MéTAL HURLANT
Heavy Metal - Canada - 1981
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Métal Hurlant »
Musique : Elmer Bernstein
Image : 1.85 16/9
Son : Dolby Atmos TrueHD Anglais, DTS HD Master Audio 5.1 français, anglais, allemand, DTS HD Master Audio 2.0 anglais. ...
Sous-titre : Français, anglais, allemand…
Durée : 90 minutes
Distributeur : Sony
Date de sortie : 20 avril 2022
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Métal Hurlant »
portoflio
LE PITCH
Un terrible globe traverse l’espace et le temps, pervertissant les hommes et les extraterrestres sur son chemin. Son nom ? Le Loch-nar.
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Rock this place !

Quand on pense au cinéma d'animation américain, vient immédiatement à l'esprit les productions enfantines de Disney et de ses concurrents directs. Pourtant, quelques irréductibles tentent régulièrement d'ouvrir une nouvelle voie. En 1981, Metal Hurlant est un véritable phénomène. Les salles sont envahies par des ados en furie qui espèrent retrouver là l'esprit vengeur de la revue du même nom. Un pur produit de mode, un film où le hard rock est indispensable à la narration et à l'univers, constitué de violence, de sexe, de vaisseaux spatiaux et de duels à l'épées... Encore aujourd'hui, bon dieu que c'est bon !

 

Difficile aujourd'hui de mesurer l'impact au début des années 80 de la sortie d'un film comme Métal Hurlant. Cette production rebelle, bricolée en totale indépendance en dépit de l'imagerie habituelle de l'animation US, frappa les spectateurs comme un fantasme pur et simple, une vision délirante de la science-fiction sans tabous ni limites. Lancée par Moebius, Druillet et Jean-Pierre Dionnet au milieu des années 70, la revue française séduisit rapidement les artistes américains qui y voyaient étalés pages après pages des récit métaphysiques, délirants et psychédéliques dont la folie n'avait d'égale que le talent de leurs dessinateurs. Culte, le magazine connût en 1977 une version américaine emplie de traductions mais aussi d'inédits, qui faisaient la part belle à l'irrévérence la plus complète et dénotait chez des revendeurs plus habitués aux récits polissés de Marvel ou DC. Ce choc total et inadaptable motive bientôt Ivan Reitman, enfant du mythique Saturday Night Live, réalisateur de quelques pôtacheries National Lampoon (Les Bleus, Arrête de ramer t'es sur le sable) et surtout futur metteur en scène de SOS Fantômes. Le concept est donc ici aussi foireux qu'admirable : adapter certaines des histoires courtes ou longues qui ont fait le succès du magazine, en y ajoutant quelques sketch inédits (surtout pour des questions de droits... cf Moebius et son Arzak), et relier le tout par un artifice surligné au marqueur prenant l'apparence d'une boule verdâtre démoniaque.

the Mob Rules

 

Et c'est parti pour 90 minutes de pur délire sans queue ni tête sautant, trébuchant, enchaînant les genres (horreur, SF, Dark Fantasy, comédie, polar...) avec une énergie juvénile et débridée qui force le respect. Peuplé de guerriers au gourdin surdimensionné, de guerrières muettes mais douées en décapitations, de bonnets D, de zombies, d'aliens shootés jusqu'à la gueule, de tôle froissée, de belles en détresse et de drogues en tous genres, le film offre un dépaysement total et rend un vibrant hommage à la puissance graphique des auteurs de comics et de BD. Inégaux mais tous émoustillants, les six segments affichent des tons et des esthétiques disparates (chacun étant confié à des équipes indépendantes... et pas forcément professionnelles), ne semblent se mêler que par accident, mais donnent justement à Métal Hurlant une identité unique de trip sous acide, de film de sale gosse assumé où les cadavres s'enchaînent dans des débordements gore et kitsch, et où les demoiselles ont la gracieuse idée de se dénuer régulièrement. Sexe, drogue et... rock n'roll ! Car outre les précieuses compositions d'Elmer Bernstein (Le Loup-garou de Londres, SOS Fantômes), le film se veut un défilé de métal musclé et psychotrope où l'on croise Devo, Riggs, Nazareth, Black Sabbath, Grand Funk et même les français de Trust. Dire que Métal Hurlant est une oeuvre générationnelle, le dernier sursaut de l'esprit foutraque et libertaire des années 70, n'entame en rien son efficacité, sa manière de s'imprimer durablement sur la glande pinéale, aujourd'hui encore.

