UNCHARTED
Etats-Unis - 2022
Image de « Uncharted »
Genre : Aventure
Réalisateur : Ruben Fleischer
Musique : Ramin Djawadi
Durée : 116 minutes
Distributeur : Sony
Date de sortie : 16 février 2022
Film : note
Jaquette de « Uncharted »
portoflio
LE PITCH
Les premières aventures du jeune Nathan Drake, de sa rencontre avec le vieux roublard Victor Sullivan et leur recherche d’un trésor perdu de Magellan.
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Du jeu à l'écran

C'était inévitable, Nathan Drake est enfin visionnable en chair et en os sur tous les écrans du monde entier. Et c'est un carton. Boosté par la présence d'un Tom Holland désormais indissociable du dernier cataclysme arachnéen en date. Alors, succès mérité ou nouvel écho du fameux « don't believe the hype ? ». Ce qui est sûr, c'est que pour les fans de la première heure du descendant de Sir Francis Drake, la pilule risque d'être un peu difficile à avaler.

Voilà quelques années que revient sur la table, comme un refrain entêtant, cette question de la porosité de plus en plus évidente entre cinéma et jeux vidéo. Et ce même si le premier, parfois en manque flagrant d'originalité, s'est engouffré dans des adaptations pas très heureuses dès les années 90 (Super Mario et autre Double Dragon) avant de s'en éloigner prestement. Et d'y revenir de temps à autres avec toujours le même constat un peu navrant au final. Aujourd'hui, ce qui a changé vient en très grande partie de l'inévitable boum technologique des consoles de salon (qu'on situera à peu près avec l'arrivée de la première machine de Sony) mais surtout du savoir-faire époustouflant de certains studios en terme de récit et de mise en scène depuis quelques années. Parmi les plus évidents, deux studios californiens : Santa Monica Studio à l'origine de la série God of War et Naughty Dog, créateur d'Uncharted. Deux franchises qui vont pousser les plateformes successives de Sony (qui en a l'exclusivité!) dans leurs derniers retranchements, en mettant les joueurs à la tête de productions non seulement magnifiques visuellement mais écrites aussi de telle manière que l'expérience de jeu s'en trouve décuplée. Ceux qui s'y sont essayé le savent, les morceaux de bravoure et les combats d'anthologie y sont légion. Et l'impossible se réalisa : en 2010, God of War 3, sorti peu de temps avant le remake du Choc des Titans, ridiculise totalement le film de Leterrier, ramenant ses quelques combats voulus épiques à de simples gesticulations de baltringues en goguette face aux combats titanesques de la vengeance sanglante de Kratos. Il y a certes la question du budget, mais empêche-il le souffle de l'écriture ? Une question à laquelle Naughty Dog répond déjà l'année précédente avec la sortie d'Uncharted 2, qui après un très bon premier épisode prend cette fois à son compte nombre de nouveaux ressorts narratifs, propose aux joueurs un début d'aventure avec un héros presque mortellement blessé, et enchaîne lui aussi un nombre de morceaux de bravoure aujourd'hui encore dans toutes les mémoires. Deux opus suivront encore, avant que le studio californien n'annonce la fin définitive (pour le moment du moins) des aventures de Nathan Drake sur consoles et qu'une adaptation au cinéma ne commence à se profiler à l'horizon. Reste à savoir de quel genre...

 

drake's misfortune


Et la réponse ne tarde pas. Dès l'introduction, le jeune Nathan Drake est en mauvaise posture dans un copié/collé d'une des scènes les plus emblématiques de son troisième épisode vidéoludique. La désagréable impression d'être venu assister à une version live fainéante de ses aventures s'installe donc gentiment. Impression qui va perdurer longtemps, et ce malgré les efforts d'un Tom Holland comme toujours concerné par son job. Face à lui, un Mark Wahlberg pas désagréable mais bien trop lisse dans le rôle d'un Sully sans moustache et sans cigare mais grâce auquel l'évidence éclate enfin : cette adaptation ne s'adresse pas aux joueurs des débuts mais à leurs enfants. Enfin, tout du moins la horde de fans prépubères désormais aux trousses de la moindre apparition de leur idole, qui troque ici son masque à lentilles contre un débardeur blanc sale. Certitude que viendront définitivement confirmer les quelques scènes d'action suivantes, expurgées de la moindre violence verbale ou sanglante (un personnage se fait même égorger sans que coule la moindre goutte de sang) et les deux « méchants » de service, incarnés par un Antonio Banderas qui vient cachetonner joliment et une Tati Gabrielle d'abord inquiétante mais rapidement inoffensive. Quant à l'histoire, elle est tellement symptomatique du manque d'exigence et d'ambition des productions grand public actuelles, qu'elle ne mérite même pas qu'on s'y attarde.
A la réalisation, Ruben Fleischer (un des responsables de Venom) répond présent à la commande et se contente d'enfiler les exigences du cahier des charges avec la régularité d'un métronome. Côté score, sur lequel il était encore permis d'espérer (notamment grâce à la présence de Ramin « Game of Thrones » Djawadi) lui aussi se contente de cocher quelques cases et de livrer, en générique de fin on s'en serait douté, le thème de la série. C'est donc avec une belle gueule de bois, et à l'issue d'un climax certes impressionnant (mais complètement stupide), que l'on se retrouve à peine deux heures plus tard (enfin une bonne nouvelle). Pas de doute, le spectateur vient bien d'assister à la karcherisation d'une franchise, à la standardisation d'un personnage dont les failles et les aspérités étaient justement ses plus grandes qualités. Sans s'attendre au chef d'oeuvre, le studio aurait au moins pu apporter une petite pierre à l'édifice. Cerise (moisie) sur le gâteau : c'est Bruno Choël qui, comme à son habitude, double Mark Wahlberg en vf. Le souci c'est qu'il est aussi la voix officielle de Nathan Drake. Malaise.

Uncharted ne sera donc pas le film qui réunira enfin cinéphiles et joueurs sous un même drapeau. Mais le énième matériau original venu du jeu vidéo sacrifié sur l'autel de l'uniformisation hollywoodienne. A quelques mois de sa sortie en grande pompe sur la mythique chaîne HBO, on ne peut que se féliciter que l'adaptation de The Last of Us ne trouve jamais, ô grand jamais, le chemin du grand écran.

Laurent Valentin












 

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