DEMOLITION MAN
Etats-Unis - 1993
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Demolition Man »
Réalisateur : Marco Brambilla
Musique : Elliot Goldenthal
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais en DTS-HD Master Audio 5.1, Français en DD5.1
Sous-titre : Français, Anglais et divers
Durée : 115 minutes
Distributeur : Warner Home Video
Date de sortie : 2 février 2011
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Demolition Man »
portoflio
LE PITCH
Accusé à tort de l'homicide involontaire de 30 otages, le policier de choc John Spartan est condamné à une cryogénisation de plusieurs décennies. Son ennemi juré Simon Phoenix est décongelé avant et sème la terreur dans un futur où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. La police, incompétente face au chaos, n'a d'autre choix que de réveiller Spartan...
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Triste utopie

Sortant de l'un de ses plus gros succès commerciaux, faute d'être l'un de ses meilleurs films (Cliffhanger de Renny Harlin), Stallone tente sa première incartade dans le domaine de la science-fiction, voyant là une bonne occasion de concurrencer son rival de toujours Arnold Schwarzenegger sur son propre terrain.

 

Demolition Man commence fort, dans un futur proche (ou désormais une uchronie, l'action démarrant en une année 1996 totalement apocalyptique) gangréné par d'incessantes guerres des gangs. Coiffé d'un béret et le muscle saillant, Sly enchaîne les acrobaties alors que fusent aux quatre vents des centaines de balles traçantes, saute d'un hélicoptère en plein vol, traverse murs et baies vitrées, vide ses chargeurs en courant au ralenti... L'influence du cinéma de Hong-Kong, alors à son apogée (on sort tout juste d'A toute épreuve), se ressent autant dans un montage nerveux que dans une spatialisation cohérente, les effets de style de la réalisation (décadrages soudains, travellings avant fulgurants, jump-cuts) n'entrant jamais en conflit avec la lisibilité de l'action. Venant du clip, Marco Brambilla affiche d'emblée un indéniable savoir-faire, choisissant notamment de cadrer en plan large et sans coupure l'effondrement d'un immeuble de six étages, sorte de point d'exclamation d'un pré-générique galvanisant.

 

"I'm good at subtle"

 

La rupture de ton proposée par le générique lui-même (la cryogénisation du héros dans une prison de haute sécurité aux atours clairement futuristes) surprend d'autant plus, menant Demolition Man vers un terrain totalement inattendu, celui d'une comédie d'anticipation certes violente, mais vouée corps et bien à démolir (d'où le titre ?) les codes du politiquement correct qui s'invitent de plus en plus tyranniquement dans l'industrie du divertissement en ce début des années 90. Le monde décrit par Brambilla et son principal scénariste Daniel Waters (Batman le défi, excusez du peu) écoeure ainsi par la pureté clinique de son architecture, le dépouillement de ses espaces verts, l'absence de personnalité de son style vestimentaire, et surtout une interdiction massive de toutes les zones rugueuses qui font de l'être humain ce qu'il est, d'abus de grossièretés intempestives à une sexualité primale, effacée par les dirigeants comme vecteur de contrôle sur la population (une idée empruntée, bien évidemment, au 1984 de George Orwell). S'il tombe parfois dans des contradictions difficilement pardonnables (cf. cette pub répétée pour Taco Bell au gré d'une supposée dénonciation ; Pizza Hut dans la version européenne, d'où un doublage par un imitateur à chaque fois qu'un personnage dit « Taco Bell »), Demolition Man vole un peu plus haut que la moyenne du blocbkuster de son époque, se payant de surcroît le luxe de quelques gags (le pullover rouge, l'airbag, les trois coquillages, les jingles publicitaires, le sexe virtuel) et répliques impayables (« Be Well ! », les contrepèteries involontaires de Sandra Bullock), devenus cultes depuis. A l'instar du look improbable et de l'interprétation génialement cabotine de Wesley Snipes, dont le Simon Phoenix s'impose aisément comme l'un des méchants les plus charismatiques des années 90.

