GéRARDMER 2015 : LE COMPTE-RENDU COMPLET
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Compétition grande classe

Après deux éditions au ras des pâquerettes, aussi bien en terme de programmation (souvenez vous de l'édition 2013 et du discours de Christophe Lambert) qu'en terme d'organisation, le festival de Gérardmer commence enfin à faire peau neuve. Petit à petit certes, mais le cœur y est. Grace à un système de réservation des places que beaucoup de festivals ont adopté depuis des années, les spectateurs ont pu assister à de nombreuses séances, sans patienter des heures dans le froid vosgien ni craindre de se faire refouler à l'entrée. C'est donc l'esprit libéré de cette contrainte beaucoup trop importante par le passé, que nous avons pu nous délecter d'une programmation assez savoureuse.

Avec Ex-Machina d'Alex Garland, le festival, ainsi que la compétition officielle commencent très fort. L'ancien scénariste de Danny Boyle (Sunshine & 28 jours plus tard) ou encore de Mark Romanek sur Never Let Me Go connaît son sujet et parvient a livrer un petit bijou de science-fiction intimiste en évitant tous les clichés possibles du genre. Le toujours très bon Oscar Isaac y joue un génie de la science ayant mis au point une Intelligence Artificielle parfaite, souhaitant la confronter à un test ultime en la faisant interagir avec un humain. On pense à Blade Runner, Garland cite ouvertement Jurassic Park, mais le film conserve une identité propre qui en fait toute sa saveur.

De la science-fiction, il en était aussi question dans le très sympathique The Signal (Déjà disponible en VOD). Nic et Jonah, deux petits génies de l'informatique, profitent du déménagement de leur copine Haley pour suivre les traces d'un Hacker étonnamment talentueux. Le réal. William Eubank s'amuse dès lors à brouiller les pistes en mélangeant les genres. Film de séquestration ? De complot gouvernemental ? Invasion alien à la Chronicles ? A vous de le deviner, et ce n'est pas la présence malsaine de Lawrence Fishburn qui va vous aider à éclaircir l'histoire. Parsemé de pures moments SF à faire pâlir Tony Stark et ses potes, on en ressort curieux de savoir ce qu'Eubank pourrait faire avec plus de budget, seule limitation pour cet hybride entre La 4ème dimension et Otomo.

Probablement le film le plus fun de la compétition, Cub du belge Jonas Govaerts aurait pu lancer le genre du survival scout si Gerard Jugnot ne l'avait pas déjà fait (à moins que....). Affrontement entre clan de louveteaux et « famille à problème » de type Massacre à la tronçonneuse, le film est jusqu'au-boutiste, fun, gore, haletant, n'épargne personne et encore moins les wallons ! Le grand absent du palmarès qui aurait bien mérité un prix, pourquoi pas du Jury Jeune, si ces derniers n'avaient pas voulu faire les grands en récompensant Goodnight Mommy. Non pas que le film de Veronika Franz et Severin Fiala soit mauvais, très loin de la, mais cette histoire de séquestration reste beaucoup trop longue et offre peu de surprises. Lukas et Elias, deux gamins de 10 ans décident de séquestrer leur mère le jour où ils pensent qu'elle n'est pas réellement celle qu'elle prétend être. Le problème étant que le spectateur ayant deviné avant même de rentrer dans la salle qui est qui, qui est vivant, qui est mort (ont ils vu la scène du restaurant dans 6ème sens ? ), le film n'offre aucun enjeu et seulement une succession de scènes de torture à faire pâlir Funny Games.

Que serait un festival de film d'horreur sans son lot films d'ados ? A vous de trouver la réponse. Cette année en tout cas, la sélection nous aura apporté l'excellent It Follows de David Robert Mitchell. Vous en avez surement déjà entendu parler depuis ses diffusions à Cannes et Deauville, et tout le bien qu'on en a dit est vrai. It Follows est une grosse claque sachant se réapproprier le slasher « à l'ancienne » (on pense principalement au cinéma de Carpenter) sans cynisme et en en dynamitant les codes (le tueur n'a pas de représentation physique propre). Intelligent, terriblement bien shooté, cette histoire sur fond de message à caractère informatif pour la jeunesse possède quelques moments de pure terreur. Le jury ne s'est absolument pas trompé en le récompensant par le Grand Prix. Jettez vous dessus, c'est dans les salles !

