FESTIVAL LUMIèRE 2014
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PEDRO, DJANGO, RAMBO ET LES AUTRES...

Du 13 au 19 octobre dernier à Lyon s'est déroulé la 6ème édition du Festival Lumière, le rendez-vous qui commence à devenir incontournable pour tous les cinéphiles, amoureux du 7ème art ou spectateurs ayant envie de découvrir de grands classiques sur grand écran. 144 films répartis en 316 séances sur 40 salles, des rencontres et masterclass, des ciné-concerts à l'Auditorium, cette 6ème édition n'avait rien à envier aux précédentes, exception faite de l'année dernière, qui grâce à Quentin Tarantino reste désormais hors concours. Un festival pour tous qui encore une fois, s'est déroulé à merveille.

« Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende »
C'est sur la légendaire réplique de L'Homme qui tua Liberty Valence de John Ford que Bertrand Tavernier introduisit le film d'ouverture du festival, Bonnie & Clyde d'Arthur Penn, afin de célébrer la carrière de Faye Dunaway, très émue de l'accueil accordée par le public lyonnais. La célébration de grands artistes du cinéma allait une fois de plus être le point fort du festival.
Le public a pu ainsi (re)découvir l'importance du cinéma de Claude Sautet. 14 films du réalisateur français : Classe tous risques (1960) et la rencontre Ventura/Belmondo, ses collaborations avec Michel Piccoli, avec les magnifiques Les Choses de la vie (1970) et Mado (1976) et le duo Yves Montands/Romy Schneider dans César et Rosalie (1972) ou encore Vincent, François, Paul et les autres...(1974).
A l'opposé du cinéma de Sautet, la saga de Tomu Uchida sur le légendaire samuraï Miyamoto Musashi (6 films de 1961 à 1971) envahissait l'écran d'une des plus mauvaises salles de la ville. Dommage, mais c'était tout de même l'occasion de voir une série de shambara bien trop rare sur grand écran.

S'il y a quelqu'un qui n'est plus associé à la rareté dans ce festival, c'est bien Michael Cimino ! Habitué depuis 3 ans maintenant, le réalisateur maudit d'Hollywood était là pour une copie soit disant restaurée de Le Canardeur (Thunderbolt and Lightfoot - 1974) en prévision de la prochaine sortie Blu Ray. Signant un chef d'œuvre dès son 1er film, Cimino livre en plus d'un pur film estampillé « New Hollywood » avec ces personnages de vagabonds dignes de L'Epouvantail (1970) de Jerry Schatzberg (un autre « squatteur » du festival), l'un des meilleurs rôles de Jeff Bridges et de Clint Eastwood, qui avait pourtant accepté de donner la réalisation à Cimino en le menaçant de licenciement dès la moindre erreur de sa part ! Une pression qui réussit au réalisateur.

 

"en ville c'est toi qui fait la loi, ici c'est moi..."


Le festival faisant une fois de plus la part belle aux copies restaurées (souvent en provenance du Festival de Cannes précédent) et aux films cultes, nous avons pu assister aux projections dans des copies parfaites de Massacre à la Tronçonneuse (1974) de Tobe Hooper, de Ghostbusters (1984) d'Ivan Reitman ainsi que de Rambo (1982) de Ted Kotcheff.
Le réalisateur canadien en a d'ailleurs profité pour présenter un court métrage réalisé d'après un scénario de sa fille, Fearless (2014). Sympathique pour l'entreprise familiale (son fils est le compositeur), cette histoire d'un jeune médecin suicidaire et d'une vieille actrice malade n'a pas grand intérêt, contrairement à l'un de ses 1ers films. Réveil dans la terreur (Wake in Fright - 1971) est un OVNI tourné en Australie et rejeté à l'époque par la population criant au scandale quant à leur représentation à l'écran. Cette histoire d'un jeune instituteur en poste dans le bush australien et bloqué dans une ville voisine pendant les vacances de Noel est une compilation de scènes de débauches en tout genre : une consommation de bière à faire pâlir Gary King « of the humans », des scènes de jeu endiablées (ou les joueurs misent des sommes d'argent folles à pile ou face)...Cchaque séquence est mise en scène de façon à ce que le spectateur croit que le film peut sombrer dans l'horreur à tout instant, alors qu'il n'en est rien. Porté par un Donald Pleasance magistral dans le rôle d'un « médecin clochard alcoolique libéré sexuellement » le film sombre dans une scène complètement folle de massacre de Kangourous. La scène laisse sans voix (des kangourous se prennent des coups de shotgun en live, sont écrasés par la voiture, égorgés, leurs carcasses sont abandonnées décharnées et brulées) mais Kotcheff voulait choquer et attirer l'attention sur ce problème... en utilisant de véritables images tournées par des chasseurs. Du found footage avant l'heure en somme !

