L'ETRANGE FESTIVAL 2012
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Le Passage à l'âge adulte

Après une dizaine de jours passés au Forum des images de Paris et une bonne trentaine de films au compteur, il est temps de faire un break cinéphilique de quelques heures, le temps au moins de faire le bilan de cette édition qui marque la majorité de L'Etrange festival de Paris. Comme d'habitude cette 18ème année a été pleine de surprises, qu'elles soient bonnes ou mauvaises (voire même très mauvaises parfois), mais également riche en rencontres et en débats, mais aussi et surtout couronnée d'un grand succès public et ce malgré le grand nombre de film en version originale sous-titrée anglais.

 

Et c'est loin des projecteurs de la cérémonie d'ouverture que nous avons débuté cette manifestation, avec le film The Thompsons des Butcher Brothers, la suite de leur premier film, le déjà très dispensable The Hamiltons. Portrait prétentieux d'une famille de vampires expatriés en Angleterre, le film se limite à enchaîner les séquences gores, conçues avec des pitoyables CGI et liées par  une mise en scène pantouflarde, tout juste digne d'un téléfilm, tout en se moquant à multiples reprises de la licence Twillight, que malheureusement pour eux ils arrivent à égaler et ce grâce à leur révoltante conclusion dont la bêtise n'égale que la niaiserie. Pas le temps de se remettre de cette expérience douloureuse que nous sommes déjà en direction de la cérémonie d'ouverture qui, une fois passé les remerciements d'usages, nous présente une des pépites du festival, le polar Headhunters, qui a d'ailleurs reçu le prix du public ainsi que le Grand Prix « Canal+ ». Ce polar venu du froid, dont vous retrouverez la critique détaillée sur le site, s'avère en effet particulièrement étonnant, incroyablement radical et mérite amplement tous ses prix. Content d'avoir assisté à ce bon gros divertissement nordique, notre cœur balance pour la suite des festivités entre Redd inc., le film « extrême » de cette année et Siège, une petite rareté de 1983 signée Paul Donovan et Maura O'Connell. Finalement, ce sera Redd inc., Siège nous le verrons plus tard et nous serrons d'ailleurs surpris par l'ambiance somptueuse et la narration prenante de ce film incroyable à mi-chemin entre Assaut et Crusing. Mais quelques minutes plus tard voilà que l'on regrette déjà. Redd inc. est en effet laborieux et assez creux, N'apportant véritablement rien au genre, il se révèle en plus assez mal réalisé et catastrophique à de nombreuses reprises au niveau de l'interprétation.

 

crises européennes, retro-futurisme et cascades

 

Après une première journée en demi-teinte c'est de la plus belle des façons que l'on entame ce premier week-end de festival avec Un Jour de chance d'Alex de la Iglesia. Bien que mineur dans la filmographie du cinéaste, le film se révèle très intéressant, notamment dans la façon dont il dresse le portrait minimaliste et bouleversant d'une Espagne en crise à travers le destin exceptionnel de ce père de famille et ce grâce à la virtuosité esthétique du cinéaste ainsi qu'à son ton tragicomique qui rappelle le somptueux Mort de Rire à plus d'un chef. Malgré les avis partagés s'est donc une fois de plus ému que l'on sort d'un film de De la Iglesia, et ça ne va pas aller en s'arrangeant puisque le film suivant est certainement le film le plus impressionnant et le plus bouleversant de ce festival, Citadel de Ciaran Foy. En effet, en transposant son expérience personnelle de l'agoraphobie sur grand écran, le jeune cinéaste irlandais, faute d'être original, construit un film rudement efficace aussi tendu que touchant. Une soirée forte en émotions donc qui se fini tranquillement autour de discussions cinéphiliques avec les nombreux spectateurs qui hantent les couloirs du Forum des images. Quelques heures de sommeil et de métro plus tard nous voilà de retour au festival pour assister à la projection du très fun Iron Sky et son débarquement de Nazis venus de l'espace. Exit la science-fiction et direction l'orient pour un double programme cinéma asiatique, avec pour commencer le décevant Motorway de Soi Cheang. Malgré d'indéniables qualités esthétiques, le film du réalisateur du renversant Accident peine à intéresser en raison de ses personnages caricaturaux et de son intrigue plus que sommaire. Il reste toutefois le parti prit intéressant des courses poursuites qui révèlent assez subtilement les moindres détails de la conduite de voiture, ainsi que la relation symbiotique qui lie le conducteur à son bolide. Déçu donc par le cinéaste qui avait pourtant réalisé le traumatisant Dog bite dog, nous nous rendons ensuite à la projection du remake de Chinese Ghost Story par Wilson yip. Comme beaucoup de remake le film de Yip n'est en soit pas un mauvais film, il regorge d'idées visuelles, bénéficie d'une bonne direction d'acteurs, ainsi que d'effets spéciaux plus que correct. Toutefois, rien de la magie du film original ne subsiste, faisant de ce reboot une œuvre très froide, sans âme et sans saveur, surtout lorsque l'on compare au film de Ching Siu-tung qui à la fin des années 1980 a marqué de façon indélébile l'esthétique du cinéma Hongkongais. Mais bon, trêve de râleries, pour finir la journée on s'est finalement dirigé vers le film espagnol Games of Werewolves, un sympathique ersatz du Loup-garou de Londres qui séduit grâce à son charme old school, sa mise en scène et sa photographie soignée, ainsi que son rythme parfaitement dosé.

