RENCONTRE AVEC JAMES WAN, RéALISATEUR DE INSIDIOUS
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Fear of the Dark

Le grand public a beau n'en retenir que six séquelles pathétiques, il est bon de rappeler que le premier Saw était un très bon film. Tout comme Dead Silence, Death Sentence... Clairement l'un des cinéastes indépendants les plus doués en activité dans le cinéma de genre américain actuel, James Wan revient avec Insidious, dont la première heure va vous glacer les sangs. Rencontre.

Merci à Michel Burstein

 

Vous êtes riche maintenant !

Oui, je suis riche d'expériences humaines fortes. Et riche d'amour ! (rires)

 

A combien s'élève le box office d'Insidious déjà ?

Je crois que c'est environ 53 millions aux Etats-Unis, un peu plus de 60 à travers le monde, pour un budget de moins d'un million de dollar.

 

Comment expliquez-vous que le public réponde aussi fortement aux films de possession ces temps-ci ? Nous avons eu Jusqu'en Enfer, Paranormal Activity...

Je ne sais pas... Les gens aiment ce genre d'histoire je suppose !

 

On se croirait revenu aux années 80, à l'époque de L'Emprise et de Poltergeist.

C'est vrai. Mais je crois vraiment que les gens aiment ce genre d'histoire. Les histoires de fantômes et de maison hantée ne se démodent pas. Les films d'exorcisme aussi, je ne sais pas pourquoi ! Les peurs religieuses, liées au Diable et à l'enfer... Pour l'anecdote, on a fait des études pour la promotion d'Insidious, et on s'est rendu compte que ce type d'intrigue marchait particulièrement bien sur un public catholique ! (rires)

 

C'est amusant, parce que vous approchez le genre non pas sous un angle théologique, mais sous un angle de pure science-fiction. On nous parle quand même de projection astrale.

La science-fiction est effectivement une manière intéressante de définir notre approche. J'aurais tendance à la qualifier de philosophique, voire de spirituelle. Les gens me demandent souvent d'où vient mon inspiration. Je n'en parle généralement pas trop, mais je descends d'une famille chinoise. Et une grande partie de la culture chinoise se concentre sur la vie après la mort, la réincarnation... Les superstitions font partie de la vie des chinois. Je me souviens d'une histoire effrayante que me racontait ma grand-mère : pourquoi ne faut-il jamais peindre le visage de quelqu'un en train de dormir ? Parce que lorsque vous êtes endormi, votre âme se balade, quitte votre corps, et quand elle revient, si elle ne reconnaît pas votre visage, elle continuera sa route... Et vous ne vous réveillerez jamais ! Je me suis dit : quelle super histoire ! J'ai commencé à en parler à mon co-scénariste Leigh Whannell il y a quelques années, et on s'est dit que ça donnerait un film intéressant. On savait qu'on pourrait donner un nouveau souffle au film de maison hantée. Généralement, le genre parle d'un drame qui s'est déroulé dans telle ou telle maison, et c'est pour cela qu'elle est hantée. Ici, la hantise vient d'ailleurs ! Avec Leigh, nous avons essayé de prendre les conventions très strictes du genre, et de les tordre. Par exemple, le fait que les héros, d'habitude, refusent de déménager. Mais s'ils déménagent, il n'y a plus de film ! (rires)

 

On sait tous que vous savez filmer la violence. Mais vous êtes loin de favoriser les effusions de sang dans Insidious. Le film ressemble même à un conte de fée, et exploite avant tout des peurs enfantines.

Les peurs enfantines sont dans tous mes films d'horreur.

 

Oui, on se souvient de la scène du placard dans le premier Saw.

Avec la petite fille dans sa chambre, exactement. Je pense que c'est quelque chose qui m'est très personnel. Je n'ai pas d'expérience personnelle avec des serial killers ou des maisons hantées, mais je sais ce que c'est d'avoir peur du noir. Les peurs enfantines, c'est mon truc. Je crois d'ailleurs que je ne suis jamais vraiment passé à l'âge adulte. Pour ce qui est de la violence, je ne voulais surtout pas qu'Insidious soit hardcore. Ce n'est pas le sujet. Si les gens croient qu'un film d'horreur n'est un film d'horreur que s'il est violent, je crois qu'ils devraient passer à un autre genre. C'est une façon de penser assez stupide.

