kubrick, Warner ne semble toujours pas décidé à vouloir travailler un peu plus sérieusement les éditions concernant les métrages hors 2001 / Orange Mécanique ou Full Metal Jacket. A l'instar du DVD sorti il y a quelques années, ce Blu-ray n'est accompagné d'aucun documentaire, d'aucune réflexion sur le travail d'adaptation ou le casting. Consternant. Seule la bande-annonce d'époque (très ludique) répond présente... mais sans sous-titres.

 

Liste des bonus : Bande-annonce

 
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