A l'opposé, on peut se demander ce que faisaient là Jamie Marks is Dead de Carter Smith et The Man in the Orange Jacket d'Aik Karapetian. Passons rapidement sur le second, tant il n'y a rien à en dire sur cet obscure « court-métrage » étiré à mort pour en faire un long. Home-invasion mal torché, sans réel propos ni inventivité. Pour Jamie Marks is dead le problème est différent. Loin d'être mauvais, le film n'avait rien à gagner à se retrouver en compétition. Histoire d'amitié et d'amour entre un jeune garçon et le fantôme d'un élève venant de décéder, le film, à défaut d'être très rythmé, arrive a faire passer ses émotions, mais allait forcément finir dans un mur vosgien. Dommage.

 

Hors compétition


Hors compétition, la sélection était dantesque ! A première vue. Car si nous étions habitués (mais pas encore remis) de la parte de la sélection Mad Movies (souvent les meilleurs films, mais dans la salle la plus honteuse de France : le Paradisio), ce fut une surprise de voir disparaître également la programmation thématique. Une sélection hors-compétion devenue un fourre-tout gigantesque mélangeant donc grosse prod' américaine avec documentaire sympatoche !

Si l'on fait l'impasse sur Jupiter : Le destin de l'univers (la critique ici) et sur l'excellent Les nouveaux Héros de Don Hall et Chris Williams (les deux séances « avant-première » du festoche), cette sélection restait dominée par du très beau. Réalité le nouveau « what the fuck movie » de Quentin Dupieux aura donné son mal de crane à un public encore en quête de réponses. Chabat y est mandaté par Jonathan Lambert pour trouver le cri parfait, unique condition au financement de son film d'horreur par ce dernier. Bizarrerie à la croisée de Lost Higway et de Rubber, aucun doute que le film va diviser lors de sa sortie! Côté bizarrerie, Kevin Smith n'était pas en reste avec Tusk. On en parle depuis cet été sur le net et les avis sont très partagés. Suivant la note d'intention de Smith le film est une totale réussite. Dérangeant et drôle, nous reviendrons dessus de façon plus détaillée lors de la sortie du Blu ray en Mars. D'ici la, n'acceptez pas de boire le thé si un inconnu aux traits de Michael Parks vous le propose !

Le docu du festival n'était pas réalisé par un inconnu à Gerardmer ! Electric Boogaloo le doc sur la Canon réalisé par Mark Hartley a électrisé la salle. Sans temps morts, Hartley revient sur ces années de folies qu'étaient les années Canon de Menahem Golan et Yoram Globus, à travers des interviews assez dérangées. On ne saurait trop vous recommander de vous jetter sur le numéro de janvier de Mad Movies proposant un dossier complet sur la Canon (ainsi que le doc d'Hartley pour ceux qui ont de la chance). Immanquable !

At the Devil's door de Nicholas McCarthy avait de quoi rebuter dans ses premières minutes. On s'attend facilement à un énième film de possession diabolique sans surprise, mais l'ingéniosité de McCarthy dans ses changements de points de vue et de situations arrivent à donner une ampleur nouvelle au genre. Sans doute dans le trio de tête de cette sélection hors-compétition (avec le Smith et le Dupieux). S'il peut s'avérer difficile de passer après certains classiques du genre, McCarthy arrive a créer son propre univers filmique, a être crédible et à nous captiver grâce à une mise en scène sobre et habile, compensant son manque de direction d'acteurs. Le défaut principal du film, mais qui reste mineur. Une ingéniosité dont ne bénéficie pas Out Of The Dark de Lluis Quilez. C'est bien dommage, car cette histoire de fantôme sur fond de problème écolo-pharmaceutique avait de quoi séduire. Mais le manque de génie et d'originalité dans le traitement des personnages et des situations plombe le résultat final. Un film non dénué d'intérêt mais qui s'oublie aussi vite que consommé.

Gérardmer 2015 s'est donc terminé sur une excellente note inhabituelle : la frustration de ne pas avoir tout vu, la faute à un choix immense dont on n'avait plus l'habitude. Et on en redemande ! Certes, certains spectateurs habitués du PIFFF ou du festival de Strasbourg avaient comme à l'habitude vus une grande part des films, mais pour le spectateur Géromois, cette édition 2015 est un tournant. Espérons que les organisateurs sauront poursuivre dans cette direction, aussi bien en termes d'organisation que de programmation. Car c'est la l'unique recette à respecter : de bons films... et la possibilité de les voir !

François Rey




















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