HALLUCINATIONS COLLECTIVES 2013 : COMPTE-RENDU
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Vacances au ciné

Certain aiment à passer la période de pâques au ski, pour les derniers soubresauts de l'hiver, d'autres la passe en famille à ramasser des œufs, en ce qui nous concerne nous avions nous aussi quelques idées pour nous occuper lors de ce weekend festif. La meilleure était de  nous rendre à Lyon pour assister à une manifestation culturelle chaque année plus intéressante, « Hallucinations Collectives ». Très pointue et éclectique dans ses choix de programmations culturelles (cinéma, musique, jeux-vidéos, tables rondes, etc.) nous n'avons assisté pour notre part qu'à la partie cinéma, la plus dense, placée cette année sous le signe de l'univers white trash, avec un titre racoleur mais non moins séduisant : Blancs, sales et méchants.

 

Accompagné par un jury passionné, assidu et pour le moins éclectique, comprenant Bruno Forzani, un des réalisateurs de genre français les plus intéressants de ces dernières années, Gerard Kikoïne autre grand nom du fantastique français mais lui plus ancien (L'Amour à la Bouche, L'emmurée vivante, etc.), le non moins célèbre journaliste Christophe Lemaire et l'un des précurseur du jeux vidéo d'horreur Frédérick Raynal (Alone in the dark, etc.), nous avons pu assister à une sélection de six films et courts métrage en compétitions ainsi qu'a une partie rétrospective, comme chaque année très conséquente, consacrée au white trash mais aussi à d'autres thématiques très intéressantes comme l'innocence dans le cinéma fantastique. Moins impactante que l'année dernière (The Raid de Gareth Evans), l'ouverture de la manifestation cinématographique, le 27 mars, a permis aux spectateurs lyonnais de découvrir cette année le superbe Citadel de Ciaran Foy qui bizarrement n'a pas déclenché la même effervescence auprès du public, que ce soit en termes de fréquentation de la séance ou même en termes d'impressions, que l'œuvre brutale du réalisateur de Merentau. Pourtant, en transposant son expérience personnelle de l'agoraphobie sur grand écran, le jeune cinéaste irlandais réalise avec Citadel un premier film rudement efficace aussi tendu que touchant qui sublime avec brio toutes ses influences. Il faudra attendre le lendemain et la projection de The Body, le lauréat de la compétition du PIFFF 2012, pour retrouver une fréquentation et des avis plus enthousiaste pour la suite du festival. L'œuvre d'Oriol Paulo, véritable film de cinéaste a en effet de quoi séduire par son rythme effréné, sa réalisation léchée, son ambiance soignée et son twist pour le moins inattendu. Ainsi, malgré la gratuité de certains effets de style et son aspect quelque peu mécanique le film brille par son efficacité. La séance suivante était quant à elle à l'opposé totale de The Body. En effet, le Bad Taste de Jackson, véritable déclaration au cinéma des années 80 dont la forme boursoufflée moins aboutie que celle d'Evil Dead à la même époque laisse toutefois entrevoir la folie et la virtuosité du cinéaste qui mit a peine plus de 10 ans pour passer de cette autoproduction passionné ultra-cheap à la trilogie du Seigneur des anneaux.

 

La ville du cauchemar

 