 

"somebody will listen to me"


Egalement à l'honneur avec 11 films, de Amour défendu (Forbidden - 1932) à L'Enjeu (State of the Union - 1948), le réalisateur Frank Capra fut l'objet d'une rétrospective centrée sur sa période la plus sociale. Auteur ayant toujours fait preuve d'un certain réalisme et d'un engagement démontrant toute sa foi en la démocratie et la liberté, malgré un omniprésent pessimisme, Capra s'est autoproclamé comme un défenseur du peuple. De Longfellow Deeds (L'Extravagant M. Deeds - 1936) à George Bailey (La Vie est belle - 1946) en passant par Jefferson Smith (son chef d'œuvre absolu M. Smith au sénat - 1939), tous les personnages « capraiens » doivent lutter contre l'injustice des puissants, les manipulations médiatiques et faire triompher l'humanisme. Un combat pour la victoire de tous les « John Doe », dont l'écho se retrouve dans ce qu'a vécu John Mc Tiernan venu présenter L'Homme de la rue (Meet John Doe - 1941).

 

"yippe-kai-yai festival lumière"


En effet, le réalisateur victime d'une grande injustice depuis de nombreuses années a fait un détour par le festival. L'occasion de projeter Piège de cristal (1988) dans sa nouvelle copie 4K dont la ville de Lyon fut privée lors de sa récente ressortie. Touché et ému de l'accueil lui étant fait lors de la projection (parce que celui de la cérémonie de Remise de prix c'est une autre histoire...), McT est revenu sur la perte des libertés individuelles aux Etats-Unis et nous a remercié pour le soutien accordé à son épouse lors de son incarcération. Rappelons que l'Institut Lumière avait, grâce à Fabrice Calzettoni, accueilli en cours d'année Arnaud Bordas du collectif « Free McTiernan » pour une soirée de soutien. Il sera tout de même revenu sur la genèse de Die Hard grâce à l'intervention de Thierry Fremaux, qui a même retardé la projection du film afin que McT réponde à toutes les demandes de dédicaces.

 

5000 personnes pour Alien


Les festivaliers les plus passionnés du cinéma de genre ont bel et bien répondu présents lors de la traditionnelle nuit organisée à la Halle Tony Garnier. Après les Monthy Python, ce sont les xénomorphes de la quadrilogie Alien qui ont envahie les écrans de la salle provisoire la plus inconfortable du monde (SVP, pouvez-vous investir dans des coussins comme vos collègues des « Nuits de Fourvière » ?) dans des copies magnifiques, présentées par Fabrice Calzettoni et Jean-Pierre Jeunet. Des projections endiablées, un public de passionnés, dont le cosplayer lyonnais fou Franck Martino, pour une soirée inoubliable qui à l'heure du petit déjeuner n'avait pas perdu la moitié de ses spectateurs.

 

tout sur pedro !


La star du festival était tout de même le réalisateur Pedro Almodovar, lauréat du Prix Lumière 2014 et l'objet d'une rétrospective de 13 films. Arrivé trop tardivement sur le festival (4 jours après l'ouverture) pour créer une ambiance adéquate, le festival s'est à peine enflammé lors d'une cérémonie de remise de prix maitrisée et chargée en émotions (le trio X.Dolan/G.Gallienne/T.Rahim lisant la lettre écrite dans la presse par Almodovar au décès de sa mère) mais trop longue et trop orientée musique. Un prix qui ne fait pas digérer à Almodovar l'absence de succès cannois à son palmarès, « On va dire que ce prix est ma palme d'or » dira-t-il ironiquement, avant de se rendre compte le lendemain lors de la Cérémonie de Clôture que l'amour du public lyonnais était tout de même une belle récompense !
Soulignons la présence également d'Isabella Rossellini pour un hommage à son père et une projection de Blue Velvet (1986) de David Lynch, de Keanu Reeves pour le documentaire Side by Side (2012) de Christopher Kenneally traitant du passage du 35mm au numérique, dont il est le producteur. Alan Parker était également présent pour un documentaire lui étant consacré, Alan Parker, le franc-tireur (2014) co-réalisé par Jean-Pierre Lavoignat et s'intéressant à la partie années 80 du cinéaste. Ne pas oublier Franco Nero venu pour quelques séances de Django (1966) de Sergio Corbucci dans la sélection annuelle sur le Western Italien.

Le Festival Lumière 2014 était donc une fois de plus un festival d'exception, un voyage à travers le cinéma de patrimoine de qualité, grâce à une organisation sans failles de toute l'équipe de l'Institut Lumière, particulièrement Fabrice Calzettoni et Maelle Arnaud, (et exception faite des traductions à côté de la plaque de Philippe Garnier, pitié, pas une année de plus), à la cinéphilie débordante de Bertrand Tavernier, l'aide de Laurent Gerra et de notre maire, Gérard Colomb, des centaines de bénévoles, ainsi qu'à celui que beaucoup critiquent, mais sans qui rien ne serait fait, le roi de la vanne footballistique, Thierry Frémaux.
Vivement l'année prochaine, les paris sont ouverts ! (La côte est bonne sur Scorcese).

Merci à Clémentine Delignères pour sa patience lors de mes demandes de presse, Fabrice Calzettoni pour sa défense du cinéma de genre, Stéphane Bedjidian ainsi qu'à toute l'équipe de La Plateforme.

François Rey


















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