L'éTANG DU DéMON
夜叉ケ池 - Japon - 1979
Image de « L'étang du démon »
Genre : Fantastique
Réalisateur : Masahiro Shinoda
Musique : Isao Tomita
Durée : 124 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 22 septembre 2021
Film : note
Jaquette de « L'étang du démon »
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LE PITCH
Dans un village perdu dans les montagnes de la province d’Echizen, où règne une légende selon laquelle un dragon est retenu au fond d’un étang. Si la cloche du village ne sonne pas trois fois par jour, le dragon sera libéré et provoquera un déluge mortel. Akira et Yuri, chargés de faire respecter cette mystérieuse tradition, voient leur quotidien chamboulé par l’arrivée du professeur Yamasawa au village.
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Kabukishō

En 1979, le film le plus singulier du réalisateur Masahiro Shinoda sortait sur les écrans de l'archipel. Comme nous le savons, Shinoda est une des grands représentants de la Nouvelle Vague, et ce film est particulièrement singulier pour une raison : c'est l'adaptation cinématographique d'une célèbre pièce du théâtre kabuki.

Cette pièce écrite par Kyoka Izumi, écrivain et dramaturge spécialiste du genre fantastique met en scène un onnagata (terme désignant un homme qui interprète un rôle féminin pour exprimer de manière stylisée le cœur de la femme) incarné dans le film par l'un des comédiens de kabuki contemporain les plus célèbres, Tamasaburō Bandō V spécialisé dans l'exercice sur les planches. Célébré à un tel point, que Yukio Mishima en personne le décrivait comme tel : « L'onnagata est la fleur du kabuki, et bien que dans ce domaine les grands anciens soient indispensables, s'il n'y avait pas ces fleurs en bouton que sont les jeunes, le kabuki ne pourrait survivre. Aujourd'hui, quand bien même on voudrait cultiver de telles fleurs, il n'y a pas de terroir pour ce faire et l'on ne peut qu'attendre impatiemment un miracle. Cette attente a été récompensée et Tamasaburō, jeune onnagata dont l'élégance et la délicatesse évoquent le travail de l'ivoire, nous est né, preuve vivante de la vitalité du kabuki ». Voilà déjà de quoi assurer le spectacle, et attiser nos appétits pour le grandiose.

 

kabuki-eiga


Le film mêle prise de vues en extérieures pour ses plans d'ensemble, cette démarche héritée de ses années comme assistant réalisateur d'Ozu. Masahiro Shinoda, pose ainsi ses personnages dans des espaces aussi importants qu'eux, dans une approche naturaliste. C'est contrebalancé par le surréalisme des scènes tournées en studio.
En effet, lors de ses scènes, la minutie des directeurs artistiques, Setsu Asakura, Kiyoshi Awazu et Yutaka Yokoyama, nous transporte dans le cadre scénique immédiatement identifiable du théâtre. Les lumières sont saturées, les couleurs sont surnaturelles, et pourtant crédible, tant le travail d'orfèvre qu'ils ont exécuté est bluffant de réalisme.
Mais la fantasmagorie ne tarde à aucun moment de montrer le pli de son kimono, le maquillage très marqué, les costumes aux couleurs très vives, le surjeu de acteurs, tout est là pour nous démontrer que nous assistons à une pièce originale. A la différence que nous ne sommes ni assis au balcon, ni proches de la fosse (pour profiter par la même occasion du score du grand Isao Tomita), mais bel et bien sur scène, au milieu des protagonistes. De quoi profiter largement de la performance solaire de l'onnagata, qui transcende le métrage. Cette femme, que ce soit la fragile Yuri ou la résolue princesse, elle absorbe toute la lumière, comme une créature multidimensionnelle, elle capte tous les regards, et provoque un désir perturbant, et irradie l'écran de sensualité. Cette approche est une des caractéristiques du cinéma de Shinoda, où le spectateur est directement impliqué dans la trame : bien qu'il ne puisse réellement agir, il est pris dans le tumulte, comme dans un songe éveillé.
Puis le cinéma permet des choses que le théâtre ne permet pas : les effets spéciaux sont des surimpressions de pellicule, comme des êtres visibles du coin de l'œil seulement. De même, les maquettes sont largement utilisées, pour souligner la grandeur des événements ; le drame qui se joue dans ce petit coin de province reculée, récit à la fois fantastique et politique.

La restauration supervisée par Shinoda en personne, est d'une qualité époustouflante, ainsi que le caractère jusqu'alors inédit du métrage dans nos contrées, rendent ce film inestimable : un must have. Un film à visionner de préférence en salles pour profiter pleinement de ce doux mélange de cinéma et de kabuki. Comme un vestige du passé, immaculé par le grand soin apporté à sa restauration, L'étang du démon est un chef d'œuvre absolu.

Guillaume Pauchant






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