THE DEEP HOUSE
France - 2021
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Genre : Horreur
Musique : Raphael Gesqua
Durée : 81 minutes
Distributeur : Apollo Films
Date de sortie : 30 juin 2021
Film : note
Jaquette de « The Deep House »
portoflio
LE PITCH
Filmant leurs explorations de bâtisses abandonnées et soi-disant hantées pour leur chaîne Youtube, Ben et Tina, jeune couple d’anglo-américains, se rendent dans le sud-ouest de la France à la recherche d’une maison immergée au fond d’un lac …
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French terror

De retour au bercail après la douloureuse expérience Leatherface, le duo du mémorable à l'intérieur (au fait, à quand un blu-ray pour le meilleur shocker frenchy de ces vingt dernières années ?) plonge en eaux troubles pour une série B implacable et taillée pour le grand écran. Ça tombe bien, les salles viennent de rouvrir.

Ce n'est un secret pour personne, le cinéma français entretient une relation houleuse avec le genre horrifique, cumulant déconvenues (les french frayeurs, ça vous rappelle des souvenirs ?) et exil des talents. Alexandre Aja, Xavier Gens, Pascal Laugier, Eric Vallette, Christophe Gans, tous sont allés chercher, avec des fortunes diverses, la reconnaissance de l'international et d'Hollywood. Avant de revenir et d'opter pour des productions « hybrides » mais financées dans l'Hexagone. C'est le cas de Ghostland, d'Oxygène, de La Nuée ou de Méandre. C'est encore aujourd'hui le cas de The Deep House, dernier rejeton d'un système de production qui semble être enfin parvenu à s'équilibrer entre l'identité de ses auteurs et la nécessité de s'ouvrir au marché anglophone avec des concepts que l'on peut hésiter à qualifier de « passe-partout ».
Des années durant, Alexandre Bustillo (ancienne plume de Mad Movies) et Julien Maury ont presque fait figure de résistants, d'irréductibles gaulois œuvrant pour un fantastique bien de chez nous, sincère à défaut d'être fortuné. D'où le sort injuste réservé à Livide, belle et triste histoire de vampires en terres bretonnes, ou au bancal mais tout de même réjouissant Aux yeux des vivants, slasher mâtiné d'hommage à Stephen King. Massacré en post-production, Leatherface les aura même guéris du rêve hollywoodien, après des tentatives infructueuses (parce que contrariées par les girouettes Weinstein) d'apporter leur savoir-faire aux franchises Hellraiser et Halloween. Malgré son titre en anglais, ses héros anglo-saxons et l'appui à l'étranger de Blumhouse Pictures, The Deep House est donc un film 100% français. Pour le prouver, Bustillo & Maury n'ont d'ailleurs pas hésité à se jeter à l'eau, explorant et creusant - presque littéralement - les racines du Mal qui ronge nos campagnes profondes.

 

en apnée


Un gars, une fille, le goût de l'aventure, l'appât du gain et un secret terrifiant enfoui au fond d'un lac dans une bicoque menaçante. La trame narrative de The Deep House est aussi simple et limpide qu'ambitieuse. Soit la rencontre entre Abyss de James Cameron et La Maison près du cimetière de Lucio Fulci. Avec des références discrètes à Lovecraft (« N'est point mort celui qui éternellement dort ») et aux franchises vidéoludiques Resident Evil et Silent Hill, sans oublier un détour pertinent par la mécanique du found footage, jouant ainsi de la multiplicité des points de vue jusqu'à les faire tomber les uns après les autres. Le fait est que The Deep House est éblouissant de maîtrise. Un exploit si l'on prend en compte un budget limité et un tournage sous l'eau à la logistique forcément compliquée. Mais The Deep House file droit et ne s'écarte jamais du chemin et du genre qu'il aborde. Le premier acte pose le cadre avec une efficacité certaine, cadrant dans un Scope élégant son couple de héros merveilleusement interprété par James Jagger et la superbe Camille Rowe, cette dernière faisant office de point d'ancrage émotionnel pour le spectateur et rejoignant ainsi les héroïnes tragiques que Bustillo & Maury semblent tant affectionner.

La technique est impeccable et la direction artistique est à tomber par terre sitôt que l'on investi la fameuse demeure maudite de la famille Montignac. Les révélations s'enchaînent dans l'action, sans tunnels dialogués mais à l'aide d'indices purement visuels. Quant à la tension, suffocante, elle monte graduellement, ironiquement renforcée par l'obligation pour le spectateur de porter un masque pendant la séance (comme quoi, le Covid peut aussi être une expérience cinématographique !). Tout juste pourra-t-on reprocher au film de perdre de sa clarté lors des moments de panique extrême ou de ne pas assez explorer la mythologie de sa famille de tarés (pour une suite éventuelle ?). Quelques entailles sans conséquences dans l'armure insubmersible d'un ride immersif auquel on ne peut que souhaiter un succès fracassant.

Alan Wilson












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