SCREAM (2022)
Etats-Unis - 2022
Image de « Scream  (2022) »
Genre : Horreur
Musique : Brian Tyler
Durée : 114 minutes
Distributeur : Paramount Home Entertainment
Date de sortie : 12 janvier 2022
Film : note
Jaquette de « Scream  (2022) »
portoflio
LE PITCH
25 ans après le massacre de Woodsboro orchestrée par Billy loomis et Stu Macher, une jeune femme, Tara Carpenter, est attaquée à son domicile par un inconnu portant le célèbre masque de Ghostface. Grièvement blessée, elle reçoit à l'hôpital la visite de sa grande sœur Samantha, porteuse d'un lourd secret de famille…
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Une nouvelle terreur ?

Après les clichés du slasher, les suites, Hollywood et la mode des remakes, la franchise Scream se paie un lifting plutôt bienvenu sur le dos des reboots qui saturent et phagocytent nos salles de cinéma (lorsqu'elles sont ouvertes). Et à défaut de retrouver la fraîcheur et l'efficacité du premier opus, les réalisateurs de Wedding Nightmare rendent un hommage vibrant au regretté Wes Craven et livrent un slasher tendu, sincère et sanglant. Presque inespéré par les temps qui courent.

Soyons honnêtes, on aurait bien aimé que la saga initiée par Kevin Williamson s'en tienne à un quatrième opus imparfait mais néanmoins très au-dessus du médiocre Scream 3. Sorti en 2011, l'ultime long-métrage de Wes Craven servait quasiment d'épilogue aux mésaventures de Sidney Prescott, Gale Weathers et Dewey Riley avec un dernier acte solide où la sociopathe jouée par Emma Roberts ramenait la figure de Ghostface à une soif meurtrière de célébrité. La boucle était bouclée. Dix ans plus tard, partagé entre nostalgie régressive organisée par des studios en panne de créativité et l'acharnement d'une poignée d'auteurs à transformer le cinéma de genre en œuvre d'art ambitieuse (ou prétentieuse, au choix), le cinéma d'horreur à subi quelques évolutions aptes à servir de carburant au moteur méta d'un énième Scream. Reboot et « elevated genre », donc. C'est peu mais les scénaristes James Vanderbilt et Guy Busick, adoubés par Kevin Williamson himself, parviennent à en tirer quelque chose qui se tient. La controverse et le mécontentement de certains fans trahis par le cynisme commercial des reboots servent de motivation au nouveau duo de tueurs tandis que le sentiment de supériorité d'une jeunesse nourrie aux fiches wikipedia et à une cinéphilie intensive mais éphémère par le biais des plateformes de streaming n'offre qu'une sécurité toute relative face aux assauts d'un Ghostface toujours aussi malin. Fonctionnant sur une formule supposément usée jusqu'à la corde (« Quel est ton film d'horreur préféré ? »), l'incontournable scène d'ouverture parvient même à ménager quelques surprises. Ce qui n'est pas un mince exploit. Mais les faiblesses et les facilités d'écriture sont aussi de la fête avec un twist qui se grille assez vite, le trépas fort mal amené d'un des vétérans de la franchise et un dernier acte qui lorgne trop ostensiblement sur celui du premier Scream sans jamais parvenir à en proposer une relecture audacieuse ou tout simplement pertinente. On ne s'attaque pas à un Everest du slasher avec des Converse aux pieds et un couteau suisse dans sa poche.

 

Smells like teen spirit


Indispensable pour ne pas trop bouleverser les habitudes d'un public fidèle et s'assurer d'un minimum de rentabilité, la vieille garde a bel et bien répondu présente. Plus impliqués qu'on ne l'espérait, Neve Campbell, Courteney Cox et David Arquette apportent du vécu et un charisme intact à des personnages dont on croyait avoir fait le tour, malgré les rides, les cheveux blancs et, euh, la chirurgie esthétique. Plus que de simples caméos de luxe, ils ont encore leur mot à dire dans une histoire qui les ajoute sans trop d'efforts à la liste des victimes et même des suspects potentiels. Quant aux nouveaux venus, ils font bonne impression et même davantage. Melissa Barrera campe une impeccable final girl, fragilisée par une santé mentale instable et un héritage complexe. Bonne pioche également avec Jack Quaid, fils de Dennis et de Meg Ryan et troublant sosie de Joshua Jackson, et avec la toute mimi Jenna Ortega à qui le scénario fait vivre un éprouvant chemin de croix (poignardée, clouée dans un fauteuil roulant, menacée, ligotée et on en passe).
Derrière la caméra, Gillett et Bettinelli-Olpin démontrent un savoir-faire évident, soignant chacune des apparitions de Ghostface, jouant habilement avec nos nerfs et traitant le moindre coup de couteau avec un sadisme inhabituel. Ils sont à Wes Craven ce que Steve Miner fut à John Carpenter à l'occasion d'Halloween H20 : des élèves appliqués et respectueux des maîtres qui les ont précédés. On pouvait craindre de les voir s'engluer dans le fan-service stérile et une mise en image clinquante mais ils préfèrent travailler le cadre et le hors-champ, sans génie, sans démonstration de force mais avec un classicisme qui mettra des étoiles dans les yeux des amoureux du slasher.

Pas loin de la panne sèche sur le fond, ce cinquième Scream trouve une seconde jeunesse dans sa mise en scène et sa galerie d'ados en perdition. Reste à savoir où nous emmènera la suite qui, à défaut de discours méta, ne peut plus compter que sur ses personnages et l'inventivité des mises à morts, comme n'importe quel slasher lambda. À force de tirer sur la corde, Scream est donc rentré dans le rang et de rejoindre Vendredi 13, Halloween et quelques autres dans l'équarissage en série. Ironie, quand tu nous tiens ...

Alan Wilson










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