L'ÉCHINE DU DIABLE
El espinazo del diablo - Mexique, Espagne - 2001
Image de « L'Échine du Diable »
Genre : Fantastique
Réalisateur : Guillermo Del Toro
Musique : Javier Navarrete
Durée : 107 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 14 juillet 2021
Film : note
Jaquette de « L'Échine du Diable »
portoflio
LE PITCH
Alors que la guerre civile déchire l’Espagne, le jeune Carlos trouve refuge à Santa Lucia, un orphelinat perdu dans la campagne dirigé par Mme Carmen. À la nuit tombée, le garçon est mis au défi par ses camarades : il doit traverser la cour de l’établissement pour se rendre à la cuisine, l’obligeant à passer devant la maison du gardien, l’antipathique Jacinto. Une fois sur place, Carlos entend d’étranges soupirs et découvre dans le sous-sol de la bâtisse le fantôme d’un...
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Crónica de un nuevo viento

Malgré la présence de cinéastes comme Jaume Balagueró ou encore Álex de la Iglesia, le cinéma d'horreur espagnol de la fin des années 1990 était quelque peu moribond. C'était sans compter sur un vent venu du lointain Mexique. Ce vent se nomme L'échine du diable réalisé par le jeune Guillermo Del Toro, qui après une première incursion par le cinéma étasunien avait essuyé un relatif échec avec Mimic. Conjonction des sphères aidant, il fut même financé par Pedro Almodovar, rien que ça...

L'ambiance n'est pas à la fête pour le jeune Carlos, parachuté dans un orphelinat de campagne au milieu de nulle part. Un lieu austère, une bombe menaçante plantée dans la cour intérieure, les brimades de ses camarades de chambrée, et le personnel pas toujours aux petits soins de leurs locataires accidentels. Pas de doutes l'Espagne de Franco, n'est pas un lieu où il fait bon grandir et s'épanouir et c'est une récurrence qu'on retrouvera plus tard dans Le Labyrinthe de Pan, film frère aux liens profonds. Le film est un mélange subtil de genres passant du western, au conte gothique un brin Giallo, et à la fois un poignant documentaire de guerre sombre et féroce. Western dans l'édification de sa notion des espaces, qui restituent la dureté d'un milieu hostile et torride. Cette définition d'espaces aérés contraste avec le huis clos du pensionnat, pour le rendre encore plus froid dans sa notion d'enfermement et de contrition des personnages.
La photographie de Guillermo Navarro (chef opérateur qui travailla notamment sur Jackie Brown et Une Nuit en enfer), appuie ce contraste. Les jaunes désertiques, et le dépouillement des extérieurs, contre les bruns des boiseries des intérieurs, font que les personnages sont dépeints à la manière de Sergio Leone : où personne n'est ni vraiment bon, ni vraiment mauvais. Enfermés dans les mêmes routines et incapable, de se dépasser dans l'univers hostile dans lequel ils sont posés. Les Hommes sont des brutes, des loups pour les autres Hommes pour survivre.

 

Fantasma de la memoria


S'ajoute à cela une dimension fantastique, par la présence d'un fantôme d'enfant vengeur qui symbolise la mémoire. Mémoire gravée dans les murs d'un lieu, où des évènements horribles se sont déroulés, le fantastique jalonne la trame, dans la représentation fugace et spectrale du défunt. C'est aussi la mémoire d'une innocence, aussi perdue avec les parents des orphelins. Cet esprit rongé par la rancœur n'erre pas, il alerte et frappe, c'est un vecteur d'éveil. Et Del Toro nous interpelle sur le devoir de mémoire d'un monde, d'un pays, d'une nation ravagés par le conflit stupide des Hommes. Puis la mémoire de cette bombe surgit des cieux, plantée là dans l'ère de jeu des enfants, c'est une allégorie de la guerre qui menace de leur arracher la vie à chaque instant. Ce film d'épouvante sur fond de guerre, transpire d'une réalité bien sordide. Car les enfants, ces grands oubliés des conflits de tous bords, sont les plus grandes victimes de la Guerre et de la Bêtise humaine. C'est alors, une parabole des orphelins s'unissant contre le monde médiocre, pervers et brutal des adultes.

Drame macabre et délicat, L'Échine du diable est, malgré l'intérêt que l'on peut porter à ses précédents Cronos et Mimic, la véritable naissance du style del Toro et surtout de sa réflexion sensible sur la monstruosité, toujours moins physique qu'ancrée dans l'âme humaine.

Guillaume Pauchant








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