 

Insidious est clairement divisé en deux parties distinctes.

Oui, la première partie est bien ancrée dans la réalité, et la seconde devient plus fantasmagorique. On entre dans la pure fantaisie. Vous remarquerez que mes films ne sont pas réalistes. J'aime le fantastique. Saw a beau se dérouler dans le monde réel, le méchant parle à ses victimes à l'aide d'une marionnette ! Je trouve ça très drôle ! Dead Silence est quant à lui un film d'horreur fantastique. Avec Insidious, j'ai pris les éléments fantastiques de Dead Silence, et je les ai injectés à un contexte quotidien.

 

Si vous aviez eu plus d'argent pour Insidious, le dernier acte serait-il vraiment différent ?

J'espère que non. Dans la première version du film, j'ai expérimenté avec des designs très stylisés, mais ça ne fonctionnait pas du tout. C'était trop différent du reste du film. J'ai réalisé que ce n'était pas la bonne approche. Nous avons donc organisé un tournage additionnel, et j'ai décidé de décrire l'autre monde dans une obscurité totale. Un monde juste noir ! Je me suis dit que c'était au spectateur de projeter ses propres fantasmes dans cet univers parallèle.

 

Pourquoi avoir engagé Barbara Hershey ? Etait-ce un hommage à L'Emprise ?

C'était un hommage à Au fil de la vie (rires). J'adore Barbara dans ce film ! J'ai grandi avec ce long-métrage, qui est très beau et très triste. Mais c'est vrai que L'Emprise reste un film terrifiant. Voir cette femme se faire attaquer, encore et encore, et personne ne la croit... Ce qui est amusant, c'est que le film est « basé sur des faits réels », j'insiste sur les guillemets, et les évènements se seraient déroulés dans une banlieue près de là où je vis, à Los Angeles ! Le script d'Insidious a tourné pas mal à Hollywood, et beaucoup d'acteurs ont montré leur intérêt, notamment vis-à-vis du rôle de la médium, Barbara Hershey en tête ! J'avais déjà écrit ce rôle pour Lyn Shaye. J'ai donc demandé à mon directeur de casting de proposer à Barbara le rôle de la mère du héros. On se retrouve avec une sorte de gros caméo dans le film. A vrai dire, elle n'a pas fait de film comme L'Emprise... depuis L'Emprise. Black Swan a été tourné à peu près au même moment...

 

Etonnamment, tous vos films sont des projets originaux. Vous avez d'ailleurs refusé de participer aux suites de Saw.

Les gens me disent souvent : « vous êtes le gars de Saw ! Ils en ont fait tellement ! » Je réponds : « je suis innocent, je n'ai jamais tourné aucune suite. » Et de fait, je n'ai jamais tourné aucune suite de mes films. Avec Leigh, nous préférons prendre des genres et en donner de nouvelles visions. Leigh et moi pensons qu'il n'existe qu'une petite quantité d'histoires à raconter au cinéma. Il est donc intéressant de prendre ce qui existe déjà, et d'en tirer quelque chose de différent, unique et fun. Je n'ai rien contre les suites et les remakes, mais dans les deux cas, il faut réussir à apporter quelque chose d'unique et de nouveau. Quand on m'a demandé de tourner Saw 2, je n'ai pas su comment m'y prendre. J'avais déjà raconté cette histoire, et j'avais l'impression que j'allais me répéter. Si j'avais trouvé une nouvelle direction, je l'aurais fait.

 

Et comment voulez-vous battre un twist pareil...

C'est l'autre détail important, oui. (Rires) La fin de Saw est très forte, et il faut pouvoir garder la barre aussi haut. C'est un peu comme essayer de tourner la suite de Sixième Sens ou Usual Suspects. Mais bon, ils ont quand même produit les suites de Saw... (Rires) Bref. A propos, j'espère que vous avez aimé Insidious ?

 

Très déçu par le dernier acte, mais la première heure m'a fait chier dans mon froc.

Au moins, vous avez eu la deuxième partie pour vous nettoyer ! (Rires)

Alexandre Poncet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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