Nathanaël Bouton-Drouard










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Image :
Pas vraiment produit avec un grand soin pour la copie finale, Métal Hurlant est connu pour son grain proéminent, son image instable et ses couleurs légèrement fanées. Déjà avec son arrivée sur format HD Sony semblait avoir fait un effort important pour redonner un vrai coups de frais à la copie, et le rendu est encore plus éclatant avec cette nouvelle mouture UHD. Un master 4K qui creuse plus encore les qualités de la source précédente, révélant des couleurs puissantes, riches et variées et par la même une approche graphique vibrante, pleine de matières et de reliefs. D'ailleurs le grain et les légères fluctuations de teintes qui pouvaient gâcher l'expérience sur Bluray, ont ici presque totalement disparus avec un rendu argentique pointus et maîtrisé de bout en bout. Tout cela sans jamais gommer ou dénaturer les anfractuosités naturelles du film, ses cohabitations parfois difficiles de techniques et ses petits aspects artisanaux si charmants.

 


Son :

Déjà remaniée en DTS-HD Master Audio 5.1 lors de la sortie vidéo précédente la piste sonore anglaise passe encore au niveau au dessus avec un Dolby Atmos plus ample et dynamique encore. Quelques menus détails s'intègre mieux au spectacle, la restitution est plus limpide que jamais, mais étrangement ce mélange entre l'atmosphère épurée des 80's, des voix légèrement décalés e le gros métal qui tache, ne fonctionne que rarement pleinement dans cette modernisation outrancière. Bonne surprise, on retrouve aussi la version original en DTS HD Master Audio 2.0, pour un résultat beaucoup plus sobre, direct et frontal, mais largement mieux équilibré et toujours parfaitement clair.

 


Interactivité :

Qui dit édition UHD et 40ème anniversaire dit idéalement nouveaux bonus à la pelle... Bon il va falloir faire avec le relativement court « Métal hurlant : retour en arrière », petite rétrospective d'une dizaine de minutes avec les interventions d'Ivan Reitman, Kevin Smith et plein de gens pas connus (des youtubeurs ?!?) filmés en webcam et qui viennent s'extasier sur l'originalité toujours aussi frappante du film. Franchement décevant.

Reste heureusement le Bluray qui lui contient toujours les mêmes bonus vidéos, eux-même hérités du vieux DVD collector. Avec en premier lieu la longue bande Leica commentée par Carl Macek, auteur d'un livre making of sur le film. La vision de ce montage brut de story-boards, de croquis et d'animations préparatoires permet d'accéder au travail de fabrication pure du film. On y découvre que l'enchaînement des séquences n'a pas toujours été le même, on y aperçoit certains coups de crayons ou expérimentation sur les couleurs. Un supplément passionnant pour tous ceux qui aiment l'animation, surtout que malgré un phrasé soporifique, le commentateur nous révèle de nombreux détails techniques. Dans cette fameuse bande, on aperçoit d'ailleurs une première version d'un sketch finalement abandonné, Neverwhere, finalement reproduit séparément dans une version plus avancée dans les scènes coupées. Cette séquence superbe montre en enchaînement toute la sauvagerie qui peuple notre planète depuis des millénaires. Sans doute trop sombre, elle fut finalement écartée, tout comme l'idée première des liaisons scénaristiques autour d'un étrange carrousel. Enfin, l'édition s'achève tout logiquement sur un making of plutôt complet, permettant à quelques animateurs, réalisateurs et producteurs de se souvenir de cette expérience « pas comme les autres ». Ils y avouent volontiers un certain amateurisme, quelques décisions suicidaires, leur esprit de sales gosses et l'appartenance du film au fantasme masculin. Surtout, ils invitent joyeusement les spectateurs à se munir d'une cigarette qui fait rire pour profiter pleinement du spectacle.

Liste des bonus : « Métal hurlant : retour en arrière » : rétrospective inédite avec Ivan Reitman, Kevin Smith, Norman Reedus, ... (9'), Bande Leica (90'), Making of (35'), Scènes supplémentaires avec commentaire optionnel (8'), Bandes-annonces

 
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