GéRARDMER 2016 : LE COMPTE RENDU
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Le retour du cinéma dans les terres vosgiennes

Souvenez-vous. Gérardmer 2015. Il y a un an. Nous concluions notre bilan de festival par le constat suivant : une nette amélioration de la programmation et de l'organisation, qui ne demandais qu'une confirmation, voir une amélioration pour nous faire oublier les années de disette. Qu'en est-il donc de cette 23ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer ? Les promesses annoncées en 2015 ont elle été tenues ou avons-nous dû faire face une fois de plus à une déconvenue qui n'aurait surpris personne ? Le titre annonçant déjà l'étrange couleur, c'est avec une plaisir affiché que les spectateurs ont pu, grâce à une organisation en constante progression, assister à des projections de qualité. Une logistique mise au service des films.

S'ouvrant sur une traditionnelle cérémonie consensuelle et politisée, le festival ne laissa pas indifférent les spectateurs non avertis mais munis d'invitations qui durent quitter la salle à la vue des premières gouttes de sang. Le responsable ? Frankenstein de Bernard Rose. On connaissait le talent du réalisateur anglais pour donner vie à des monstres débordant d'émotions depuis l'inoubliable Candyman et il n'a rien perdu de son talent ! Malgré un budget minimal dont chaque dollar est visible à l'écran, Rose livre une magnifique adaptation du roman légendaire de Mary Shelley, adoptant le point de vu d'un monstre de Frankenstein pour le moins... complexe ! De la complexité, c'est très certainement ce qu'il manque au western horrifique Bone Tomahawk de S. Craig Zahler obtenant le 23ème Grand Prix du festival avec son premier film. Un grand prix contestable car, malgré un cast en or (Kurt Russell, Patrick Wilson, Richard Jenkins et Matthew Fox en tête) rarement aligné sur les terres géromoises, le film de Zahler est affaibli par une réalisation jamais inspirée, plombé par un second acte des plus ennuyeux et désamorçant un aspect horrifique des plus réussis par une mise en scène plate et répétitive lors des affrontements entre cowboys déterminés et sauvages cannibales. Dommage.

 

Le règne de Black Phillip


A chaque festival sa thématique, son image choc répétée dans de nombreux films projetés. Souvenez-vous du palmarès 2011 qui de Bedevilled à The Loved Ones en passant par I Saw The Devil cumulait les sections douloureuses de tendons d'Achille. Cette année ne déroge pas à la règle avec l'apparition récurrente du Diable, sous sa forme la plus animale, le bouc noir répondant au nom de Black Phillip, véritable icône du festival après son apparition dans le très apprécié The Witch, premier film de Robert Eggers, vainqueur du prix de la critique SyFy, boudé par les "plus grands" de Jury invité. Aussi magnifique que maitrisé dans son écriture, cette histoire d'une famille aveuglée par la religion et vivant dans les bois, lorgnant plus vers le cinéma de Bergman que celui de Michael Bay avait pourtant tout pour plaire. Même si le film ne gagne pas de prestigieuse récompense, il y a fort à parier que son jeune réalisateur originaire du théâtre new-yorkais fera à nouveau parler de lui. Tout comme la jeune et talentueuse Anya Taylor-Joy à qui l'on peut facilement prédire une carrière à la Jennifer Lawrence, tant elle sublime l'écran de la même façon que le faisait l'actrice la mieux payée du moment, à l'époque de Winter's Bone. Du diable il en est également question dans le coup de cœur du public du festival, The Devil's Candy du cool dude australien Sean Byrne. Moins sanglant et pervers que The Loved Ones (pas eu besoin d'appeler les pompiers pour évacuer des spectatrices), en partant d'un postulat vu et revu - une famille emménage dans une maison hantée - The Devil's Candy permet au spectateur d'exploser de joie pour la première fois. Captivant, fun et rock'n'roll (son compositeur, Michael Yezerski, remporte d'ailleurs le prix attribué à la meilleure B.O.), on s'attache immédiatement à ses personnages, notamment au père, peintre métaleux possédé, joué par Ethan Embry.

Des démons, il en est également question dans le film ayant obtenu le prix du jury (ex-aequo) de façon assez incroyable. JeruZalem de son petit nom, réalisé par Doron et Yoav Paz. Claude Lelouch récompense le film pour sa "créativité". Il faudrait peut-être lui expliquer que le Found Footage n'est pas nouveau et lui montrer ne serait-ce que Cloverfield. Là, nous avons à faire à deux jeunes américaines débarquant dans un pays étranger et suivant un garçon (Mais que fait Liam Neeson ???) jusqu'à Jérusalem. Bien évidemment, elles vont découvrir le secret le mieux garder au monde (ironie) : des démons peuvent se réveiller à chaque Yom Kippour, et ce n'est pas le grand pardon de Roger Hanin qu'ils recherchent, mais à détruire la ville. Alors que l'intro promet une suite assez intrigante (les 3 religions présentes dans la ville s'unissent pour chasser une femme possédée), on se retrouve rapidement face à un abysse cinématographique. Personnages inconsistants et mal écrits, aucune exploitation du contexte géopolitique et religieux de la ville, mythologie bâclée... Rien dans le fond ne sauve une forme tape à l'œil absolument ridicule : ce n'est pas parce que l'on porte des Google glasses que l'on film en continue !!! Le titre annonce pourtant la suite : lorsque l'on emprunte la même présentation que World War Z en arborant fièrement un Z en plein milieu, alors qu'il n'y a pas de zombies dans le film, il y a erreur sur la marchandise.

