GARDIENS DE L'ORDRE
France - 2010
Image de « Gardiens de l'ordre »
Genre : Policier
Réalisateur : Nicolas Boukrief
Musique : Nicolas Baby
Durée : 105 minutes
Distributeur : Gaumont
Date de sortie : 7 avril 2010
Film : note
Jaquette de « Gardiens de l'ordre »
portoflio
LE PITCH
Lors d'une ronde de nuit qui tourne mal, Simon et Julie, deux simples gardiens de la paix, blessent un jeune cadre qui a abattu sans raison un de leurs coéquipiers. Accusés à tort de bavure et lâchés par leur hiérarchie, ils décident de prouver leur innocence en enquêtant sur la drogue responsable du coup de folie de leur agresseur.
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Vivre et mourir à Paris

Ex-critique de cinéma pour la formidable revue Starfix, Nicolas Boukrief avait déjà prouvé son amour pour le polar avec Le Convoyeur, croisement culotté entre le Caper le film de vengeance. L'ambiance crépusculaire, presque dépressive du Convoyeur, on la retrouve intacte dans Les Gardiens de l'ordre, voyage dans les nuits parisiennes au carrefour de Verneuil et Friedkin.

 

Boukrief a beau nier avoir cité volontairement le grand Bill Friedkin, l'ombre de French Connection et Police Fédérale Los Angeles plane indubitablement sur Gardiens de l'ordre. Même opposition sociale entre flics et voyous, même curiosité maladive à l'égard du monde d'en-dessous, même tendance à flirter avec le Mal, aussi. Heureusement, le film parvient très vite à dépasser son statut référentiel, qu'il soit ou non conscient. En un interminable panoramique encerclant dès l'ouverture l'appartement de l'héroïne dans une immense clôture de bêton, le cinéaste pose sa vision d'une police prolétaire, comme trimballée malgré elle d'une journée de travail à l'autre. Une existence sans histoire, presque utilitaire, que vient perturber une soudaine explosion de violence, point de départ d'une promenade sanglante à la lisière de la loi. Les premières minutes, volontairement télévisuelles, sont donc trompeuses : Gardiens de l'ordre ne repose sur aucun débat politique. Passionné de polar brut, élevé à tout un pan honteusement oublié de la cinématographie hexagonale (et Duvivier, Verneuil et Boisset n'étaient pas des enfants de chœur), Boukrief ne met en scène des protagonistes crédibles, ordinaires, que pour mieux les confronter aux fantasmes d'un genre ultra-codifié.

 

Belle de nuit

 

Gardiens de l'ordre est, en dépit de quelques maladresses d'écriture (cf. la collègue de bureau de l'héroïne, aussi irritante que la Chloé de 24 heures chrono), un polar qui s'assume comme tel. Un polar qui ne cherche jamais à légitimer son propos par une réflexion contemporaine trop pesante, et ne compromet à aucun moment sa noirceur au profit d'une tonalité un brin plus consensuelle (la présence de Cécile de France et Fred Testot au générique aurait pu faire paniquer plus d'un investisseur). Sans recul, presque accoudé à des personnages qu'il cadre la plupart du temps au premier plan, dans des prises longues et superbement chorégraphiées, Boukrief dépense la majeure partie de son énergie dans l'installation d'un suspense haletant, d'une réelle tension. Tension qui éclate notamment lors d'une scène de cambriolage en plein commissariat, un petit morceau de bravoure digne de l'auteur du Convoyeur. A mi-chemin entre un filmage « à l'ancienne » (voir ces zoom arrières / fondus enchaînés) et une vision moderniste du genre (l'utilisation de la Haute Définition confère aux scènes de boîte de nuit une ambiance inédite), le réalisateur avance ici tel un légionnaire, trébuche parfois pour mieux se relever lors d'un un quart d'heure final cathartique, laissant parler la poudre au-delà du raisonnable. Et Dieu sait que le polar a ses raisons que la raison ignore...

Alexandre Poncet

 

 

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