THE BAY
Etats-Unis - 2012
Image de « The Bay »
Genre : Horreur
Réalisateur : Barry Levinson
Musique : Marcelo Zarvos
Durée : 88 minutes
Distributeur : ARP sélection
Date de sortie : 19 juin 2013
Film : note
Jaquette de « The Bay »
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site officiel
LE PITCH
Dans la baie du Maryland, une bactérie non identifiée contamine le lac et ceux qui s’en approchent…
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Virus Cannibale

Cinéaste hollywoodien touche à tout, Barry Levinson, à qui l'on doit autant de films cultes dans les années 80 (Le Secret de la pyramide, Rain Man, Good Morning Vietnam, etc.) que d'œuvres médiocres dans les années 1990 (Harcèlement, etc.), réitère dans le fantastique, quelques années après le catastrophique Sphère. Le fil conducteur c'est toujours l'eau, en revanche cette fois son nouveau film, beaucoup plus intimiste, se révèle beaucoup mieux tenu et s'empare avec brio des codes du film catastrophe écologique.

Mère nature n'apprécie guère qu'on la pollue et ses contre-attaques sont souvent radicales, au point d'ailleurs de devenir un genre à part entière. Bestioles géantes, cataclysmes, virus, tous répliquent en son nom et ravagent l'humanité. Après les multiples apocalypses selon Roland Emmerich, les attaques invisibles de Phénomènes, ou encore les Phacochères géants de La Traque, c'est aujourd'hui au tour de Barry Levinson et de son infection mutante, aux dommages tout à fait ignobles, de nous donner leur vision de l'apocalypse. Et, le moins que l'on puisse dire, c'est que cette version est terrifiante. The Bay nous livre une vision absolument tétanisante qui ne troque jamais son réalisme contre l'horreur de ses implosions gores et autres infections buboniques. Il provoque ainsi un profond malaise chez le spectateur tout en jouant sciemment et intelligemment avec de nombreuses iconographies horrifiques, comme par exemple celle du film culte de Joe Dante, Piranhas, lorsque deux plongeurs se font subitement dévorer vivants, ou encore avec celle du zombie, lors d'une séquence anormalement racoleuse, révélant la volonté du cinéaste de produire un film d'infection loin des standards du genre, mais aussi et surtout celle du foundfootage, genre de prédilection du cinéma d'horreur moderne et que l'on craignait comme la peste, le voyant comme dernier retranchement artistique d'un cinéaste à la dérive.

 

contagion spontanée


Pourtant, ce dernier le manie avec habileté, le faisant constamment participer au malaise que provoque le film et ce en revenant aux fondamentaux de ce procédé esthétique : faire passer pour réel des événements trop énormes pour être vrais. Ici, non seulement les événements sont plausibles, mais en plus l'esthétique «reportage» sublime (et c'est rare) les aspirations réalistes du cinéaste et de son film, transformant un banal sujet d'infection en relecture répugnante d'Une Vérité qui dérange, les crustacés carnassiers en plus et la narration réprobatrice d'Al Gore en moins. Tout repose donc essentiellement sur le dépassement, la réappropriation, par le cinéaste des codes du Foundfootage, véritable cache misère des séries B horrifiques modernes, en adoptant de nombreux points de vue qui couvrent la panique dans son ensemble, mais aussi et surtout rythme (on ne s'ennuie jamais) et structurent parfaitement toute la narration et la progression de l'infection. Plus de dix ans après et de façon aussi maline que révolutionnaire, le réalisateur de Sleepers gonfle le très banal reportage d'une jeune reporter avec toutes les images existant sur le sujet, rendant palpable un mouvement de panique, une incompréhension et un besoin cathartique de filmer les évènements, tels qu'ils n'avaient pas été représentés depuis les traumatiques évènements du 11 septembre 2001. De façon incroyablement significative, The Bay débute avec pour seul point de vue celui de la jeune reporter avant de très vite être entrecoupé par les nombreuses copies mettant en scène le drame ou tout évènements en rapport avec celui-ci avant et après le 4 juillet tout autour de la ville. De l'incompréhension d'un chirurgien amputant sans relâche des membres infectés, jusqu'à la panique d'une famille de touristes arrivant après le drame, tout est couvert. Et tandis que l'infection se propage, les autorités, elles, se cachent derrière des procédures aussi longues qu'inutiles et qui ne font que rappeler aux spectateurs qu'un drame dans ce genre nous guette et que ce jour-là, nous serrons tous seul. Terrifiant !

Quentin Boutel












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