 

voyages sensoriels

 

Le lendemain une fois le plein de caféine fait nous nous rendons avec hésitations à la projection du film de science-fiction lituanien, Vanishing Waves qui ne nous convainc finalement qu'à moitié. Placé sous le signe de l'étrangeté nous continuons cette journée avec l'indescriptible Fantastic Fear of everything. Véritable one man show d'un Simon Pegg au meilleur de sa forme tout au long de sa première partie, le film des clippers Crispian Mills et Chris Hopewell, s'avère particulièrement drôle, grâce au talent de l'acteur, certes, mais également grâce à celui des deux cinéastes dont la mise en scène baroque illustre parfaitement la névrose du personnage. Ainsi, même si la deuxième partie se révèle un peu plus bancale, l'ingéniosité des deux cinéastes ainsi que l'empathie crée pour le personnage font de ce film un OFNI réellement rafraîchissant. Moins agréable, la séance suivante nous a permis de découvrir en première française le très mauvais Dead Shadows. Film de potes gonflé par un petit budget, Dead Shadows souffre surtout d'un cruel manque de cohérence dans l'élaboration du projet. Narration gruyère CGI inutiles et acteurs ridicules, très peu de chose sauve la vision de cette horreur made in France, même pas la dérision promise lors de la présentation du film qui s'avère être aux abonnés absents. Toute aussi viscérale et tout aussi ennuyeuse la séance suivante, où nous avons pu découvrir le désastreux Conforting Skin, n'a pas non plus été une partie de plaisir. Partant d'un concept intéressant le film du canadien Derek Franson, intrigue, subjugue même, durant sa première demi-heure avec l'histoire touchante de cette femme esseulée, asphyxiée par son milieu, qui se trouve être parfaitement illustré par la photographie froide du film. Malheureusement pour le film et surtout pour nous, le cinéaste n'a rien de plus à raconter. Le film ne dépasse donc jamais le stade du simple concept. Quant à nous, nous nous retrouvons plongés dans un ennui le plus total. Il ne fallait donc pas moins que le magistral Samsara, suite directe du somptueux Baraka sorti en 1992, pour nous réveiller. Véritable poème sensoriel, transcendé par la mise en scène exceptionnel de Ron Fricke, Samsara est un audacieux portrait du monde moderne. Ni informatif, ni accusateur, le film de Fricke ne cherche à faire rien de plus que de nous faire voyager et  nous montrer toute la beauté et les absurdités de notre monde.