Alexandre Poncet

 

 

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Image :

Warner continue de soigner ses titres de catalogue. Après la très belle copie de Mars Attacks !, Demolition Man nous revient frais comme au premier jour, avec des couleurs incroyablement puissantes (les explosions de l'ouverture, les bleus cliniques de la prison et les verts criards de la ville futuriste), des contrastes appuyés et une compression impeccable, permettant un visionnage optimal même lors des séquences souterraines ou nocturnes. Du beau boulot, granuleux comme il faut (c'est de la pellicule, bon sang !), qui fait ressortir par moments le style photographique ouvertement nineties, avec ses cadrages anamorphiques (l'avancée de Stallone dans le couloir de la mort lors du générique), ses blancs cramés ou ses halos de lumière autour des corps volontairement peu atténués (voir le réveil de Stallone en 2032, avec l'éclairage dirigé directement sur la star). Petite note pour finir : alors que les effets visuels des années 90 supportent souvent mal le transfert en Blu-ray, ceux de Demolition Man, sobres, soutiennent fort bien le poids des années, si l'on excepte quelques explosions mal incrustées à l'horizon dans le plan d'ouverture..

 

Son :

Warner ne surprend pas ici : tandis que le Dolby Digital 5.1 du DVD est repris pour la version française, la VO a droit à un remixage puissant en DTS-HD Master Audio, sachant se montrer très spectaculaire comme dans la séquence d'ouverture (balles traçantes spatialisées, vrombrissement des pales d'hélicoptère, démolition d'immeuble à réveiller vos voisins, etc.). Si la partie futuriste se montre plus calme, les coups de feu (ou tirs de lasers) et coups de poings font mal, et le sound design de la poursuite en voiture fait plaisir à entendre. Superbe, le score d'Elliott Goldenthal se partage intelligemment sur toute la matrice 5.1..

 

Interactivité :

On le sait, le film a été entièrement remonté par Stuart Baird quelques semaines avant sa sortie, les premières projections tests donnant lieu à des notes décevantes. Certaines séquences, promises par des photos d'exploitations placardées à l'époque aux entrées des cinémas (voir ce duel entre Sly et Snipes, accrochés à une grille haut perchée dans le souterrain d'Edgar Friendly), restent aujourd'hui encore invisibles, et ce n'est pas ce Blu-ray qui va changer la donne. Pas de scène supplémentaire au programme, donc, tout juste un commentaire audio non sous-titré (donc élitiste. Grrrrr) de Marco Brambilla. Au-delà de sa direction d'acteurs (très importante, compte tenu du temps qu'il lui consacre), le cinéaste s'étend, et c'est assez rare pour être souligné, sur la construction de sa mise en scène : pourquoi telle scène a-t-elle été cadrée en plan large ? Pourquoi tel mouvement de caméra intervient-il à tel ou tel moment ? Pourquoi le style d'éclairage change-t-il au bout d'une heure trente de métrage ? Pourquoi la durée des séquences diminue-t-elle au fur et à mesure du déroulement de l'intrigue ? Cette auto-analyse passionnante car très précise, un clippeur comme Michael Bay ne pourrait jamais l'envisager (« pourquoi tel plan ? Parce que c'est joli. »). Le cinéaste revient également en détail sur les conditions de tournage parfois difficiles, et se fait un point d'honneur à préciser quel plan fut tourné en extérieur, en studio, durant la production ou lors de reshoots, ou à mentionner les plans supprimés, pour cause de violence (par exemple un contre-champ sur les ingénieurs de la prison cryogénique en train de se faire mitrailler par Phoenix) ou de rythme (l'intrigue secondaire de la fille de Spartan, habitant dans les bas-fonds de la ville). Impressionnant..

 

Liste des Bonus : Commentaire audio de Marco Brambilla et Joel Silver, Bande-Annonce.

 
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