Dommage que le public au rendez-vous pour ce grand moment de festival présenté par Fred Thibaut et précédé de l'incroyable bande annonce Grindhouse, Biocop, n'ait pas daigné venir la veille pour la séance du Sans Retour de Walter Hill, projeté dans une magnifique copie numérique et qui se révèle malheureusement être un des seuls films de la programmation plus ou moins white trash. L'autre c'est le documentaire complètement furieux Rock'n Roll Overdose sur GG Allin et réalisé par Todd Philips, à l'époque passionné par le personnage, avant de se perdre dans les pitoyables aventures de Very Bad Trip aux maigres fulgurances trash. Connu lui aussi pour sa folie mais pas en tant que préformer mais bien en tant que cinéaste, Sono Sion faisait partie de la compétition avec son magnifique The Land of hope. Coqueluche des festivals de cinéma du monde entier, le cinéaste revient cette année avec cette œuvre virtuose et poétique sur le traumatisme de Fukushima. Ainsi, avant de voir débarquer chez nous ses projets « popcorn » le réalisateur nous livre avec beaucoup plus de délicatesse qu'Himizu, de façon beaucoup plus éthérée, une œuvre d'anticipation aux lourdes résonnances sociales et d'une pudeur assez inhabituelle, ancrée plus que jamais au cœur de la culture de son pays, de son actualité, de ses traumatismes. Dans la sélection on pouvait également découvrir dans de bonnes conditions le bizarroïde  Berberian sound studio et son portrait kafkaïen d'un monteur son américain dans un studio de bis italien. Véritable expérience sensorielle le film de Peter Strickland est, à l'instar d'Amer d'Hélène Cattet et Bruno Forzani, une véritable déclaration d'amour aux films d'horreur italiens, doublé d'une intéressante expérimentation de ce qui fait l'essence d'une œuvre cinématographique. Magnifiquement mis en scène et bénéficiant d'un travail sur le son absolument incroyable, Berberian se révèle toutefois un brin prétentieux et souffre ainsi de son aspect expérimental et nonsensique qui sur le long terme nous empêche véritablement de rentrer dans le film. Le film a toutefois fait l'unanimité et remporte le grand prix de la compétition cette année. Il faut dire qu'excepté le très étrange mais intéressant Modus Anomali et son ambiance cauchemardesque découvert au PIFFF 2012, les deux autres films présentés en compétition le samedi et le dimanche le premier en exclus mondiale et l'autre en exclus française ne brillaient pas par leur qualité. Entre le très Z The Collection qui ne parvient jamais à reproduire la beauté et le fun du premier volet des aventures du tueur en série et le très ennuyeux Home Sweet Home aussi bête scénaristiquement que classique formellement,  la compétition s'est révélé très décevante.

 

cartes sur table

 

Heureusement, dès le samedi matin commençait la Carte blanche de Nicolas Boukrief qui s'est déplacé pour nous présenter Le Denier monde cannibale, un film d'aventure en terre tribale signée Ruggero Deodatto, dans une superbe copie V.F 35mm qui participent à l'aspect Bis du film. Véritable point fort du festival cette Carte blanche nous a également permis de voir le magnifique Possession d'Andrzej Zulawski, une œuvre troublante et fascinante dont la trame vaudevillesque est lentement contaminée par un fantastique malsain et poisseux, distillant ainsi une ambiance dérangeante où les personnages évoluent dans un monde terne, vide, presque post-apocalyptique. Chef d'œuvre pour certains, incompréhensible pour d'autres, Possession ne laisse pas indifférent, notamment grâce à une série de séquences bouleversantes, qui resteront à jamais inscrites dans l'histoire du cinéma fantastique. Cette session était également l'occasion de voir le chef d'œuvre maudit de Friedkin, Le Convoi de la peur, dans une copie V.F 35mm somptueuse. Un film d'action qui en cache un autre, plus expérimental et radical révélant la nature d'un réalisateur plus que jamais à contre-courant des exigences du système hollywoodien. Autre grand moment du festival, la présentation samedi soir de l'hallucinant Requiem pour un massacre. Egalement présenté par Nicolas Boukrief, ce film traumatique, dépeignant le sort du peuple biélorusse pendant la seconde guerre mondiale, prend le spectateur à la gorge durant les 140min de la projection, le confrontant à l'horreur, à l'ambiance désespérée et au climat de mort de cette guerre en présentant le récit depuis le point de vue d'un enfant transformé par la guerre et sombrant peu à peu dans la folie. Et des histoires d'enfants il y en avait d'autres dans ce festival avec notamment le magnifique Reflecting skin de Philip Ridley, qui dernièrement nous avait servi Heartless, mais aussi et surtout le très poétique L'Eté ou j'ai grandi, ou encore le cauchemardesque et très cotonneux La Compagnie des loups. Cette année les Hallucinations Collectives de Lyon nous ont donc offert de grand moments aussi poétiques que furieux à travers une programmation riche en émotions, rythmée par un long et intense week-end, où la vision des deux extraordinaires films de Michele Soavi, malheureusement retenu en Italie, n'a été que plus forte, sans oublier le très intéressant et très touchant Ni dieu ni démon, ou encore le somptueux et déjanté Save the Green planet.

 

Mais cette expérience riche n'aurait jamais été ce qu'elle est sans la gentillesse de tout le staff, aussi accueillant que professionnel et qui nous donne l'impression d'être chaque jour en famille. Vivement l'année prochaine.

Quentin Boutel


















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