 

expériences auditives

 

Le jour suivant fut en revanche plus éprouvant. On commence avec le bizarroïde Berberian sound studio et son portrait kafkaïen d'un monteur son américain dans un studio de bis italien. Véritable expérience sensorielle le film de Peter Strickland est, à l'instar d'Amer d'Hélène Cattet et Bruno Forzani, une véritable déclaration d'amour aux films d'horreur italiens, doublé d'une intéressante expérimentation de ce qui fait l'essence d'une œuvre cinématographique. Magnifiquement mis en scène et bénéficiant d'un travail sur le son absolument incroyable, Berberian se révèle toutefois un brin prétentieux et souffre ainsi de son aspect expérimental et nonsensique qui sur le long terme nous empêche véritablement de rentrer dans le film.  Après ça, rien de mieux que d'enchaîner avec l'ultraviolent remake de Maniac par la « team Aja ». Proposant une véritable introspection dans la tête d'un serial killer, sublimée par l'utilisation intelligente de la caméra subjective ainsi qu'un hallucinant travail sonore, le film de Khalfoun, et par la même occasion son acteur principal (Elijah Wood), ne cherchent jamais à plagier le film de William Lustig. Ils en proposent au contraire un équivalent moderne. Après une telle claque, dommage de finir la soirée avec le très éprouvant The Fourth dimension qui, passé le capital sympathie du premier sketch, se révèle aussi prétentieux que dispensable.

 

long week-end !

 

Le matériel de camping équipé, nous voilà paré pour le dernier week-end du festival. Et ça commence avec le sympathique bien que déceptif Resolution, lauréat du prix Mad Movies au Nifff 2012, qui en dépit d'une structure et d'un cadre intéressant sabote le superbe jeu de ses deux acteurs et l'ambiance dérangeante de sa première partie. Bien décidé à se fendre la poire nous nous tournons ensuite vers le radical God Bless America, sombre ersatz du Super de James Gunn qui, malgré son humour noir séduisant, se cantonne malheureusement de façon un peu feignante à copier, parfois à la scène près (la file d'attente du cinéma), son modèle. Une pause pipi et un soda plus tard nous voilà devant le nouveau film de Ben Wheatley dont la courte, mais non moins intéressante carrière, est à l'honneur cette année. Avec Touristes le cinéaste fait son entrée dans  la comédie, mais pas n'importe laquelle, puisque de façon extrêmement savoureuse celle-ci apparait au beau milieu du road trip meurtrier d'un couple de freaks n'appréciant que modérément qu'on les dérange durant leurs vacances . Malheureusement, c'est avec Excision dont le nom suggérait le pire que nous achevons cette soirée. Film d'horreur bourgeois aussi inoffensif qu'ennuyeux, Excision et son Amérique caricaturée, ses adolescent mal dans leurs peaux et ses visions gores arty faussement provocantes, ressemble comme deux gouttes d'eau à un mauvais film « Indie », comme si Jason Reitman réalisait un film d'horreur ! A notre sortie de la salle, la nuit british était sur le point de démarrer, mais la majorité des films ayant déjà été diffusé et vu dans d'autres manifestations, nous avons préféré nous réserver pour la soirée de clôture du lendemain. Une fois la remise des prix finies et après les félicitations et les remerciements de rigueurs, que ce soit au staff du forum, à l'équipe de l'Etrange Festival et même au public, vint enfin le moment tant attendu de la projection de Dredd [3D], en avant-première française. Et à notre grande surprise, le film de Pete Travis, véritable polar urbain hargneux, nous comble par son ultra-violence jouissive et la caractérisation pour le moins iconique de la ville et du personnage au centre de l'univers du comics.

 

Voilà l'Etrange Festival 2012 c'est fini ! Comme chaque année il ne nous a pas été possible de tout voir et de nombreuses pépites cinématographiques qu'elles soient récentes ou plus anciennes nous sont passées sous le nez. Mais qu'importe, c'est le jeu de ce genre de manifestation. Pour l'heure il ne nous reste plus qu'à attendre qu'elles refassent surface en attendant la prochaine édition, l'année prochaine, que l'on espère aussi riche. Prochaine étape maintenant, le PIFFF. Vivement novembre !

Quentin Boutel




















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