C'est à mi-chemin entre le bouc et le lapin de Donnie Darko que le démon apparait dans February d'Osgood Perkins. Le nom vous dit quelque chose ? Que ce soit oui ou non, il jouait Norman Bates jeune dans Psycho II. Il passe donc à la réalisation avec cette histoire sur deux époques (8 ans d'intervalle, ce n'est pas Le Parrain II non plus), centrée autour de deux jeunes filles restées seules avec les religieuses de l'internat, leurs parents ne les ayant pas récupérées pour les vacances. Bien sur le diable s'en mêle et les couteaux sortent vite des tiroirs de la cuisine. Beau et bien interprété, le film tourne pourtant très rapidement en rond et ce n'est pas les juxtapositions de deux histoires qui relancent l'intérêt. Au contraire. Intéressant sur la forme, February est au final chiant comme un mois de février.

 

Monster Party


Pas de festival digne de ce nom sans son film de zombies/infectés ! C'est en provenance du nord avec, d'après son réalisateur Bo Mikelsen, le premier film danois consacré au genre que le cahier des charges est rempli. What We Become s'attarde sur les premiers jours de la crise au sein de la cellule familiale. On n'est pas loin du déjà vu, surtout depuis Fear The Walking Dead, mais l'ensemble est parfaitement maitrisé, tout comme la gestion de la crise à l'écran par l'armée. L'efficacité nordique en quelque sorte ! Autres monstres appartenant aux classiques de cinéma, les loups garous. Howl de Paul Hyett est le mauvais film de la compétition. Car contrairement à JeruZalem, Howl ne prend aucun risque et se complet dans une succession de clichés, des personnages d'une platitude extrême et des créatures loupées. Pas grand-chose à sauver ici, pourtant, l'ennui ne s'installe pas pour autant.

A l'opposé se trouve le film récompensé avec un engouement certain par Philippe Rouyer pour le prix de la critique et également lauréat du prix du Jury ex-aequo avec JeruZalem. Evolution de Lucile Hadzihalilovic est un magnifique voyage cinématographique. Les plus beaux cadres du festival sont dans ce film étrange, à mi-chemin entre le conte de fée et la fable horrifique. Le film ne fait aucune concession et il peut facilement devenir difficile à suivre pour le spectateur n'adhérent pas à ce type de jeu ou au rythme d'une lenteur incroyable. Un parti pris honorable en somme, car à défaut de plaire à tout le monde, Evolution ne trahit jamais les intentions de sa réalisatrice, dont la double victoire, même discutable (mais quelle récompense artistique ne l'est pas ?), lui permet de se conforter dans ses choix et de faire taire les attaques honteuses subies sur la page du festival.

Enfin, c'est récompensé par un Jury Jeune clairvoyant que le film à sketches Southbound est reparti du festival. Le film tient son originalité par des transitions non marquées entre chacun des sketches, abordant chacun des genres différents et liés par une mystérieuse voix à la radio. De l'ambiance « 4ème dimension » on retiendra principalement le segment Accident réalisé par David Bruckner, vision cauchemardesque de la lutte d'un automobiliste pour sauver la victime de son inattention et du pare-chocs de sa voiture.

 

Hors compétition


Avec une sélection officielle hors compétition de qualité, nous retiendrons principalement quatre films qui auraient eu leur place dans la compétition. Pour la fiction, la comédie sentimentale horrifique Burying the Ex du maître Joe Dante, ainsi que le Carpenterien We Are Still Here de Ted Geoghegan et ses monstres de cendres parfaitement réussis. N'oublions pas deux excellents documentaires ! Si l'on ne présente plus dans ces pages Le Complexe de Frankenstein des amis Alexandre Poncet et Gilles Penso (Mais si, vous savez, la bannière avec ED-209 en haut à gauche sur la page d'accueil de Freneticarts) consacré aux hommes derrière les plus grands monstres de l'Histoire du cinéma, il est primordial de mettre en avant Lost Soul de David Gregory. Consacré à l'enfer vécu par Richard Stanley et ses équipes sur le tournage de L'Ile du Docteur Moreau, le doc est une véritable plongée dans l'enfer ayant transformé son jeune réalisateur en véritable Colonel Kurtz. Une ironie folle lorsque l'on sait que l'une des principales sources des problèmes fut Marlon Brando !

Gérardmer cuvée 2016 fut donc une réussite quasi-totale ! Souhaitons que l'organisation continue dans la même direction et invite un Jury digne de ce nom et ils pourront peut-être redevenir le meilleur festival fantastique de France. A l'année prochaine !

François Rey




















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